Analyse
Formule 1 GP de São Paulo
À Interlagos, le tour de force de la F1 pour maintenir les qualifs malgré le déluge
La journée avait débuté sous un soleil généreux à São Paulo, avant que la pluie ne s'abatte brutalement sur Interlagos. Un véritable déluge qui a plongé les pilotes dans des conditions extrêmes, parmi les plus difficiles qu'ils aient connues au cours de leur carrière.

Jake Boxall-Legge
Publié: 8 nov. 2026, 12:27
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Photo de : Simon Galloway / LAT Images via Getty Images
Une heure et 23 minutes. C'est presque la durée d'un match de football qu'aurait pu couvrir l'interruption provoquée par la pluie lors des qualifications du Grand Prix de São Paulo. Et tout laissait penser que la séance ne reprendrait pas.
Un scénario similaire à celui de 2024, lorsque les qualifications avaient été reportées au dimanche matin, semblait se dessiner. Mais une éclaircie a finalement permis d'envisager une reprise. Le circuit avait suffisamment séché pour que Bernd Mayländer, le pilote de la voiture de sécurité, donne son feu vert. Cela n'a pas empêché plusieurs pilotes de se plaindre du manque de visibilité, mais ils ont rapidement compris qu'il fallait se concentrer pour boucler leurs tours.
Il a donc fallu recourir aux pneus pluie, une gomme rarement utilisée en piste, également appelée "full wet" ou "x-wet" dans le jargon de la F1. Souvent décrié comme un pneu uniquement bon à tourner au ralenti derrière la voiture de sécurité, le Pirelli à flancs bleus s'est pourtant plutôt bien comporté et s'est révélé parfaitement adapté à la quantité d'eau stagnante sur le circuit. L'aquaplaning, qui survient lorsque le pneu ne parvient plus à évacuer suffisamment d'eau pour conserver le contact avec la piste, était néanmoins fréquent. Mais l'accalmie a rapidement permis à l'eau de s'évacuer et rendu le circuit plus praticable.
L'inconvénient du pneu pluie réside dans sa capacité à évacuer une plus grande quantité d'eau (environ 85 litres par seconde selon Pirelli), ce qui réduit considérablement la visibilité lorsque les projections forment un panache derrière la voiture. Cette évacuation constitue toutefois un mal nécessaire : sans elle, le circuit resterait humide beaucoup plus longtemps.
Même si les feux arrière permettent au pilote qui suit de conserver un minimum de visibilité, il reste difficile de déterminer son point de freinage. Lorsque la visibilité est mauvaise, il doit trouver un repère dans son champ de vision immédiat. Les distances de freinage sont également nettement plus longues : il faut donc adopter un repère différent de celui utilisé habituellement sur le sec.
Compte tenu de ces changements liés aux conditions météorologiques, on comprend aisément pourquoi la direction de course adopte généralement une approche plus prudente lorsque la piste est mouillée. La reprise de la séance a donc constitué une bonne surprise, même si le circuit était encore détrempé par les fortes averses de l'après-midi. Carlos Sainz a estimé que la décision de la FIA était "audacieuse", mais il n'a fallu que quelques tours pour que les voitures deviennent plus stables.
"C'était un peu audacieux de nous faire sortir en pneus pluie, car nous étions en aquaplaning en sixième et en septième vitesse dans les lignes droites. Et si l'on perd le contrôle de la voiture à cette vitesse, les conséquences sont toujours importantes", a expliqué Sainz après la séance.
Les conditions étaient dantesques à Interlagos.
Photo de: James Sutton / Formula 1 / Formula Motorsport Ltd via Getty Images
"La visibilité était également très réduite lorsqu'on roulait près d'une autre voiture, mais nous n'étions pas obligés de rester proches des autres en qualifications. On pouvait donc conserver une certaine marge pour mieux voir. Mais les deux premiers tours étaient vraiment délicats."
"Ensuite, nous avons réussi à créer cette petite bande sèche et les pneus ont commencé à fonctionner. L'aquaplaning a progressivement disparu. Tout le monde a réussi à garder sa voiture en piste jusqu'à la fin de la Q1, ce qui était assez surprenant."
Liam Lawson partage l'avis de Sainz sur le déroulement de la séance. "Au départ, c'était extrêmement délicat. Je pense que nous étions clairement à la limite. Mais j'aime le fait que nous soyons allés en piste plutôt que de rester dans le garage. C'est évidemment risqué, mais il n'y a finalement pas eu beaucoup d'incidents."
