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Interview

Rivola ambitieux pour Aprilia en 2026 : "Le championnat le plus important de l'histoire"

Massimo Rivola, PDG d'Aprilia Racing, évoque pour Motorsport.com les objectifs qu'il nourrit pour la marque en MotoGP, dévoilant de grandes ambitions pour cette saison comme pour la suite.

Massimo Rivola, Aprilia Racing Team

Photo de: Qian Jun / MB Media / Getty Images

Dans la continuité d'une progression notable au cours des dernières années, Aprilia a marqué les esprits en réalisant une saison toujours plus solide en 2025, après la prise de fonction d'un nouveau directeur technique loué de toutes parts et l'arrivée de nouveaux pilotes.

Marco Bezzecchi poursuit sur cette lancée cette année, lui qui est à ce stade invaincu lors des Grands Prix et n'a laissé que la victoire des courses sprints à ses adversaires. Les deux pilotes de Noale occupent la tête du championnat, de même que la marque domine les classements constructeurs et équipes, assumant à présent un nouveau statut sur une grille jusqu'ici dominée par Ducati.

Après les trois premiers Grands Prix et avant d'entrer dans la partie européenne du championnat, Massimo Rivola a accordé une interview à l'édition italienne de Motorsport.com. L'occasion pour le PDG d'Aprilia Racing d'exprimer son sentiment après de tels succès et alors que se profile un changement radical en MotoGP à l'horizon 2027.

Le 7 janvier 2019, vous franchissiez le portail de Noale pour prendre la direction d'Aprilia Racing. Sept ans plus tard, Aprilia est passée de dernière du championnat constructeur à leader dans tous les classements. Qu'est-ce que cela fait ?

Au bout de trois courses, on ne peut malheureusement pas parler de classement final. C'est une grande satisfaction qui alimente la motivation qui règne ici à Noale, un des éléments, des ingrédients fondamentaux de cette entreprise. L'énergie humaine, alliée au grand professionnalisme, aux compétences et au talent de nos équipes, ainsi qu'aux équipements technologiques dont nous disposons à Noale, a constitué une excellente combinaison pour en arriver jusqu'à présent à un bon résultat.

Marco Bezzecchi, Aprilia Racing

Marco Bezzecchi a gagné les trois premiers Grands Prix.

Photo de : Steve Wobser / Getty Images

Où Aprilia a-t-elle le plus changé depuis votre arrivée ?

Nous avons incontestablement beaucoup grandi en termes d'effectifs, et nous nous sommes développés dans des domaines qui étaient auparavant en sous-effectif, mais qui sont aujourd'hui nettement renforcés. N'oublions pas que jusqu'en 2021, nous étions associés à Gresini, puis 2022 a marqué un tournant et nous sommes devenus une équipe d'usine.

Nous avons également créé la partie gestion de piste avec les mécaniciens, nous avons donné une identité claire à l'équipe d'usine aux côtés des quatre autres constructeurs. Cela a été un signe de grande confiance de la part du groupe Piaggio. C'est pourquoi, souvent, quand on a plus de responsabilités, on atteint ses objectifs.

Dans le passé, le moteur était "de Bologne". Je suis heureux de pouvoir dire aujourd'hui que l'aérodynamique nous appartient.

En sept ans, vous êtes passés de chasseurs à chassés, en tout cas pour le moment. Mais ce qui frappe le plus, au-delà des résultats, c'est probablement le fait que vous ayez dépassé tout le monde en matière d'aérodynamique. Peut-on résumer cela en un mot : innovation ?

Ça me fait plaisir que vous disiez cela, car l'innovation est inscrite dans l'ADN de Noale, elle l'a toujours été. Ça l'a été dès les débuts de ce que l'on n'appelait pas encore le MotoGP, lors du retour des quatre temps. La Cube - que j'ai d'ailleurs dans mon bureau et qui est magnifique - a été la première moto équipée de soupapes pneumatiques, mais aussi la première avec [un embrayage] carbone, la première avec le ride-by-wire… Autant de choses qu'aujourd'hui nous considérons comme allant de soi, mais qu'Aprilia avait déjà expérimentées à l'époque.

Cet esprit d'innovation a toujours été présent à Noale, et c'est formidable. D'un point de vue aérodynamique, si vous vous souvenez de la première course au Qatar, j'ai immédiatement mis le boxon avec la fameuse cuillère. Pour moi, c'était un message clair à faire passer en interne au sein de l'entreprise, mais aussi en externe [pour dire] : "Nous ne sommes pas là simplement pour participer. Nous ne voulons pas nous laisser berner par qui ce soit, nous voulons des règles mieux rédigées et nous sachez que si nous travaillons sur les zones grises de l'aérodynamique, nous pouvons devenir les meilleurs".

Nous avons alors beaucoup investi, et grâce aussi à l'arrivée d'un personnel très compétent et d'universitaires très motivés et dynamiques, nous y sommes clairement arrivés. C'est l'un des éléments dans lequel j'ai le plus cru à titre personnel parce que, compte tenu de mon expérience précédente, je savais quelle performance cela renfermait.

