Interview
MotoGP GP de Malaisie

Michelin : "Le problème à Sepang, ce n'était pas la pression"

Piero Taramasso répond aux polémiques sur les pneus qui ont entouré le GP de Malaisie. Entre un choix quelque peu optimiste des équipes pour la course et des pilotes qui, aujourd'hui, savent qu'ils pouvaient jouer un joker, la pression n'était selon lui pas une question problématique.

Des pneus Michelin

Les pneus ont fait l'objet de bien des discussions au cours du Grand Prix de Malaisie. La gestion des gommes étaient dans tous les esprits dans la chaleur de Sepang, en particulier pour la course de 20 tours disputée dimanche, et comme régulièrement dans ce genre de cas, les pilotes se sont plaints de l'augmentation de la température et de la pression sur le pneu avant. 

Face aux valeurs de pression minimales désormais imposées, certains ont par ailleurs estimé que l'obligation de respecter ce cadre n'augmentait pas la sécurité, mais la réduisait et rendait les motos très difficiles à manier. Les valeurs de pression à choisir pour le départ des courses ont même tendance à virer au casse-tête, puisque les chiffres varient ensuite en fonction de la tournure que prend l'épreuve.

Dimanche, après la course principale, cinq pilotes ont reçu un avertissement pour avoir parcouru plus de 50% de la distance avec une valeur inférieure à celle autorisée. S'agissant de la première infraction pour chacun d'entre eux, ils s'en sont tirés sans pénalité, mais toute récidive entraînera l'ajout de plusieurs secondes à leur temps de course. Ils sont désormais 14 à avoir été épinglés depuis la mise en place de cette règle en août, et tous savent que l'année prochaine, les commissaires seront beaucoup plus sévères puisque dès la première infraction, ce sera la disqualification.

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Après l'agacement exprimé par certains pilotes à l'issue de la course, il était normal de recueillir l'avis de Michelin. Motorsport.com a donc interrogé Piero Taramasso, responsable deux roues pour Michelin Motorsport.

Jugeant que le choix unanime d'un train medium-medium pour les courses avait démontré que "tout le monde [était] allé plutôt vers la performance" à Sepang, l'ingénieur italien a d'abord pondéré les critiques qu'il a pu entendre sur le besoin de gérer les pneus durant ce Grand Prix : "Le choix du pneu avant medium pour la course longue était un peu optimiste, car il s'est avéré un peu trop tendre pour les conditions de piste en termes de température et de sollicitations."

"Il n'y a pas eu de surchauffe ou de pression élevée. En regardant les données, les valeurs étaient dans la bonne fourchette", a souligné Piero Taramasso. "Le problème des mauvaises sensations éprouvées par les pilotes, qui sentaient l'avant se dérober, était similaire à ce qui se passe lorsque la température et la pression augmentent, mais dans ce cas-ci, cela dépendait du composé, qui était trop tendre. Au freinage, l'avant avait donc tendance à beaucoup bouger et finissait par générer cette sensation."

"En prenant une gomme plus dure, ces problèmes auraient pu être évités et les pilotes auraient pu pousser plus fort pendant la course, sans avoir besoin de gérer. C'est la clé de ce qui s'est passé à Sepang, car tous les pilotes ont parlé de pression, mais ce n'était pas le problème et les chiffres le confirment. Malheureusement, lorsque les pilotes donnent des interviews, ils n'ont pas encore eu possibilité de voir les données."

Tous les pilotes ont parlé de pression, mais ce n'était pas le problème et les chiffres le confirment.

"Nous en avons également discuté avec les équipes. Le pneu dur offrait un peu plus de soutien et de stabilité au freinage, mais par rapport au pneu medium, on perdait un peu de grip sur l'angle. Elles ont préféré miser sur le medium, tout en sachant qu'il était un petit peu trop tendre, précisément pour avoir cette adhérence supplémentaire dans les virages. En fin de compte, il y a eu beaucoup de polémique sur les pressions, mais ce n'était pas le problème."

Cela pourrait toutefois le devenir en 2024, car ce Grand Prix de Malaisie a vu plusieurs pilotes recevoir un avertissement qui, la saison prochaine, serait une exclusion directe de la course. Parmi eux figuraient notamment le vainqueur, Enea Bastianini, et le pilote ayant terminé troisième et qui se trouve en tête du championnat, Pecco Bagnaia. Son rival direct, Jorge Martín, a lui aussi été récemment concerné, ce qui montre le poids que pourrait avoir cette règle la saison prochaine dans la course au titre.

Francesco Bagnaia, Ducati Team, Jorge Martin, Pramac Racing

Photo by: Gold and Goose / Motorsport Images

Pecco Bagnaia et Jorge Martín ont tous les deux utilisé leur joker en recevant un avertissement pour pression pneumatique non conforme.

Interrogé pour savoir s'il existait un compromis possible entre les pilotes, qui aimeraient des valeurs plus basses, et cette règle telle qu'elle est prévue pour la saison 2024, Piero Taramasso a repris : "Ceux qui étaient en dessous de la valeur à Sepang n'ont reçu qu'un avertissement, donc ils pouvaient aussi se permettre de prendre ce risque. Je pense que si une disqualification est en jeu, ils garderont tous plus de marge et ne prendront plus certains risques."

"En ce qui concerne la possibilité de réduire les valeurs, le minimum est actuellement de 1,88 bar sur deux tiers des circuits. Et il y a sept circuits sur lesquels il est de 1,85 bar, donc déjà plus bas. Ces valeurs de base sont ensuite recalculées en fonction de la pression atmosphérique, de sorte que, dans certains cas, elles peuvent être encore plus basses. Par exemple, il est arrivé qu'elles atteignent 1,83 bar."

"Disons que pour le moment, il n'est pas possible de les abaisser davantage. Nous devons analyser les pneus plus en profondeur, mais il n'y a pas une grande marge, car nous parlons d'une spécification qui en est maintenant à sa septième saison et qui, au début, était utilisée à 2,0 bars. Au fil des ans, nous sommes passés à 1,95 bar, puis à 1,90 et maintenant à 1,88. Aujourd'hui, nous avons vraiment atteint la limite et nous ne descendons pas pour rendre service aux pilotes ou aux équipes, mais sur la base des données que nous recueillons en analysant les pneus. Il s'agit de valeurs basées sur de véritables tests de durabilité des pneus."

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