Comment McLaren compte réagir au premier accrochage entre Norris et Piastri
Andrea Stella est revenu sur la façon dont l'écurie McLaren allait réagir au tout premier accrochage entre Lando Norris et Oscar Piastri après le Grand Prix du Canada 2025 de F1.
Plusieurs figures de McLaren, à commencer par Lando Norris lui-même, le disaient ces dernières semaines : à force de lutter dans les mêmes eaux et pour les mêmes places, l'accrochage entre les deux pilotes devait finir par arriver. Eh bien, il est en effet arrivé ce dimanche, dans les derniers tours du Grand Prix du Canada 2025 de F1.
L'ironie veut que, alors que les hommes en orange papaye luttent quasiment à chaque GP pour la victoire depuis le début de la saison, ce soit pour une "modeste" quatrième position que cet incident, clairement de la responsabilité de Norris face à Oscar Piastri, s'est produit. Ce contact, survenu au niveau de la ligne de départ/arrivée de la ligne droite principale, a pourtant été précédé par un duel propre allant de l'épingle à la dernière chicane.
Toutefois, le Britannique a fauté en allant chercher le long du muret des stands un espace qui n'existait pas – au contraire d'une maxime célèbre d'un autre pilote McLaren bien connu – entraînant un contact et son abandon, tout en épargnant l'autre MCL39, qui a terminé la course au quatrième rang.
Beaucoup auront d'ailleurs noté le parallèle saisissant entre cet incident et celui qui avait mis aux prises, 14 ans plus tôt, Jenson Button et Lewis Hamilton, alors eux aussi équipiers chez McLaren, lors du légendaire GP du Canada 2011, même si le futur septuple champion du monde s'était à l'époque bien inséré dans un espace existant mais dans des conditions de visibilité réduites à cause de la pluie.
L'accrochage entre Jenson Button et Lewis Hamilton lors du GP du Canada 2011.
Photo de: Andy Hone / Motorsport Images
Dans le présent, la responsabilité de Norris a été si clairement et rapidement établie que lui-même n'a pas tardé à l'assumer, dès ses premiers messages radio et plus encore après l'épreuve, à froid devant la presse. Dans le "malheur" de McLaren, Piastri a au moins pu sauver 12 points et limiter les dégâts face à Max Verstappen, mais cette étape franchie dans la dynamique entre les deux pilotes interroge forcément.
Andrea Stella, le directeur de l'écurie de Woking, a affronté les médias ce dimanche à Montréal. Dans son approche habituelle, l'Italien a salué l'attitude de Norris : "Nous avons dit à plusieurs reprises que ce n'était pas une question de 'si', mais plutôt de 'quand'... Et le 'quand' était donc le Canada 2025. On ne veut jamais voir deux McLaren entrer en collision. Cela fait partie de nos principes. C'est arrivé aujourd'hui. C'est simplement le résultat d'une erreur de jugement, d'une mauvaise appréciation dans le cadre de la course, ce qui ne devrait évidemment pas arriver, mais qui fait partie intégrante de la compétition."
"Nous avons apprécié le fait que Lando ait immédiatement pris ses responsabilités. Il a pris sur lui, il a assumé la responsabilité de l'accident et s'est immédiatement excusé auprès de l'équipe. Il est venu s'excuser auprès de moi, en tant que directeur de l'équipe, afin de présenter ses excuses à toute l'équipe. La manière dont nous réagissons à ces situations est importante, car elle constituera en fin de compte un enseignement très précieux. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'un enseignement d'un point de vue théorique, car le principe existait déjà, mais plutôt d'un enseignement en termes 'd'expérience de la douleur' que peuvent causer ces situations. Cela ne fera que nous rendre plus forts en termes de concurrence interne et dans la manière d'aborder la course."
Norris assuré d'un soutien plein et entier
Lando Norris, McLaren
Photo de: Sam Bloxham / Motorsport Images via Getty Images
Stella s'est également montré clair : en acceptant la responsabilité de la collision et en s'excusant auprès de Piastri et de son équipe, Norris s'est assuré du total soutien de son écurie dans cette situation problématique, même si cela n'exclura pas des discussions – potentiellement "difficiles" – pour s'assurer de bien remettre l'église au milieu du village : "C'est à nous, en tant qu'équipe, de montrer notre soutien total à Lando, et je tiens à être très clair sur ce point : nous soutenons pleinement Lando, nous aurons des discussions, qui seront peut-être difficiles, mais il n'y a aucun doute sur le soutien que nous apportons à Lando et sur le fait que nous préserverons la parité et l'égalité entre nos deux pilotes dans la manière dont nous courons chez McLaren."