Je pense également qu'il est pertinent de caractériser les différentes motos, d'affirmer une sorte d'identité : je me souviens que, dans le passé, le moteur était "de Bologne" [l'apanage de Ducati, ndlr]. Je suis heureux de pouvoir dire aujourd'hui que l'aérodynamique est clairement quelque chose qui nous appartient.

Aujourd'hui, vous travaillez en parallèle sur la RS-GP actuelle et sur la future moto de 850cc. Quel est votre impératif lorsque vous concevez une MotoGP et que vous partez d'une feuille blanche ?

Le courage. Le courage d'innover, le courage d'inventer, ne pas avoir peur de se tromper, car si vous ne vous trompez jamais c'est que vous êtes lent. Le pilote, s'il ne se trompe jamais, c'est qu'il n'est jamais vraiment à la limite. Si on est toujours à la limite, on fait des erreurs et, comme le dit Bezzecchi, "on est toujours sur ce fil tendu où l'on passe de héros à idiot en un instant". Nous devons adopter la même approche. Parfois, nous serons des idiots, et parfois des héros. L'important est de savoir que nous ne sommes ni l'un ni l'autre, mais de croire néanmoins toujours en notre capacité à bien faire notre travail.

Jorge Martin, Aprilia Racing Team, Marco Bezzecchi, Aprilia Racing

Une lutte interne pour le titre cette année ?

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Marco Bezzecchi a entamé la saison de façon pratiquement parfaite, mais Jorge Martín progresse de course en course et semble déjà très proche de son coéquipier alors qu'il n'est pas à 100% physiquement. Doit-on s'attendre à une lutte entre eux dans les prochains mois ? Et à des règles internes ?

Je vais en parler à mon collègue Andrea Stella pour établir des Black Rules ! [rires] C'est vrai que Martín n'est pas encore à 100% physiquement et je pense qu'il lui manque aussi quelque chose dans le final, la toute dernière partie de la course. Parfois, il doit encore réfléchir et n'a pas encore tout assimilé, certains moments ne sont pas instinctifs. Je pense en somme qu'il a encore une marge de progression et surtout, il a une référence en la personne de Marco, qui est à un très haut niveau, et les données sont partagées.

Pour ces raisons, Jorge a un gros avantage en ce moment. Il n'a aucune pression, car il est normal que la pression repose davantage sur Marco, qui a quelque peu imposé sa loi depuis la fin de l'année dernière. Jorge a aussi l'avantage d'avoir déjà remporté le championnat, contrairement à Marco. Disons donc qu'il a moins à prouver et, après ce qui s'est passé l'année dernière, il peut probablement en profiter avec moins de pression.

Je pense que le championnat débutera à Jerez.

Si on devait se retrouver avec ce problème [une lutte pour le titre entre les pilotes Aprilia, ndlr], tant mieux, ça me plairait évidemment. Mais je crois que ça ne sera pas le cas, je crois que Marc Márquez sera dans le coup, et je pense même que le championnat débutera à Jerez, alors on verra bien. Il y a aussi Pedro Acosta, qui est en train de faire quelque chose de vraiment remarquable. Il fait clairement partie des pilotes qui font la différence.

Et puis, les Ducati n'ont pas disparu, elles ont pris les premières et deuxièmes places des sprints. Je pense qu'ils ont quelque chose en plus par rapport à nous avec le pneu tendre, et nous avons quelque chose en plus par rapport à eux avec le pneu medium, dans la manière dont nous utilisons les pneus. Le fait qu'ils aient un peu de mal en fin de course pourrait nous donner un avantage, mais cet avantage pourrait être temporaire.

Je pense donc que ce sera un très beau championnat. Je le pensais déjà l'an dernier : même si beaucoup disaient que ce serait un championnat de transition avant le nouveau règlement, j'ai toujours dit et maintenu que ce serait en réalité le championnat le plus important de l'histoire, car ce sont les motos les plus rapides jamais conçues, avec 1000cc et des vitesses atteintes de près de 370 km/h au Mugello, une aérodynamique extrêmement avancée, des variateurs de hauteur, 200 km/h atteints en quatre secondes - de véritables avions sur deux roues. Nous voulons tous avoir l'étiquette de moto la plus rapide de tous les temps. Même ceux qui prétendent que ça ne les intéresse pas tant que ça le veulent.

On sait que l'aérodynamique compte beaucoup aujourd'hui, mais que les choses vont changer en 2027. Selon vous, ce domaine va-t-il perdre en importance ou bien rester un élément important, quitte à l'être différemment d'aujourd'hui ?

Cela aura une importance différente par rapport à aujourd'hui, tout simplement car nous n'aurons qu'un carénage un plus petit sur lequel travailler. Je fais néanmoins partie de ceux qui soutiennent que cela aura une très grande importance. Nous voulons absolument conserver notre leadership technologique dans ce domaine, il nous faut donc faire preuve d'audace et nous atteler à la tâche d'inventer quelque chose qui puisse apporter satisfaction et qui puisse potentiellement être intégré aux motos de série, ou du moins à nos motos X, qui sont très spéciales, très proches des MotoGP.

