Chasseur ou chassé ? L'argument de McLaren qui pourrait être décisif
Alors que les commissaires se réuniront ce vendredi à 22h30 pour discuter de l'incident entre Max Verstappen et Lando Norris à la suite de la réclamation de McLaren, l'équipe britannique pourrait user d'un argument décisif qui pourrait retourner les choses en sa faveur.
Après avoir annoncé qu'elle ne ferait pas réclamation, la requête de McLaren demandant un droit de révision sur la pénalité de Lando Norris pour avoir dépassé Max Verstappen hors piste à Austin montre que l'écurie reste profondément mécontente de ce qui s'est passé le week-end dernier.
Et si peu de gens contesteraient le fait que les dépassements au-delà des limites de piste ne sont pas autorisés en F1, une compréhension plus approfondie de ce qui s'est joué au virage 12 du Grand Prix des États-Unis 2024 a donné lieu à un scénario beaucoup plus complexe qu'un simple avantage gagné par le pilote McLaren.
Alors que le débat de ces derniers jours s'est concentré sur ce que les directives concernant le pilotage en F1 autorisent ou non lorsqu'il s'agit d'attaquer et de défendre, un nouvel élément de l'incident entre Norris et Verstappen est entré en jeu, concernant le fait de déterminer qui des deux pilotes était en position d'attaque et qui était en position de défense.
C'est cette interprétation qui, à elle seule, peut changer la perception de l'incident et décider qui avait raison et qui avait tort. Après tout, si Norris était réellement devant Verstappen avant la zone de freinage, comment aurait-il pu effectuer un dépassement hors piste ? Il n'aurait fait que maintenir sa position après avoir été forcé au-delà de la limite par un attaquant depuis l'intérieur.
Le verdict initial des commissaires à Austin était clair : ils ne voyaient pas les choses de cette façon et estimaient que Norris "était en train de dépasser la voiture 1 par l'extérieur, mais n'était pas à la hauteur de la voiture 1 à la corde [du virage]".
Le dépassement de Lando Norris au virage 12 sur Max Verstappen qui lui a valu une pénalité de 5 secondes.
Photo de: Sam Bagnall / Motorsport Images
Cela signifie que puisque Norris n'était pas au niveau de Verstappen lorsque les voitures ont tourné dans le virage, c'était à lui de lâcher dans le cas où son adversaire ne lui laisserait pas assez de place à la sortie. Ainsi, en étant derrière lui à l'entrée du virage, il était évident que le fait de le dépasser en dehors des limites de la piste constituait une infraction au règlement.
Mais Norris a suggéré ce jeudi au Mexique que la situation n'était pas aussi claire que cela, et que selon lui, c'est en fait Verstappen qui a effectué le dépassement : "J'étais complètement devant Max, j'étais devant lui de plus d'une longueur de voiture. Je n'étais plus la voiture qui attaquait, c'était lui", a-t-il expliqué.
"J'étais devant Max, je devais défendre, c'était lui qui m'attaquait et effectivement il est entré trop fort dans le virage et m'a dépassé hors piste. Je n'ai fait que maintenir ma position et je suis sûr que nous allons en parler [lors du briefing des pilotes du vendredi], car c'est un sujet de discussion important depuis le week-end dernier.
La position de Norris à la fin de la ligne droite qui se situe avant le virage 12 doit forcément être visionnable, notamment via la diffusion par la FOM d'une vidéo embarquée plus détaillée de l'incident.
En raison de la manière dont les images sont diffusées, chaque voiture ne peut diffuser qu'une seule caméra pendant la retransmission de la course. Dans la voiture de Norris, il s'agissait de la caméra embarquée orientée vers l'avant, tandis que la caméra en direct de Verstappen pointait vers l'arrière.
Il était donc difficile de juger la position relative des deux voitures l'une par rapport à l'autre, avec ces seules vidéos comme preuves. De plus, les seuls autres angles de caméra d'avant l'incident montrés par la retransmission internationale, étaient une vue d'hélicoptère et une caméra à l'intérieur du virage 12, qui ne permettaient pas non plus de voir la position claire des deux voitures.
Lando Norris et Max Verstappen.
Photo de: Sam Bagnall / Motorsport Images
De nouveaux éléments vidéos
Mardi, les images téléchargées des autres caméras embarquées ont offert une nouvelle perspective de l'incident. Et bien qu'il n'y ait toujours aucun signe de la vidéo de la caméra embarquée montrant l'avant de la monoplace de Verstappen, les vues des caméras à 360 degrés des deux voitures ont montré que la McLaren était bien placée devant la Red Bull sur la ligne droite, avant qu'ils ne pénètrent dans la zone de freinage.
