Hamilton veut "une place à la table" : les pilotes doivent-ils peser sur le règlement ?
Les récents ajustements réglementaires ont été réalisés avec l'apport des pilotes, ce qui a été salué au sein du paddock. Mais ces derniers devraient-ils avoir davantage leur mot à dire ?
Photo de : Mark Sutton / Formula 1 via Getty Images
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À première vue, les griefs des pilotes de Formule 1 concernant la réglementation 2026 reposent sur une idée simple : les voitures ne sont pas agréables à piloter. On pourrait rétorquer qu'ils sont très bien payés pour les conduire et qu'ils doivent donc s'en accommoder.
En réalité, leur position collective est plus nuancée. Lorsqu'on prend le temps de l'explorer, elle apparaît même cohérente : ce sont les seuls à pouvoir fournir un retour direct sur le comportement des voitures en piste, mais ils ne disposent pas réellement d'une plateforme pour le faire. Certes, ils peuvent transmettre leurs impressions via leurs équipes respectives, mais les intérêts de l'employé et de l'employeur ne coïncident pas toujours.
Dans le cadre des discussions sur les ajustements réglementaires avant le Grand Prix de Miami, les points de vue des pilotes ont été pris en compte. "Globalement, c'est la meilleure communication que nous ayons eue depuis un moment", a expliqué Pierre Gasly.
"Je pense que ça a été très constructif. Nous avons apprécié d'être impliqués, parce que ce sont nous qui sommes au volant. C'est nous qui ressentons ce qu'il se passe dans toutes sortes de situations. Le retour que nous pouvons donner est donc bien plus précis que celui de n'importe qui d'autre dans l'organisation. Je pense qu'ils en ont clairement pris conscience."
Max Verstappen a approuvé : "J'espère que nous serons de plus en plus impliqués. Je suis sûr que nous pouvons apporter de très bonnes contributions. Si cela avait été le cas il y a cinq ou six ans, nous ne serions probablement pas dans la situation actuelle."
Mais cela reste une exception. Les pilotes n'ont pas été impliqués dans l'élaboration du règlement 2026, dont l'orientation a été entièrement définie par les motoristes. Lorsque les premiers concepts leur sont parvenus via le simulateur, ils ont dû composer avec des voitures dont les exigences pour aller chercher la performance leur étaient totalement étrangères.
Lorsqu'ils ont fait remonter ces problèmes aux instances de la F1, il leur a été répondu que la situation s'améliorerait avec le développement. Ce n'était pas faux : la version actuelle est bien plus aboutie que les premières itérations. Mais cela souligne à quel point les monoplaces initiales pouvaient être problématiques.
Maintenant que les pilotes ont été entendus, Lewis Hamilton a renouvelé son appel à leur accorder en permanence "une place à la table" afin de participer aux orientations futures de la Formule 1. Jusqu'ici, leurs retours se limitaient principalement aux briefings d'avant-course, un cadre peu adapté pour aborder des sujets de fond avec le directeur de course.
Lewis Hamilton (Ferrari)
Photo de: Rudy Carezzevoli / Getty Images
Pour illustrer son propos, Hamilton a pris l'exemple des tests pneumatiques. Puisque ce sont les pilotes qui ressentent le comportement du pneu - son niveau d'adhérence, le moment où il décroche - il serait logique de les consulter davantage. Pourtant, ce ne sont pas eux qui décident si un pneu est adapté à son usage, même lorsqu'ils expriment des inquiétudes légitimes sur certains composés.
"Tous les pilotes travaillent ensemble, nous nous réunissons, mais le fait est que nous n'avons pas de place à la table", a-t-il déclaré avant le week-end du Grand Prix de Miami. "Nous échangeons avec la FIA et la F1, la F1 étant généralement plus réactive. Mais comme nous ne sommes pas des parties prenantes, nous n'avons pas de place à la table, et cela doit changer."
"Je leur disais, lors des tests Pirelli : Vous devriez venir nous voir et collaborer avec nous. Nous ne voulons pas critiquer les pneus, nous savons que vous pouvez fabriquer un bon produit."