Car je crois que les clients, les chanceux qui peuvent s'offrir une moto X, veulent essayer quelque chose que seuls les pilotes MotoGP peuvent piloter. Quelque chose que les amateurs puissent aussi apprécier. Il est clair que c'est difficile, car les amateurs ne peuvent probablement pas reproduire l'effet aérodynamique des professionnels. Mais c'est aussi une façon d'apprécier encore davantage ce que font nos pilotes, les pilotes MotoGP, qui sont clairement des athlètes d'exception.

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Toutes les 850cc ont déjà pris la piste, sauf l'Aprilia. Quand la verrons-nous ?

Nous ne sommes clairement pas pressés. Je ne le dis pas parce que 2027 ne nous intéresse pas. Simplement, nous ne sommes pas pressés. Nous commencerons à faire rouler la moto de 2027 après la semaine de Jerez, lors d'un test privé, mais c'est un hybride avec lequel nous voulons simplement recueillir quelques informations sur la gestion du moteur pour observer la corrélation avec le banc d'essais.

Nous ne sommes pas pressés à la fois car nous ne voulons dévoiler nos cartes à personne et parce que je crois que l'une des grandes forces d'Aprilia aujourd'hui est  disons-le le façon sympa  le time to market [en marketing, le délai entre la conception et la mise en service, ndlr]. Entre le moment où nous avons une idée et le moment où na concrétisons en piste, nous sommes clairement rapides et je crois que c'est l'un des secrets de la performance, quoi que l'on fasse.

La rapidité avec laquelle on prend des décisions et on fait avancer les projets, avec une motivation qui peut être le coût en termes de performance, doit en valoir la peine. Lorsque j'investis, combien de temps cela me prend-il et combien cela me coûte-t-il ? Et cela devient de plus en plus un point fort de cette entreprise. Tous les ans, j'ai toujours dit que notre meilleure moto serait la suivante, simplement parce que j'ai toujours vu une entreprise en croissance. Or, si l'entreprise est en croissance, son résultat  en l'occurrence, la moto dans notre cas  va certainement être meilleur par rapport à l'année précédente.

Massimo Rivola, Aprilia Racing Team

Massimo Rivola, PDG d'Aprilia Racing

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

En dehors de votre rôle de direction chez Aprilia Racing, vous êtes également président de la MSMA, l'association des constructeurs. Comment conjuguez-vous ces deux rôles, sachant qu'il vous faut faire ce qui est bon pour Aprilia mais aussi dans l'intérêt des autres constructeurs ?

Par le passé, ce rôle était une vitrine plutôt qu'autre chose. Je dois dire que je l'ai pris très au sérieux. Nous sommes passés de trois ou quatre réunions par an à 30 ou 40. Cela s'explique aussi, comme vous le savez, par l'opportunité d'un nouveau contrat de cinq ans avec MotoGP Sport Group Entertainment, et donc avec Liberty. Je crois qu'il existe des opportunités d'améliorer nos conditions.

Je pense qu'il est juste et pertinent de viser ces objectifs, car si le MotoGP en est là aujourd'hui, c'est parce que la Dorna a établi avec nous des règles importantes, mais aussi parce que les constructeurs ont investi beaucoup d'argent. Donc ceux qui ont fait le MotoGP au cours de ces années, ce sont les constructeurs qui, pour vous donner une idée, ont investi plus d'un milliard d'euros en cinq ans.

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Je ne suis pas autorisé à parler de ce que nous faisons, car ce ne serait pas juste envers les autres constructeurs. Mais pour répondre à votre question, ma façon de procéder est une question de priorités, d'enthousiasme, d'envie de travailler, d'avoir la chance de faire un travail qui correspond à ma passion, les sports mécaniques en général, et de vouloir l'exercer au mieux. Il n'y a pas de secret.

Le cœur des Italiens est partagé entre Ducati et Aprilia. On sait que l'équipe d'usine Ducati alignera deux pilotes espagnols l'année prochaine : peut-on dire qu'Aprilia deviendra une sorte d'équipe nationale italienne, avec deux pilotes de la même nationalité ?

Eh bien, j'aimerais beaucoup, j'aimerais qu'on la considère comme telle. Ce serait logique de n'avoir que des pilotes italiens, et j'y inclus le légendaire Savadori, notre pilote d'essais. J'y inclus également les propriétaires du groupe Piaggio, qui investit de plus en plus en nous. J'y inclus aussi Noale, en tant qu'histoire italienne auréolée de 54 titres mondiaux. Alors, oui, il est évident qu'il faut le mériter sur le terrain, par un travail acharné. Tous les ingrédients sont réunis, on verra. C'est clairement l'objectif aussi, oui.

Avec Beatrice Frangione

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