"La situation serait différente si Lando n'avait pas pris ses responsabilités et présenté ses excuses. Lando devra lui-même faire preuve de caractère pour surmonter cet épisode, s'assurer qu'il n'en tire que des leçons, qu'il ne retient que ce qui le rendra plus fort en tant que pilote, et qu'il rejette tout ce qui pourrait avoir une influence, même minime, sur son avenir et qui ne serait pas simplement un enseignement utile et un atout pour devenir plus fort en tant que pilote."
"Dans les jours à venir, grâce à ces discussions, nous devrons déterminer ce qu'il faut faire pour nous assurer que, lorsque nous reprendrons la compétition, nous conservions les marges nécessaires." Puis Stella d'ajouter : "Nous aurons des discussions [...] mais elles auront lieu une fois que nous serons tous reposés et calmes, et que nous aurons la possibilité de tirer tous les enseignements nécessaires. Pour l'instant, à chaud, le plus important pour moi est de voir une réaction dans laquelle les gens assument la responsabilité de leurs actes. Et nous l'avons déjà constatée. J'ai également parlé à Oscar, qui semble accepter la situation, car Lando s'est excusé et il sait qu'une erreur de jugement peut arriver en course."
Quid des "papaya rules" ?
Lando Norris, McLaren, Oscar Piastri, McLaren
Photo de: James Sutton / Motorsport Images via Getty Images
Toutefois, pas question donc pour McLaren de tout remettre en cause. Au cœur de ses principes et de la philosophie des "deux numéros 1", le fait de laisser les pilotes se battre en piste et pour le titre mondial va demeurer à condition, toujours, que cela ne se fasse pas au détriment des intérêts de l'écurie, chez les constructeurs notamment.
"Être libre de se battre est une valeur que nous voulons essayer d'appliquer et de respecter autant que possible, plutôt que d'avoir à contrôler les choses depuis le muret des stands chaque fois que les deux voitures se rapprochent", a expliqué Stella, alors que McLaren a déjà donné plusieurs consignes cette saison. "Nous voulons donner à Lando et Oscar la possibilité de se battre et qu'ils soient en fin de saison à la place qu'ils méritent en fonction de leurs résultats et de leurs performances, plutôt que de constater que les points ont été davantage contrôlés par l'équipe que par la qualité de leur pilotage."
Je ne pense pas que l'épisode d'aujourd'hui changera notre approche. Au contraire.
"Ce n'est pas nécessairement un exercice simple et évident, mais nous voulons essayer de le faire du mieux possible, donc je ne pense pas que l'épisode d'aujourd'hui changera notre approche. Au contraire, cela renforcera les principes qui exigent davantage de prudence de la part de nos pilotes. Si nous disons qu'il ne doit y avoir aucun contact entre les deux McLaren, nous devons disposer des marges nécessaires pour nous assurer qu'il n'y en ait pas, même si, dans une situation [où il y a le] DRS, une voiture peut être légèrement aspirée par l'autre et provoquer ce genre d'erreur de jugement en termes de distance."
Et si cela venait à se reproduire ? "Je pense qu'à l'avenir, et quant à savoir si cela se reproduira ou non, il y a beaucoup de courses [...], donc de plus en plus de situations où nous pouvons avoir ce genre d'épisodes. Comme je l'ai déjà dit, je crois qu'avoir vécu cette expérience, plutôt que d'en avoir parlé – même si les conversations que nous avons eues à ce sujet ont été fortes, percutantes et assimilées –, mais avoir vécu ce genre de situation nous rendra plus solides en tant qu'équipe, et en tant que pilotes, face à ce genre de cas. Comme les deux McLaren roulent souvent très près l'une de l'autre, cela se reproduira."
"Mais il faudra faire preuve d'un meilleur jugement en termes de distance, car aujourd'hui, c'est juste une question de distance entre les deux voitures, ça n'a rien à voir avec un pilote qui veut démontrer quelque chose d'autre. Si danger il y avait, c'était plutôt à l'approche de la dernière chicane, quand ils étaient côte à côte, et j'ai trouvé qu'il y avait une certaine sagesse à ce moment-là. Mais après ça, on sait qu'avec le DRS, il peut y avoir des erreurs de jugement, comme on l'a vu par le passé."
Avec Oleg Karpov, Filip Cleeren et Emily Selleck
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