Ainsi, du point de vue de Norris, le verdict devrait être basé sur le fait que Verstappen l'a attaqué par l'intérieur au moment du freinage et pas l'inverse. Les directives de pilotage de la F1 ne font pas référence au moment où une voiture est considérée comme étant en avance sur une autre, mais s'il est décidé que Norris était en fait devant, alors Verstappen aurait dû remplir certains critères clés pour que le dépassement soit autorisé.
Les conditions sont les suivantes :
- La voiture doit avoir l'essieu avant au moins à côté du rétroviseur de l'autre voiture, au plus tard à la corde du virage.
- Être pilotée de manière sûre et contrôlée tout au long de la manœuvre (entrée, corde et sortie).
- Sans forcer (délibérément) l'autre voiture à sortir de la piste en sortie de virage. Cela implique de laisser une largeur acceptable à la voiture dépassée entre la corde et la sortie du virage.
- Être capable de prendre le virage dans les limites de la piste.
D'après le déroulement de l'incident, Verstappen a respecté le premier point et il pourrait affirmer avoir coché le deuxième. En revanche, il aurait échoué à remplir les troisième et quatrième éléments.
La question des nouvelles preuves
Si McLaren poursuit sur la voie selon laquelle la pénalité de Norris était incorrecte parce qu'il n'était pas dans la voiture qui dépassait, alors avant même de pouvoir plaider sa cause, l'équipe devra avant tout convaincre les commissaires qu'elle a trouvé un élément nouveau, pertinent et significatif dans l'enquête.
Les commissaires ayant eu accès à la télémétrie, aux retransmissions télévisées et aux données de positionnement GPS des voitures le dimanche après-midi à Austin, il est probable que les nouveaux éléments de preuve incluront les nouveaux angles de caméra vidéo et éventuellement le témoignage des pilotes.
L'utilisation d'un nouvel angle de vidéo est similaire à ce qui s'est passé après le Grand Prix du Brésil 2021, lorsque Mercedes a déposé une demande de droit de révision sur le pilotage défensive de Verstappen contre Lewis Hamilton.
Max Verstappen, Red Bull Racing RB16B, battles with Lewis Hamilton, Mercedes W12
Photo by: Charles Coates / Motorsport Images
Les images présentées après réclamation provenaient de la caméra embarquée de Verstappen, qui offrait un meilleur aperçu de son point de vue et de sa direction lors de l'incident.
À l'époque, les commissaires qui ont été convoqués à nouveau pour examiner l'affaire ont reconnu que ce nouvel angle de caméra embarquée était nouveau et surtout pertinent, car il "permettait d'analyser la position globale des voitures, les coups de volant du pilote de la voiture 33, la direction des voitures et la proximité des voitures".
Toutefois, ils ont nié que les nouvelles images embarquées étaient "significatives", car elles ne montraient "rien d'exceptionnel qui soit particulièrement différent des autres angles qui leur étaient disponibles à ce moment-là, ou qui change leur décision prise à partie des images disponibles à l'origine".
Si McLaren soumet effectivement de nouvelles séquences vidéo pour tenter de plaider sa cause, elle pourrait elle aussi avoir du mal à convaincre les commissaires que les caméras à 360 degrés racontent une histoire différente de l'incident.
Cependant, la différence notable entre l'affaire Brésil 2021 et l'affaire actuelle est qu'à l'époque, il n'y avait pas de décision difficile à revoir, car les commissaires avaient laissé passer la manœuvre de Verstappen. Ils avaient même déclaré qu'il s'agissait de "l'équivalent de 'continuez à jouer' dans d'autres sports".
Dans la décision rejetant la demande de Mercedes, les commissaires avaient déclaré que l'élément du droit de révision du Code sportif international ne devrait pas être utilisé pour "de telles décisions discrétionnaires qui ne font pas suite à une enquête formelle des commissaires ni à un document publié".
Cette fois-ci, il y a eu une enquête formelle sur le pilotage de Norris et un document publié qui peut être révisé. La question qui se pose maintenant est de savoir si l'audience sur le droit de réexamen ira jusqu'à ce stade, ou si elle sera rejetée parce que les nouvelles preuves ne sont pas suffisantes.
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