Red Bull invite à vérifier les soupçons d'aide de Racing Bulls... et on l'a fait
Laurent Mekies assure que le seul début de saison 2026 fournit déjà suffisamment d'éléments pour réfuter les sous-entendus selon lesquels la deuxième équipe de Red Bull aide sa grande sœur. Mais a-t-il raison ?
Photo de : Simon Galloway / LAT Images via Getty Images
Le débat autour des équipes appartenant au même propriétaire en Formule 1 a récemment été relancé par l'intérêt que semblaient porter Mercedes et Toto Wolff à l'acquisition de parts dans l'écurie Alpine.
Si cet intérêt ne s'est finalement jamais concrétisé, c'est précisément ce qui a poussé le PDG de McLaren, Zak Brown, à adresser une lettre au président de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, afin d'exposer ses inquiétudes concernant ce type de montage, qui offre selon lui un terrain propice à des formes de coopération antisportive.
Les inquiétudes portent notamment sur des périodes de préavis réduites pour le personnel passant d'une équipe à l'autre au sein d'un même groupe, sur de potentiels transferts de propriété intellectuelle, ou encore sur une éventuelle aide en piste.
Brown a cité le meilleur tour en course de Daniel Ricciardo à Singapour en 2024 : l'Australien, alors pilote de l'équipe sœur de Red Bull, s'était arrêté au stand peu avant l'arrivée sans raison évidente et avait subtilisé le point du meilleur tour à Lando Norris, qui poursuivait Max Verstappen au championnat. Cette année, lors du Grand Prix de Miami, Racing Bulls a demandé à son pilote Liam Lawson de laisser passer Verstappen, ce qui a également alimenté les discussions.
Le sujet de la double propriété de Red Bull revient régulièrement sur le devant de la scène. Il a de nouveau été évoqué auprès de Laurent Mekies après le Grand Prix de Barcelone, sans raison particulière puisque la course elle-même n'avait donné lieu à aucune spéculation.
"Écoutez, nous soutenons 11 équipes qui courent indépendamment en piste", a-t-il répondu. "Il existe un règlement extrêmement précis et détaillé concernant les transferts de personnel et la durée minimale des périodes de préavis entre deux équipes. Non seulement nous respectons évidemment les règles de la FIA, mais nous nous imposons également des délais plus longs afin d'éviter de nous retrouver au cœur de ce genre de discussions."
Laurent Mekies, directeur de Red Bull Racing.
Photo de: Chris Graythen / Getty Images
Il a ensuite invité les médias à "analyser" comment les voitures Red Bull et Racing Bulls se sont affrontées en piste cette année afin d'écarter ces soupçons. "Depuis le début de l'année, vous aurez de très, très nombreux exemples", a-t-il souri, "parce que malheureusement, notre voiture n'était pas très compétitive au début de la saison."
Aucune raison de ne pas vérifier, donc...
Australie : "N'use pas trop tes pneus avec Max"
Arvid Lindblad a débuté sa carrière en Formule 1 avec un premier tour particulièrement impressionnant en Australie, remontant brièvement jusqu'à la troisième place après s'être élancé neuvième sur la grille.
Cette progression comprenait notamment un superbe dépassement par l'extérieur sur Isack Hadjar dans la rapide séquence des virages 11 et 12. Lindblad a ensuite parfaitement fermé la porte à l'approche du virage 13 lorsque le Français a tenté de répliquer. Non seulement Hadjar n'est pas passé, mais les deux pilotes ont chacun perdu une position lorsque Lewis Hamilton les a dépassés tous les deux.
Hadjar a ensuite repris l'avantage dans la ligne droite principale, avant que Lindblad ne récupère sa position dans la ligne droite opposée, les deux hommes offrant déjà l'un des premiers exemples de ce qui allait ensuite être qualifié de course en "yo-yo". Hadjar a finalement réussi à passer, mais Lindblad n'a clairement montré aucune volonté de coopération.
Le rookie a ensuite été rejoint par Max Verstappen, qui remontait le peloton après un départ catastrophique. Le Néerlandais est resté plusieurs tours derrière lui avant l'intervention de la VSC provoquée par l'abandon de Hadjar.
Les deux pilotes se sont arrêtés, Racing Bulls "manquant" alors (attention au sarcasme) l'occasion de ralentir Lindblad avec un arrêt volontairement raté. Il est même ressorti des stands devant Verstappen, avant que son équipe ne lui rappelle que sa course se jouait contre Oliver Bearman, alors situé derrière Max.
Isack Hadjar devant Arvid Lindblad à Melbourne.
