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Comment le Japon a-t-il pu manquer aussi longtemps sur le podium MotoGP ?

L'absence du Japon sur les podiums des Grands Prix MotoGP est enfin terminée. Voici comment se situe la performance réalisée au Mans par Ai Ogura dans l'histoire du championnat.

Ai Ogura, Trackhouse Racing

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

En terminant troisième du GP de France, dimanche au Mans, Ai Ogura a écrit un petit bout d'histoire. Ce podium est en effet le premier qu'un pilote japonais décroche dans un Grand Prix MotoGP depuis 2012, ce qui met enfin un terme à la plus longue période sans récompense qu'ait connue le pays depuis plus de 50 ans !

Depuis que le Japon a commencé à collectionner les trophées, au GP de France (déjà) 1973 avec Hideo Kanaya, il a pratiquement toujours été impensable que le pays puisse ainsi endurer une absence de 14 ans du trio de tête des courses, et surtout au vu du nombre croissant des Grands Prix au fil des années et de l'agenda très chargé que l'on connaît actuellement.

Compte tenu de la puissance des constructeurs japonais, devenue évidente dans la catégorie reine à partir des années 1960 avec un premier podium obtenu, déjà, par Kanaya, mais pour Yamaha à l'époque, les succès se sont enchaînés avec régularité. Bien que la grande majorité de ses victoires aient été limitées aux petites catégories, le pays s'est inscrit dans le paysage de la catégorie reine grâce à ces visites sur le podium qui ne devaient rien au hasard.

Et puis, soudain, cette série s'est interrompe au 93e podium, celui ayant récompensé Katsuyuki Nakasuga d'une deuxième place après sa remontée sous la pluie de Valence, dernière manche de la saison 2012.

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Il faut reconnaître qu'entre-temps, les succès étaient devenus sporadiques dans les années 1970 et 1980. À l'époque, la plupart des podiums avaient été l'œuvre de Hideo Kanaya (cinq) et de Takazumi Katayama (huit).

Dans les années 1990, en revanche, les pilotes japonais - roulant presque toujours pour une des marques de leur pays - ont commencé à enregistrer des résultats solides de manière constante. Des pilotes tels que Shinichi Itoh, Norick Abe, Tadayuki Okada et les frères Aoki sont devenus des figures de proue de la catégorie 500cc.

Puis il y eut une nouvelle vague à l'entrée dans le nouveau siècle, initiée par Tohru Ukawa et Daijiro Katoh. Makoto Tamada s'est également imposé comme un performeur régulier pour Honda, et sa victoire lors de son Grand Prix national en 2004 n'avait rien d'exceptionnel. Il n'était d'ailleurs pas le seul pilote japonais sur le podium de Motegi ce jour-là, puisque Shinya Nakano faisait lui aussi partie du trio de tête.

Qui pouvait imaginer alors qu'il s'agissait de la dernière victoire du Japon dans la catégorie reine des Grands Prix avant plus de 20 ans ? Pourtant, les résultats des pilotes japonais se sont effondrés à partir de là, et ce de manière spectaculaire. En MotoGP, on a encore dénombré la troisième place de Tamada au Japon en 2005, la deuxième de Nakano à Assen en 2006 et la deuxième de Nakasuga à Valence en 2012. Et c'est tout.

C'est là qu'est arrivée la véritable disette, l'absence totale du drapeau japonais lors des cérémonies de podiums dans la catégorie reine. Il y a plusieurs explications à cela, mais l'une d'elle est que les constructeurs japonais se sont tournés plus qu'avant vers des pilotes européens. Pourtant, l'ironie veut que ce soit au guidon d'une moto européenne qu'un pilote japonais a donc fini par mettre fin à cette longue absence des podiums.

Jorge Martin, Aprilia Racing Team, Marco Bezzecchi, Aprilia Racing, Ai Ogura, Trackhouse Racing

Ai Ogura replace le Japon sur le podium en MotoGP.

Photo : Loic Venance / AFP via Getty Images

On se souvient qu'Ai Ogura a refusé de rejoindre la catégorie MotoGP avec Honda, avant de saisir l'opportunité qui s'est présentée à lui avec l'équipe satellite Aprilia. Aujourd'hui, c'est Yamaha qui espère capitaliser sur l'éclosion de ce nouveau talent japonais en le recrutant dans son équipe d'usine pour 2027.

Ceux qui ont la mémoire longue se souviendront néanmoins que ce n'est pas la première fois qu'un Japonais décroche un podium au guidon d'une Aprilia. Il faut remonter à 1999 pour en trouver une autre trace, avec les deux troisièmes places de Tetsuya Harada, pilote vedette du projet italien, très performant à l'époque. Ces résultats, obtenus en France et en Grande-Bretagne, sont toutefois les seuls autres exemples de podiums d'un pilote japonais au guidon d'une moto européenne.

Dans les petites catégories, le drapeau japonais a continué à apparaître de temps en temps sur les podiums, parfois même à la première place. Des pilotes brillants se sont succédé, sans toutefois parvenir à briser le plafond de verre pour ensuite accéder à la catégorie reine avec succès.

C'est bien simple, il y eut Daijiro Kato, titré en 2001 en 250cc, arrivé en MotoGP l'année suivante et auteur de deux podiums, et mort en 2003 ; puis Hiroshi Aoyama, titré en 250cc en 2009 puis passé en MotoGP pour huit ans, sans podiums à la clé ; et donc maintenant Ai Ogura, champion Moto2 en 2024 et arrivé en MotoGP la saison passée.

 

Ogura avait 11 ans la dernière fois qu'un pilote MotoGP est monté sur le podium d'un GP et à peine 5 ans quand Nakano y parvenait sur le sec. Il incarne aujourd'hui le renouveau et un réel potentiel de retour au premier plan pour le Japon. Dès sa première saison, on l'a vu briller aux avant-postes, et ce premier podium lui a plusieurs fois tendu les bras, notamment à Austin en mars dernier où un problème mécanique l'avait finalement privé de la troisième place.

Son attente, comme celle de son pays, a pris fin au Mans dimanche, avec une troisième place dont il peinait sans doute à mesurer toute la portée. "J'ai le sentiment que tous les pilotes japonais progressent bien actuellement. Si ce podium les booste, c'est parfait pour moi", a-t-il néanmoins souligné.

Le Japon totalise à présent 94 podiums dans la catégorie reine, ce qui place le pays au septième rang des nations les plus représentées sur la boîte, derrière la France, l'Australie, le Royaume-Uni, les États-Unis, l'Espagne et l'Italie, leader avec 795 podiums.

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