"Mais leurs retours proviennent de personnes qui n'ont jamais piloté une voiture. Parlez-nous, travaillons main dans la main. Nous pouvons collaborer pour aider la FIA à obtenir un meilleur produit. Et c'est pareil avec la F1 : nous sommes là pour travailler avec vous, pas pour critiquer notre sport. Nous voulons qu'il réussisse, et pour cela, nous devons avancer ensemble."
"Mais c'est comme un disque rayé. On répète sans cesse, et les progrès se font à petits pas. Je ne doute pas que nous y parviendrons."
Hamilton soulève un point pertinent : ce sont les pilotes qui subissent directement les conséquences des décisions prises par d'autres. Et s'il est question de parties prenantes, un argument plaide en leur faveur - peut-être via le GPDA pour obtenir cette "place à la table". Certes, ils ne contribuent pas directement aux revenus de la F1, mais ils en créent une grande partie de la valeur à travers leur image et leur popularité.
La F1 vendrait-elle des billets si des entités anonymes pilotaient les voitures ? Évidemment non.
Les pilotes se sont unis au fil des années grâce au GPDA.
Photo de: Martin Keep / AFP via Getty Images
L'avis des pilotes mérite donc d'être davantage valorisé, comme celui de tout employé en première ligne. Ce sont eux qui identifient le plus rapidement les inefficacités et les blocages. On pourrait imaginer que le GPDA dispose d'un vote global sur les grandes orientations, afin de porter une position claire dans les discussions réglementaires et de proposer des motions.
Cependant, le directeur du GPDA, George Russell, apporte lui aussi une nuance essentielle : les pilotes ont leurs propres intérêts, qui ne coïncident pas toujours avec ceux de la F1. Le fait qu'ils aient raison sur les défauts du règlement 2026 ne signifie pas qu'ils auraient nécessairement raison sur la direction à suivre.
"Évidemment, nous sommes ceux qui pilotent, mais nous sommes aussi assez égoïstes", reconnaît Russell. "Ce qui serait le plus impressionnant et le plus rapide à piloter pour nous n'est pas forcément le plus excitant pour le spectacle. Prenez l'ère des V10 du début des années 2000 : c'était sans doute idéal pour un pilote, mais les courses étaient ennuyeuses, avec peu de dépassements et moins de fans."
Son exemple est éclairant. À l'époque, la FIA modifiait presque chaque année le règlement pour dynamiser les courses : relèvement des ailerons avant pour réduire l'appui, refonte répétée des qualifications entre 2002 et 2006, et projets de transformation radicale de l'aérodynamique.
George Russell (Mercedes)
Photo de: James Sutton / Formula 1 / Formula Motorsport Ltd via Getty Images
Aujourd'hui, il est facile d'idéaliser cette période à travers des compilations spectaculaires de voitures bruyantes et visuellement marquantes. Mais on oublie que les courses étaient souvent laborieuses. Les fans réclamaient plus de batailles en piste. Maintenant qu'ils en ont, ce n'est plus le bon type.
Encore une fois, tout est affaire de nuance. La F1 2026 comporte des défauts à corriger, mais aussi des éléments intéressants à préserver. Les pilotes doivent avoir une voix, un droit d'expression et la possibilité d'influencer les débats, sans pour autant s'attendre à obtenir systématiquement gain de cause.
Les attentes doivent être gérées. Et, idéalement, tous ceux qui seront autour de la table pour 2030 ou 2031 garderont à l'esprit que leurs décisions doivent servir la F1 dans son ensemble, et non des intérêts individuels.
"La vérité, c'est que la F1 et la FIA ne sont pas stupides. Elles savent ce qu'elles font, et les fans adorent les courses actuelles - à juste titre ou non - parce qu'elles sont excitantes", conclut Russell. "Nous devons être impliqués et aider à façonner l'avenir, mais beaucoup de leçons ont été retenues. La prochaine génération pourrait être vraiment exceptionnelle."
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