Photo de: Mark Sutton / Formula 1 via Getty Images
"N'use pas trop tes pneus avec Max", lui a indiqué son ingénieur Pierre Hamelin avant la relance. Rien de suspect, cependant : Verstappen disposait d'un train de pneus mediums neufs alors que Lindblad roulait en durs, qu'il devait préserver jusqu'à l'arrivée. Il a d'ailleurs repoussé une première tentative du Néerlandais à la relance avant de ne plus pouvoir défendre dans la ligne droite opposée, où la Red Bull s'est ensuite échappée.
Chine : la défense de Lawson face à Verstappen
L'accrochage entre Isack Hadjar et Kimi Antonelli lors du sprint a laissé le Français avec une monoplace légèrement endommagée et à la neuvième place, juste devant Liam Lawson. Le pilote Racing Bulls est non seulement resté au contact, mais il a dépassé son ancien coéquipier dès le cinquième tour en le forçant à défendre à l'épingle avant de le doubler à la sortie. Lawson a ensuite terminé septième tandis que Hadjar rétrogradait progressivement dans la hiérarchie.
Lors du Grand Prix, ce fut au tour de Lindblad de se mesurer à une voiture sœur. Une nouvelle fois, Max Verstappen a raté son départ et perdu plusieurs positions. Il en a rapidement récupéré quelques-unes avant de se retrouver bloqué derrière la Racing Bulls.
Le Néerlandais a failli passer lorsque Lindblad a manqué son freinage à l'épingle, provoquant un plat sur un pneu. Malgré cela, il a défendu sa position, puis a encore repoussé Verstappen vers l'extérieur à l'approche du virage 1.
Le quadruple champion du monde est passé en retardant son freinage, mais a emmené trop de vitesse dans le rapide droite suivant, est parti au large et a permis au pilote Racing Bulls de reprendre son bien. Verstappen est resté derrière Lindblad jusqu'à son arrêt au stand à la fin du huitième tour, qui l'a replacé derrière une autre Racing Bulls, celle de Liam Lawson.
Arvid Lindblad et Max Verstappen à Shanghai.
Photo de: James Sutton / Formula 1 / Formula Motorsport Ltd via Getty Images
Il a fallu quelques tours à Verstappen pour trouver l'ouverture. Lawson lui a certes cédé la position, mais lui a rendu la tâche un peu plus compliquée en restant côte à côte avec lui dans le virage 7, les deux voitures étant séparées de quelques millimètres seulement.
Plus tard dans la course, Hadjar a dépassé Lindblad mais, comme en Australie, le pilote Racing Bulls lui a donné du fil à retordre, manquant même de pousser son homologue dans l'herbe dans la zone de freinage de l'épingle. Le pilote Red Bull n'a eu guère plus d'une largeur de voiture pour réussir sa manœuvre. Hadjar a ensuite tenté de revenir sur Lawson pendant près de 20 tours, mais le Néo-Zélandais était simplement plus rapide et ne lui a jamais laissé entrevoir une opportunité d'attaque.
Japon : "Nous allons le signaler aux commissaires"
Si Mekies devait un jour réunir des preuves démontrant à quel point les pilotes de la deuxième équipe Red Bull peuvent être peu coopératifs en piste, le Grand Prix du Japon 2026 constituerait probablement la pièce maîtresse de son dossier.
Les quatre voitures appartenant à Red Bull ont roulé groupées pendant une douzaine de tours à Suzuka, avec Arvid Lindblad en tête de ce petit train durant un moment. Et si Verstappen a logiquement trouvé rapidement le moyen de dépasser la Racing Bulls, Isack Hadjar a une nouvelle fois dû se battre pour venir à bout du pilote qui l'avait remplacé dans l'équipe italienne.
Sa première attaque sérieuse est intervenue au 11e tour alors que les deux hommes se disputaient la dixième place. Cette fois, Lindblad n'a même pas laissé la largeur d'une voiture à Hadjar au freinage précédant la chicane, avant de multiplier les changements de trajectoire lors du tour suivant afin de repousser la voiture sœur.
"Qu'est-ce qu'il fout, bordel ?", s'est plaint Hadjar à la radio. "Il bouge comme un..."
Arvid Lindblad et Isack Hadjar à Suzuka.
Photo de: Clive Rose / Formula 1 via Getty Images
Deux tours plus tard, au même endroit, Lindblad a défendu de façon encore plus agressive, manquant de pousser Hadjar dans l'herbe.
"Allez mec, tu peux pas faire ça, bordel !", a hurlé le Français à la radio, son ingénieur lui répondant fermement : "Nous allons le signaler." Sans toutefois préciser si le rapport serait envoyé aux commissaires de la FIA ou au siège de Red Bull. Quelques instants plus tard, Lindblad recevait un drapeau noir et blanc de la direction de course.