Comme on pouvait s'y attendre, les conditions humides ont offert des opportunités à des pilotes qui ne sont habituellement pas habitués à se battre aux avant-postes. Les performances affichées lors des essais libres ont perdu une grande partie de leur pertinence et les unités de puissance se sont retrouvées légèrement plus proches en termes de performances. En effet, les conditions de faible adhérence ont atténué les différences en matière de vitesse de pointe et d'accélération.
L'appui aérodynamique à basse vitesse a ainsi pris davantage d'importance, tout comme la capacité à maintenir les pneus en température pendant la Q1. Fernando Alonso a toutefois souligné que "le moteur est très important en matière de comportement et de manière dont la voiture réagit dans les virages, et nous avons encore un petit problème à ce niveau".
Au début de la Q1, l'approche était essentiellement la même pour tout le monde : essayer de boucler des tours propres et espérer que l'évolution de la piste et des pneus permette d'améliorer progressivement les chronos.
Chaque pilote devait également faire preuve de réflexes en cas d'aquaplaning. Les unités de puissance 2026 et la gestion du freinage arrière constituaient des difficultés supplémentaires à surmonter. Mais, dans l'ensemble, les pilotes ont progressivement trouvé leurs marques, constaté l'amélioration des chronos, puis commencé à repousser un peu plus leurs points de freinage à mesure que la piste séchait.
Une transition s'est toutefois opérée en Q2, avec l'arrivée rapide des pneus intermédiaires comme meilleure option. Avec moins d'eau stagnante, les pneus pluie commençaient à surchauffer et perdaient en performance dans la partie centrale du tour. Dans un premier temps, cela pouvait éventuellement compenser les conditions plus humides dans les premier et dernier secteurs, mais les intermédiaires ont finalement pris l'avantage sur l'ensemble du circuit.
George Russell (Mercedes)
Photo de: Alastair Staley / LAT Images via Getty Images
Les pilotes ont alors pu davantage exploiter l'adhérence de la piste. Les chronos ont commencé à plafonner à la fin de la Q2, alors que le circuit se rapprochait des meilleures conditions possibles malgré la pluie. Trouver le bon moment pour passer aux intermédiaires, ce que Lawson estimait avoir parfaitement réussi avec son équipe Racing Bulls, était essentiel pour enchaîner quelques tours rapides sans risquer de sortir de la piste.
Plusieurs pilotes ont éprouvé des difficultés lors de cette transition, notamment au niveau de la récupération d'énergie et du freinage à l'approche du virage 12. Carlos Sainz et Oliver Bearman sont tous deux sortis de la piste à cet endroit, tandis que le rookie Rafael Câmara n'est pas parvenu à ralentir suffisamment sa voiture avant de terminer sa course dans le mur à la fin de la Q2.
Avec de nouvelles précipitations attendues pendant la Q3, l'objectif était désormais de réaliser rapidement un tour propre plutôt que de miser sur l'évolution des conditions. C'est peut-être à ce moment-là que la séance a le plus ressemblé à des qualifications "normales" : les pneus étaient globalement suffisamment performants pour un seul tour, tandis que l'arrivée annoncée de la pluie imposait une véritable course contre la montre.
La majorité des pilotes semblait avoir réellement apprécié cette occasion rare de rouler dans des conditions véritablement pluvieuses, même si certains ont émis des réserves sur la reprise de la séance. George Russell a résumé son sentiment : "J'adore piloter sous la pluie, mais à un moment donné, si cela avait été une course, nous n'aurions absolument pas dû rouler dans ces conditions. Le risque d'assister à un accident vraiment, vraiment terrible est très élevé."
Il existe peut-être un certain clivage entre les pilotes les plus jeunes et les plus expérimentés. Lewis Hamilton et Nico Hülkenberg ont tous deux exprimé leur plaisir de rouler sous la pluie, tandis que le nouveau champion du monde Kimi Antonelli a décrit les conditions comme "les plus humides dans lesquelles j'aie jamais roulé. Ce n'était donc pas l'expérience la plus agréable". Bearman et lui estimaient tous deux que les limites avaient été dépassées lors de la reprise de la Q1, même si le Britannique a reconnu que ces premiers tours avaient au moins contribué à améliorer l'état de la piste.
Quoi qu'il en soit, cette séance a permis à chaque pilote de recueillir de précieuses données en vue de la course de dimanche, pour laquelle de nouvelles conditions météorologiques difficiles sont attendues. Les discussions vont donc désormais se poursuivre pendant la nuit : une équipe prendra-t-elle le risque de faire partir sa voiture depuis la voie des stands afin de modifier ses réglages ?
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