Ce qui se cache derrière les problèmes de Red Bull avec la RB21
Le Grand Prix de Bahreïn a constitué le plus mauvais épisode de la saison F1 de Red Bull jusqu'à présent. Max Verstappen s'est montré dubitatif après la course, Christian Horner a concédé que certains des problèmes de l'année dernière étaient toujours présents.
Si la sonnette d'alarme avait été tirée après le Grand Prix d'Italie à Monza l'année dernière, le week-end de Bahreïn 2025 est presque aussi préoccupant. Une semaine seulement après la victoire de Max Verstappen à Suzuka, Red Bull Racing s'est soudainement retrouvée à la lutte avec Alpine et Haas.
Le champion du monde en titre a eu du mal à dépasser Pierre Gasly, et le moment le plus révélateur de la course a peut-être été lorsque Jack Doohan, dans la deuxième Alpine, a réussi à combler l'écart et même à entrer dans la zone DRS du Néerlandais.
Pourquoi Bahreïn s'est si mal passé
Le contraste avec le Japon, une semaine plus tôt, est saisissant, même si cela s'explique facilement. Les températures plus fraîches en piste à Suzuka ont évité la surchauffe et ont joué en faveur de Verstappen, tout comme les opportunités de dépassement limitées. Sa pole position a fait la différence là-bas, mais à Bahreïn, tout ce qui pouvait aller de travers, est allé de travers - comme Verstappen lui-même l'a dit après la course. Les qualifications ont été brouillonnes, et le dimanche a été marqué par de multiples problèmes, notamment en ce qui concerne les arrêts aux stands, qu'Helmut Marko a qualifiés d'"inacceptables" pour une équipe de premier plan.
Plus inquiétants encore sont les deux problèmes structurels qui ont refait surface sur le circuit de Sakhir : la RB21 présente des lacunes importantes par rapport à ses adversaires quand la dégradation des pneus et les températures sont élevées. Ces deux facteurs en disent long sur la tendance au déclin de Red Bull au cours des douze derniers mois. En effet, lorsque l'écurie de Milton Keynes était encore la référence en F1, ces mêmes conditions jouaient en sa faveur.
Verstappen avait gagné [le GP de Bahreïn 2024] avec 25 secondes d'avance sur le premier pilote non-Red Bull. Cette année, il a terminé à plus de 34 secondes du vainqueur.
En guise de contraste, il suffit de regarder le Grand Prix de Bahreïn de l'année dernière. À l'époque, Verstappen avait gagné avec 25 secondes d'avance sur le premier pilote non-Red Bull. Cette année, il a terminé à plus de 34 secondes du vainqueur de la course, Oscar Piastri, et ce en dépit d'une voiture de sécurité. L'écart de performance d'une minute en douze mois en dit long sur la montée en puissance de McLaren, mais aussi sur la baisse de forme de Red Bull.
"La température et la dégradation des pneus étaient très élevées aujourd'hui", a déclaré Christian Horner aux médias, dont Motorsport.com, après la course. "Il est certain qu'avec la dégradation des pneus, si vous avez une voiture bien équilibrée, tout se met en place beaucoup plus facilement." Cette dernière partie est essentielle : Red Bull n'a (toujours) pas de voiture bien équilibrée et Bahreïn s'est avéré être un parfait cocktail pour exposer toutes les faiblesses de la RB21.
Équilibre et corrélation, des problèmes plus profonds
En creusant un peu, on s'aperçoit que les difficultés de Red Bull ne se résument pas à la RB21. Horner a reconnu dimanche soir que les problèmes d'équilibre actuels sont en grande partie similaires à ceux de l'année dernière : "Je pense que les caractéristiques sont peut-être similaires. Mais il est certain que nous n'avions pas de problème de freinage l'année dernière."
C'est un signe préoccupant, car il indique que l'équipe technique n'a pas été en mesure de résoudre ces problèmes au cours de l'hiver. Après le point le plus bas de l'an passé à Monza, un package d'évolutions introduit à Austin a permis d'améliorer un peu l'équilibre général de la voiture, même si Verstappen déclarait à l'époque : "Nous savons qu'il y a certaines choses sur la voiture de cette année que nous ne pouvons pas changer pendant la saison." Cela était lié au plafond budgétaire et à la conception générale de la RB20, mais tous les espoirs reposaient sur la trêve hivernale. Il est maintenant clair que l'hiver n'a pas suffi à éliminer ces problèmes.
Ce qui est peut-être encore plus problématique, c'est la déclaration d'Horner selon laquelle la corrélation avec la soufflerie n'est toujours pas ce qu'elle devrait être : "Le problème, c'est que les solutions avec ce que nous voyons dans nos outils par rapport à ce que nous voyons sur la piste en ce moment ne sont pas en corrélation, et je pense que c'est ce que nous devons comprendre. Pourquoi ne pouvons-nous pas voir avec nos outils ce que nous voyons sur le circuit ? Et lorsque vous vous retrouvez avec une telle déconnexion, vous devez évidemment la résoudre."
Le directeur de l'équipe a utilisé la même métaphore que l'année dernière : "C'est comme si nous regardions deux montres différentes. La soufflerie nous a conduit dans une direction qui ne reproduit pas ce que nous faisons sur la piste et donc, on se retrouve avec un mélange entre ce que les outils nous disent et ce que les données de la piste nous disent."
