Reid dénonce un traitement "injuste" qui l'a conduit à démissionner de la FIA
Une semaine après avoir quitté ses fonctions de vice-président de la FIA, Robert Reid a publié une déclaration donnant plus d'explications sur la prétendue "rupture des normes de gouvernance" de la fédération, qui l'a poussé à démissionner.
Photo de : JEP / Motorsport Images
La semaine dernière, l'ancien copilote de rallye et vice-président de la FIA, Robert Reid, annonçait publiquement sa démission, ce qui, en cette année électorale, équivaut à jeter un gros pavé dans la marre.
Ce jeudi, Reid a écrit sur Substack pour clarifier les raisons de son départ. Dans une déclaration, il remercie ceux qui, au sein du sport automobile et des clubs membres de la FIA, lui ont envoyé des messages de soutien, et souligne une fois de plus ce qu'il considère comme un manque de communication et de transparence de la part des instances supérieures.
"Il est intéressant, mais pas totalement surprenant, que nombre de ces messages de soutien aient été accompagnés d'une mise en garde contre le fait de ne pas vouloir dire quoi que ce soit publiquement par crainte de représailles, ce qui met en lumière certains des problèmes auxquels nous sommes confrontés", a écrit celui qui épaulait Mohammed Ben Sulayem depuis 2021.
"Je ne demanderais jamais à quiconque de se mettre dans une position qu'il juge inconfortable, que ce soit par le biais d'une lettre de soutien ou d'un message affichant clairement son soutien, car je ne pense pas qu'il serait juste de le faire. Dans d'autres milieux, le silence a été assourdissant. Comme je l'ai dit dans ma déclaration initiale, ma décision de démissionner n'était pas une question de personnalité ou de politique. C'était une question de principes. J'ai accepté ce rôle avec un mandat clair : aider à diriger une fédération transparente, responsable et dirigée par ses membres."
Le départ de Reid est la dernière preuve en date des tensions entre les membres de la FIA au sujet de sa gouvernance, un problème mis en évidence par la publication d'une lettre ouverte de David Richards, président de Motorsport UK, le mois dernier.
Mohammed ben Sulayem président de la FIA et Nikolas Tombazis responsable des monoplaces à la FIA.
Photo de: Rudy Carezzevoli / Motorsport Images
Si le comportement du président de la fédération, Mohammed Ben Sulayem, et ses prises de position sur des questions marginales telles que les bijoux portés par les pilotes ou encore le langage de ces derniers ont occupé le devant de la scène, l'inquiétude semble plus profondément ancrée.
Au cours de sa campagne électorale, il y a quatre ans, Ben Sulayem avait assuré à ses partisans qu'il serait un président non interventionniste qui déléguerait les questions opérationnelles à une équipe exécutive professionnelle. Dans sa charge du mois dernier, David Richards avait d'ailleurs expliqué qu'il s'agissait de l'une des raisons pour lesquelles le club national du Royaume-Uni avait soutenu la candidature de Ben Sulayem plutôt que celle du Britannique Graham Stoker.
Cependant, les critiques de Ben Sulayem reprochent à sa présidence d'avoir centralisé le pouvoir autour de sa personne, ce qui aurait engendré un manque de transparence dans le processus décisionnel. Cette situation a atteint son paroxysme lorsque Ben Sulayem a insisté pour que des accords de non-divulgation soient signés avant une réunion du Conseil Mondial du Sport Automobile, tenue à la fin du mois de février.
Parmi les décisions les plus controversées prises en interne figure celle de la FIA d'assurer la promotion du championnat du monde de rallycross. Une initiative que les détracteurs de Ben Sulayem perçoivent comme une atteinte au principe de séparation des pouvoirs : l'instance dirigeante ne devrait pas être à la fois l'organe directeur d'une branche du sport automobile et responsable de son exploitation commerciale.
