KTM a fait un pas de géant vers les premiers rangs du MotoGP
Une moto complète et des pilotes capables d'en extraire le plein potentiel : KTM semble avoir trouvé cette saison la combinaison idéale pour franchir un cap dans ses performances. Reste à savoir jusqu'où Brad Binder et Jack Miller pourront aller !
La prestation de KTM au Grand Prix d'Espagne a eu de quoi faire des envieux. Dès vendredi soir, deux des machines autrichiennes se trouvaient aux cinq premières places, puis une troisième les a rejointes en Q2 pour finalement prendre possession de trois des six premières positions sur la grille de départ : sur le tour lancé, pourtant le point faible du constructeur l'an dernier, il n'y avait rien à redire.
Les courses, elles, ont fait pâlir de jalousie les pilotes les moins à l'aise avec les départs, car Brad Binder et Jack Miller ont systématiquement bondi de la grille pour prendre les commandes. Impitoyables, les deux pilotes ont effacé la pole d'Aleix Espargaró, puis ils ont fait parler leur sens de la glisse et leurs freinages appuyés pour livrer des courses spectaculaires, avec ce degré d'agressivité qui semble désormais incontournable. À la clé, la victoire du sprint et la deuxième place le lendemain pour Binder, couplées à deux troisièmes places pour son coéquipier.
Pour les premiers concernés, ce Grand Prix s'est inscrit dans la lignée des progrès déjà perçus depuis le coup d'envoi du championnat. "On a montré des signes de grandeur chaque week-end, avec la victoire de Brad en Argentine et ma prestation à Portimão", rappelle Miller auprès du site officiel du MotoGP. "En Amérique aussi, on a tous les deux affiché un bon rythme. On l’a montré, mais il fallait en quelque sorte réussir à tout réunir. Ce week-end, on a pu être immédiatement opérationnels dès la première séance et c’est une bonne sensation.”
"La moto ne cesse de s'améliorer chaque week-end", observe l'Australien, ravi de son nouveau challenge. "Elle n'a pas énormément changé, mais on la comprend de mieux en mieux, on comprend ce qu'on peut faire ou pas. En coulisses, ils font de leur mieux pour nous aider à tirer le maximum du package. C'est génial de faire partie de ça, d'être avec un constructeur qui est tellement impliqué là-dedans. Ils savent ce qu'ils veulent, ils poussent super fort. Pour nous en tant que pilotes, c'est génial de savoir qu'on a ce soutien et tout simplement d'en faire partie."
Jack Miller débute tout juste avec KTM, mais lui aussi profite déjà de bonnes performances
Directeur technique du programme, Sebastian Risse affiche sa placidité habituelle pour décrire ce qui a pourtant été un long chemin, ayant mené à cette version si aboutie de la KTM. Avec le sentiment de devoir "travailler dur, plus dur que d'autres", les techniciens de Mattighofen se sont efforcés d'affiner chaque domaine de performance d'une machine déjà capable de régulièrement se montrer aux avant-postes.
"Nous n'avons pas chamboulé la moto dans un domaine en particulier", explique Sebastian Risse, "mais nous avions des idées pour l'améliorer sur la partie cycle, l'électronique, le moteur. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur l'aéro. Ça a été vraiment dur, mais ce furent des efforts contrôlés dans tous les domaines. Pendant l'hiver et jusqu'à aujourd'hui, nous avons évolué et la moto est assez différente."
Une moto "de plus en plus équilibrée"
"D'une manière générale, au cours de l'année passée, nous nous sommes beaucoup concentrés sur l'aérodynamique. Beaucoup de pièces aéro sont finalement arrivées et le succès de ces pièces s'est avéré assez impressionnant", salue l'ingénieur, conscient de l'importance prise par ce domaine. "Il y a de nombreuses années, les gens se concentraient plus sur la traînée, puis ce fut plus sur l'appui à l'avant afin de contrôler le wheelie, et la dernière partie, car c'est la plus complexe, c'est le fait de prendre le virage, le moment où la moto est vraiment sur un angle important. Je pense que le package est maintenant beaucoup plus facile pour la conduite."
Dani Pedrosa ne dira pas le contraire, lui qui voit dans la RC16 2023 la meilleure version de cette moto, qu'il contribue à améliorer point par point depuis quatre ans. "L'équipe a fait un très bon travail de développement", affirme-t-il après sa wild-card et sa découverte du format sprint. "La moto est de plus en plus équilibrée. Sur la piste, il y a les lignes droites, les virages, les freinages, les accélérations, décélérations, les appuis, non-appuis... La moto devient plus équilibrée grâce à tous ces aspects de la piste."
Premier pilote à avoir gagné avec KTM, à l'été 2020, Brad Binder a le tournis lorsqu'il essaye de mesurer le chemin parcouru depuis. "Le plateau MotoGP a tellement évolué depuis 2020 ! Chaque année, la compétitivité augmente énormément, les motos sont tellement meilleures, et je n'ai pas de doute quant au fait que c'est la plus grosse progression que l'on ait réalisée vers les avant-postes", observe-t-il. "J'adore ma moto en ce moment, elle m'apporte beaucoup de confiance. Je me sens reconnaissant d'être dans cette position actuellement, avec une moto fantastique entre les mains, et c'est à moi d'essayer d'être bon."
C'est un projet dans lequel nous sommes investis tous ensemble, de l'usine à la piste.
Francesco Guidotti, team manager
Pour Francesco Guidotti, team manager, cette progression vers le sommet a été le fruit d'un travail collectif. "Je ne parlerais pas d'un effort d'équipe, mais d'un effort de constructeur. Totalement. C'est le résultat d'un effort énorme réalisé par tous ceux qui sont impliqués dans ce projet, de l'usine au test team, avec Dani", a-t-il précisé lorsque la question lui a été posée à Jerez. "C'est un projet dans lequel nous sommes investis tous ensemble, de l'usine à la piste."
Dani Pedrosa, dont l'apport a encore été salué de manière très appuyée durant ce Grand Prix, tant pour ses propres résultats en piste que pour ceux des titulaires auxquels il a directement contribué grâce à son travail en test, partage cet avis et témoigne lui aussi d'un travail de groupe. "Tout le monde dans l'équipe essaie d'apporter ses meilleures connaissances au groupe", a-t-il ainsi souligné subtilement lorsqu'il a été questionné sur l'influence des ingénieurs recrutés chez Ducati. "C'est le cas pour moi, pour eux, pour l'Autriche. Il ne faut pas oublier que nous sommes les seuls à rouler avec une suspension différente, un type de châssis différent. C'est un mélange de nombreuses idées différentes."
Modeste, l'Espagnol fait la part des choses entre les avancées auxquelles il a contribué et ce petit plus qui a permis de placer les KTM si haut lors des premiers Grands Prix. "Pour les bagarres, c'est quelque chose que Brad, Jack et leur team ont fait", souligne-t-il. "Ils ont développé des réglages qui leur permettent de se battre parce que c'est quelque chose qu'ils font chaque week-end. Je ne peux pas régler la moto pour les dépassements, je la règle pour qu'elle freine bien, qu'elle tourne bien, qu'elle ait une bonne vitesse de passage, etc. Mais je ne pas peux pas simuler les moments de course."
Le rendez-vous de Jerez a permis au groupe KTM de bondir au championnat. Binder et Miller figurent parmi les quatre premiers au classement des pilotes, et le constructeur et son équipe d'usine sont quant à eux passés au deuxième rang des autres classements. Et si ce n'était que le début ?
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