Pourquoi la bataille du poids des F1 promet d'être rude en 2026
Si d'aucuns prédisent qu'il sera "très difficile pour toutes les écuries" d'atteindre le poids minimum en 2026, il pourrait s'agir d'un important facteur dans l'établissement de la hiérarchie au début de la nouvelle ère qui s'annonce.
Photo de : FIA
Même si les discussions autour de la réglementation 2026 sont pour le moment surtout centrées sur l'unité de puissance et la manière dont l'énergie électrique sera déployée, le poids des Formule 1 en vue de 2026 sera assurément un aspect important du cycle qui s'annonce.
En effet, pour la saison à venir, le législateur a fixé un poids minimum de 768 kg pour les monoplaces, soit 32 de moins que la limite actuelle, fixée pour 2025 à 800 kg. Une partie de la réduction du poids viendra naturellement de la réduction de la taille des F1, moins longues de 20 cm et moins larges de 10 cm que les actuelles, mais aussi de pneus plus étroits fournis par Pirelli.
Mais 2026 marquera la première baisse de ce paramètre depuis longtemps. En effet, en 2014, la mise en place des moteurs turbo hybrides, et la part d'électrification qu'elle réclamait, a fait monter en flèche le poids minimum qui est alors passé de 642 en 2013 à 691. La hausse ne s'est pas arrêtée là, même s'il faut bien entendu rappeler qu'au fil des années, de nombreux ajouts ou renforcements sont venus gonfler ces chiffres, comme le retour à des monoplaces et des pneus plus grands en 2017, l'arrivée du Halo en 2018, le passage à des jantes 18 pouces en 2022 ou globalement la mise en place de divers dispositifs ou correctifs liés à la sécurité.
La question du poids est intrinsèquement liée, pour beaucoup d'acteurs, à celle du spectacle. De nombreuses voix se sont exprimées, notamment du côté des pilotes, sur le fait que des monoplaces plus légères, donc plus agiles, amélioreraient naturellement la capacité à se battre en piste. Cela, ainsi qu'une réflexion plus globale sur la baisse des coûts, est d'ailleurs entré dans la cadre d'une piste de travail menée par les instances pour une simplification de la motorisation à l'avenir.
Toutefois, il est désormais trop tard pour changer les choses côté unités de puissance et la plus grande importance donnée à l'électrique – qui représentera 50% de la puissance délivrée – s'accompagnera de batteries encore plus lourdes. En conséquence, l'objectif de 768 kg fixé par la FIA risque de donner la migraine aux écuries, même si elles savent très bien l'importance que pourra avoir le poids dans l'établissement de la hiérarchie au début de la nouvelle ère.
Abaisser le poids des F1 aura "un coût colossal"
Christian Horner, Red Bull Racing
Photo de: Red Bull Content Pool
L'on se souviendra à ce sujet que Red Bull n'a véritablement commencé à dominer l'ère réglementaire actuelles, en 2022, qu'à partir du moment où ses monoplaces se sont rapprochées du poids minimum. Auparavant, la – si elle remportait des courses – n'était pas forcément beaucoup plus performante que la Ferrari version 2022.
Justement, interrogé par Motorsport.com sur le dossier du poids à quelques mois de l'entrée en vigueur de la nouvelle réglementation, le directeur de Red Bull Christian Horner a lancé : "Un nombre a été sorti de nulle part concernant le poids des voitures. Nous avons des moteurs qui sont significativement plus lourds et un poids qui a été abaissé, donc ça va être un énorme défi pour chacune des écuries d'y parvenir. Économiser du poids représente un coût colossal."
"La semaine dernière, il a été question d'introduire des patins en acier, ce qui justifierait peut-être d'ajouter cinq kilos au poids minimum. Mais c'est ainsi. C'est la même chose pour tout le monde. Les équipes devront faire des choix pour respecter le poids, car [réduire] le poids améliore le temps au tour. Ce sera très difficile pour toutes les équipes d'atteindre le poids minimum."
L'on se souviendra tout de même que, début 2022, alors que certaines écuries – mais pas toutes, Alfa Romeo faisant notamment figure d'exception – avaient déjà souffert pour attendre le poids minimum fixé à l'époque (795 kg), un accord avait finalement été trouvé pour l'augmenter de trois kilos avant le début de la saison.
Réagissant à son tour à la problématique du poids pour 2026, Toto Wolff, le directeur de Mercedes, a admis que le défi allait être corsé même s'il soutient l'effort des instances pour améliorer les choses : "Comme Christian l'a dit, il faut faire des choix en tant qu'équipe. Combien de temps au tour attribuez-vous au poids et au lest ? Où voulez-vous faire des économies ? Vous pouvez compromettre d'autres éléments de performance si vous voulez réduire le poids, ou l'inverse."
"C'est un véritable défi. La raison pour laquelle nous nous y soumettons est de rendre les voitures plus agiles. Est-ce que c'est important ? Je pense que oui. Il faut bien commencer quelque part. Cette première étape est difficile, mais c'est la même chose pour tout le monde."
Le directeur technique d'Alpine, David Sanchez, a pour sa part qualifié cette limité de "très agressive", alors que le responsable de Haas, Ayao Komatsu, a évoqué un "différentiateur de performance" et "un développement très coûteux".
Retirer "5%" des voitures
Paul Monaghan, ingénieur en chef de Red Bull, a offert plus de détails concernant ce qu'allait concrètement recouvrir la recherche de ces 32 kg à perdre. "C'est un défi énorme que de ramener cette voiture au poids limite pour 2026, oui. Les choix de design que nous ferons dans les semaines [et] les mois à venir vont vraiment l'influencer. Les tests d'homologation sont devenus un peu plus exigeants, ce qui ajoute du poids."
"Le laminé du châssis nous permettra peut-être d'économiser un peu ici et là, mais il faudra se serrer la ceinture un peu partout. Vous pouvez réduire chaque composant de 5%, si vous le souhaitez. En clair, cela représente 5% de réduction sur la voiture. Tout à coup, 5% représente un chiffre important, n'est-ce pas ? Cela va coûter cher en ingénierie de réduire le poids. Nous allons essayer."
Interrogé par Motorsport.com sur l'influence du poids du châssis sur la compétitivité, Monaghan a répondu : "Il faudra attendre mars de l'année prochaine pour répondre à cette question, lorsque nous verrons à quel point tout le monde est en surpoids. C'est une échelle relative. Nous pouvons avoir un surpoids de X kilos, [mais] si tous les autres ont un surpoids de plus de X kilos, cela n'a pas d'importance, n'est-ce pas ?"
Avec Filip Cleeren et Ronald Vording
VIDÉO - Le surpoids des F1 depuis 2007
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