Ce n'est pas la première fois que la FIA se retrouve sur ce terrain glissant. En 1999, la Commission européenne avait ouvert une enquête antitrust visant la fédération ainsi que la direction de la Formule 1, alors entre les mains de Max Mosley et Bernie Ecclestone. L'UE pointait du doigt la proximité jugée excessive entre les deux hommes, et les rôles ambigus qu'ils occupaient au sein des structures concernées, Ecclestone étant à l'époque responsable des activités promotionnelles de la FIA.
Bruxelles considérait qu'il existait un conflit d'intérêts manifeste entre la fonction de régulateur exercée par la FIA et ses implications commerciales dans le sport automobile. Face à la perspective d'une procédure longue et potentiellement défavorable, la FIA avait fini par plier : Ecclestone avait quitté ses fonctions, se séparant de ses parts dans toutes les disciplines hors F1, tandis que Mosley procédait à la "location" controversée des droits commerciaux de la F1 à la FOM. Dans ce contexte, l'annexion par Ben Sulayem des droits commerciaux du rallycross ne manquera pas de raviver le débat.
"L'un des exemples les plus clairs et les plus troublants de cette rupture concerne l'internalisation du championnat du monde de rallycross", peut-on également lire dans la déclaration de Robert Reid. "J'ai fait part à plusieurs reprises de mes inquiétudes, tant sur le processus de gouvernance que sur les implications juridiques potentielles, et je n'ai reçu aucune réponse, malgré mes responsabilités électives et mes obligations fiduciaires."
"Finalement, je n'ai pas eu d'autre choix que de demander un avis et un soutien juridiques externes. Ce n'est qu'à ce moment-là que j'ai reçu une réponse, mais malheureusement elle manquait de la clarté et de la rigueur que j'espérais. On m'a dit, en gros, que le processus de gouvernance était sain et qu'il n'y avait pas de risque juridique. Mais aucune preuve ou explication n'a été fournie pour étayer ces assurances. En tant que personne responsable devant les membres et exposée à une responsabilité personnelle, c'était tout simplement inacceptable."
Je n'ai pas refusé de signer l'accord de confidentialité. J'ai simplement demandé une courte prolongation afin d'obtenir un avis juridique sur un document complexe. Cette demande a été refusée.
Photo de: Red Bull Content Pool
Reid a également clarifié sa position sur l'autre question soulevée par David Richards, à savoir la signature forcée d'accords de non-divulgation avant une réunion du Conseil Mondial du Sport Automobile. On sait que les dirigeants de la FIA ont été contrariés par la quantité d'informations provenant de réunions privées qui ont été divulguées dans le domaine public.
"Un journaliste m'a dit que la FIA ferait peut-être mieux de s'interroger sur les raisons qui poussent certains à divulguer ces informations, plutôt que de chercher à identifier ceux qui les divulguent, et je pense que cela vaut la peine d'y réfléchir", a continué l'ex vice-président de la fédération. "Je n'ai pas refusé de signer l'accord de confidentialité. J'ai simplement demandé une courte prolongation afin d'obtenir un avis juridique sur un document complexe régi par le droit suisse, qui a été présenté dans un délai relativement court. Cette demande a été refusée."
"En conséquence, j'ai été exclu de la réunion du Conseil Mondial du Sport Automobile, à mon avis de manière injuste et illégale. Dix jours plus tard, mon adresse email à la FIA a été désactivée sans préavis. De multiples demandes d'assistance et d'explication sont restées sans réponse jusqu'à ce que, à la suite d'une lettre de mon avocat, je sois informé qu'il s'agissait d'une décision délibérée."
"Je me suis exprimé lorsque j'ai senti que des principes fondamentaux étaient en train d'être érodés. Je l'ai fait de manière respectueuse, constructive et toujours dans le but de sauvegarder l'intégrité de notre sport. Mais cela a eu un coût. Il est apparu clairement que le fait de soulever des préoccupations légitimes n'était pas toujours bien accueilli et j'ai pu constater directement que le fait de remettre en question le statu quo peut conduire à l'exclusion plutôt qu'au dialogue. Je ne regrette pas d'avoir parlé. Mais je crois que j'ai été traitée injustement pour l'avoir fait."
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