Horner a ajouté qu'à l'avenir, les données recueillies en piste seront déterminantes pour le développement de la RB21. C'est une démarche logique, mais qui n'élimine pas le désavantage causé par la soufflerie. Avec toutes les restrictions sur les essais en F1, les modèles de soufflerie et de CFD sont plus importants que jamais. De plus, dans le cadre du système de handicap aérodynamique, chaque passage en soufflerie doit avoir un impact. Avant cette saison, le temps supplémentaire passé par Red Bull en soufflerie - grâce à sa troisième place au championnat des constructeurs - était considéré comme un avantage potentiel, mais jusqu'à présent, les problèmes de corrélation l'ont empêché de le transposer sur la piste.
Horner espère toujours que cet avantage pourra jouer un rôle pour 2026. Avec la nouvelle réglementation, il pense qu'il sera moins question de peaufinage des réglages, et que la soufflerie désuète devrait suffire pour ces premières étapes. "S'il ne s'agit pas [d'aller chercher les] derniers points d'appui et que l'on parle de progrès significatifs, alors la soufflerie et l'outil dont nous disposons sont tout à fait capables de permettre ces gros gains progressifs - comme cela a déjà été prouvé par le passé", a noté Horner, en référence au changement de règlement de 2022. Cependant, cela n'aide pas beaucoup à relever les défis de la saison actuelle de F1, d'autant plus que la nouvelle soufflerie de Red Bull (qui est toujours en avance sur le calendrier) ne sera pas opérationnelle avant 2027.
Un sentiment d'urgence
Tout cela montre à quel point il sera compliqué de redresser la saison 2025. Marko a annoncé qu'une évolution majeure était prévue pour Imola (à moins qu'elle ne puisse être avancée), et beaucoup d'espoirs reposent actuellement sur celle-ci pour envisager un éventuel retournement de situation. "Il y a de nouvelles pièces qui arrivent, mais pas tout de suite", a déclaré Verstappen. Mais rien ne garantit que cette évolution apportera immédiatement ce qui est nécessaire - surtout compte tenu des problèmes de corrélation. Il est plus difficile de proposer des améliorations efficaces, même si les données de piste sont désormais la priorité pour le développement de la voiture.
Verstappen était très clair samedi : "Le problème, c'est qu'il n'y a pas qu'un seul problème. Nous avons aussi de vrais soucis d'équilibre, donc il y a deux choses. Nous devons améliorer l'adhérence de la voiture et trouver un meilleur équilibre. Ces deux choses doivent s'améliorer rapidement." Cela met à nouveau en évidence la complexité de la situation. Red Bull a besoin d'une voiture avec un meilleur équilibre et une fenêtre de réglages plus large, mais aussi d'une voiture tout simplement plus rapide.
Sacrifier la performance maximale pour une fenêtre de fonctionnement plus large ne peut pas être la seule solution, car les deux éléments sont nécessaires en même temps pour rivaliser avec McLaren, de même qu'une meilleure gestion des pneus. Ajoutez à cela la nécessité de se tourner vers 2026 à un moment donné de la saison, et il devient évident que les premières évolutions devront être parfaites pour avoir une chance réaliste de redresser cette campagne.
D'ici là, Marko souligne que Red Bull doit maximiser les résultats grâce à une meilleure exécution des courses. Cela inclut assurément des arrêts aux stands plus propres, même si, sur un autre plan, Verstappen doute que l'équipe ait pu faire beaucoup plus en termes de réglages. "Nous avons tout essayé avec la voiture et rien n'a fonctionné, donc ce n'est pas le problème. Si je devais refaire les qualifications maintenant, je ne saurais même pas quoi changer. Nous avons essayé tout ce qui avait du sens sur ce circuit."
Marko a ouvertement admis qu'il craignait de perdre Verstappen si les choses continuaient ainsi chez Red Bull.
Selon Verstappen, c'est simplement la situation actuelle de Red Bull : "C'est ainsi, du moins pour moi." Ces derniers mots soulignent une certaine urgence pour le reste de la saison, mais soulèvent également la question de savoir si Verstappen pense que cette même urgence est ressentie par l'ensemble de l'équipe. La réponse de Verstappen dimanche soir était intéressante : "Je ne parle que pour moi, pas pour les autres." Marko nous a déclaré qu'il ressentait clairement la même urgence que Verstappen. L'Autrichien a qualifié la situation actuelle de "très alarmante" et a ajouté qu'il était "très inquiet". Ce dernier commentaire faisait référence aux espoirs de titre de Verstappen en 2025, mais - comme il l'a souligné auprès des médias allemands - également à l'avenir à long terme de Verstappen au sein de l'équipe.
Horner a adopté une approche légèrement différente lors de sa rencontre avec les médias dimanche soir. Interrogé par Motorsport.com sur les commentaires de Verstappen lors de la session avec les médias néerlandais - "Je ne fais que participer à ce championnat" - il a admis que Bahreïn avait été particulièrement négatif pour Red Bull, mais il a souligné que l'écart avec Norris n'était que de huit points.
C'est peut-être vrai, mais s'il y a une course où il ne faut pas regarder le classement, c'est bien celle-là. Tout le monde dans le paddock a vu la réalité - et cette réalité est bien plus inquiétante que ces huit points ne le suggèrent. Djeddah devrait mieux convenir à la Red Bull en raison de son tracé et du fait que l'équilibre dans les virages à grande vitesse est un peu meilleur, mais cela ne peut en aucun cas détourner l'attention des faiblesses que Bahreïn a clairement mises en évidence.
La pression est très forte, non seulement pour cette saison, mais aussi pour l'avenir à long terme. Marko a ouvertement admis qu'il craignait de perdre Verstappen si les choses continuaient ainsi chez Red Bull. Et après Adrian Newey et Jonathan Wheatley, cela semble être une perte que Red Bull Racing ne peut tout simplement pas se permettre...
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