Hadjar n'a finalement pris l'avantage que grâce à la stratégie. "Arrêt à l'opposé de Lindblad", lui a-t-on indiqué à la fin du 18e tour. Lorsque le Britannique a plongé dans la voie des stands, Hadjar a profité de la piste dégagée pour creuser un écart suffisant et ressortir devant lui après son propre arrêt un tour plus tard. "Qu'est-il arrivé à cet idiot ?", a-t-il demandé avec sarcasme à son ingénieur en ressortant devant Lindblad.
Miami : Lawson laisse passer Verstappen
L'épisode qui a suscité les discussions les plus nourries sur les relations entre les deux équipes Red Bull s'est produit à Miami.
Max Verstappen, Red Bull Racing, Liam Lawson, Racing Bulls
Photo by: CHARLY TRIBALLEAU / AFP via Getty Images
Max Verstappen a de nouveau perdu des positions dans le premier tour, cette fois après un tête-à-queue à la sortie du virage 1, et s'est retrouvé juste derrière Liam Lawson. Comme le Néerlandais n'attend jamais vraiment une "meilleure opportunité", il a tenté une attaque à l'intérieur à l'entrée du virage 11.
Le Néo-Zélandais, cherchant naturellement à ne lui laisser aucun espace, a ouvert la porte juste avant le point de corde afin de ne pas trop compromettre sa trajectoire, avant de voir Verstappen relâcher les freins. Verstappen n'était pas devant à la corde, mais emmenait trop de vitesse ; les deux pilotes se sont retrouvés hors piste.
Lawson est passé largement dans l'échappatoire et a repris la piste toujours devant, estimant que puisque Verstappen avait lui aussi quitté les limites de la piste, il n'y avait aucun problème. Pourtant, quelques instants plus tard, l'équipe est intervenue.
"Liam, on doit rendre la position à Max", lui a indiqué son ingénieur. "Fais-le, dès que possible."
"Il m'est rentré dedans", a protesté Lawson. "Je ne comprends pas."
Un tour plus tard, au même virage 11, il s'est néanmoins écarté pour laisser passer Verstappen.
S'agissait-il d'une véritable erreur de l'équipe, qui n'avait pas correctement analysé l'incident et cherchait simplement à éviter une pénalité, ou d'une tentative pour faciliter la course de Verstappen ? Le débat reste ouvert. Lawson, lui, a toujours affirmé qu'il n'y avait pas matière à polémique.
"Nous avons commis une erreur", a-t-il déclaré aux médias lorsqu'il a été interrogé plus tard sur l'épisode de Miami. "Nous n'aurions pas dû faire ça. D'autant plus que cette manœuvre était en réalité la faute de Max. Je pense que, d'après l'analyse faite par l'équipe, nous n'avons tout simplement pas bien examiné la situation."
"Mais on dispose de très peu de temps pour prendre une décision et je pense que c'est pour cela qu'on peut se tromper. [...] Si c'était à refaire, nous n'aurions pas agi de la même manière."
Rien à signaler
Avec les progrès réalisés par Red Bull, les Grands Prix du Canada, de Monaco et de Barcelone n'ont pas donné lieu à des affrontements avec Racing Bulls, à l'exception d'un dépassement assez classique de Hadjar sur Lindblad en Espagne. Dans ce cas, Lindblad faisait simplement partie des nombreux pilotes qui n'avaient pas le rythme nécessaire pour résister à la Red Bull après un mauvais départ.
Laurent Mekies et Liam Lawson.
Photo de: Clive Mason/Getty Images
Ceux qui aiment les théories du complot trouveront toujours un moyen de pointer du doigt la double propriété lorsque des pilotes Red Bull et Racing Bulls s'affrontent en piste. Mais il est difficile de contester l'affirmation de Mekies selon laquelle le début de saison a apporté très peu d'éléments concrets pour étayer ces accusations, même si certains continueront à évoquer l'épisode de Miami ou le meilleur tour de Ricciardo à Singapour en 2024.
Le véritable sujet concerne évidemment les mouvements de personnel (Mekies lui-même est passé de Racing Bulls à Red Bull sans période de préavis) ainsi que les potentiels transferts de propriété intellectuelle. Et cette question ne disparaîtra probablement jamais.
En revanche, concernant l'aspect le plus visible, à savoir les batailles en piste, il serait effectivement "ridicule" pour Red Bull de chercher à jouer sur des stratégies d'équipe. Les pilotes Racing Bulls ne semblent en tout cas pas particulièrement pressés de s'écarter dès qu'ils aperçoivent la voiture de la grande sœur dans leurs rétroviseurs.
On peut toutefois avancer que le véritable test n'interviendrait qu'en fin de saison, avec un titre mondial en jeu. Mais une chose est certaine : dans un tel scénario, la concurrence surveillerait cela de très près.
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