MotoGP GP de Malaisie

La pression des pneus, une Épée de Damoclès dans la course au titre

Pecco Bagnaia et Jorge Martín sont les deux derniers en lice pour le titre MotoGP et tous deux sont sous le coup d'une menace de pénalité s'ils devaient être contrôlés en dehors des valeurs imposées de pression pneumatique. Une règle introduite cet été et qui tend à fortement peser sur la tournure du championnat, malgré les plaintes des pilotes.

Francesco Bagnaia, Ducati Team, Jorge Martin, Pramac Racing

Plusieurs pilotes ont pointé du doigt une règle sur les pressions pneumatiques pouvant nuire au spectacle et à l'intérêt sportif du championnat MotoGP, après l'arrivée d'un Grand Prix de Malaisie qui a vu cinq d'entre eux recevoir un avertissement pour ne pas avoir respecté les valeurs imposées.

Désormais, ils sont 14 à avoir été pris par la patrouille depuis que ces contrôles ont été officiellement mis en place à Silverstone, en août, au point que c'est devenu un facteur potentiellement décisif dans la lutte pour le titre. Car si la première infraction ne vaut, cette saison, qu'un avertissement, toute récidive avant la conclusion du championnat entraînera des pénalités de temps.

Pecco Bagnaia et Jorge Martín, les deux derniers candidats au titre, ont tous deux un avertissement sur leur carnet et pourraient perdre très gros s'ils venaient à être sanctionnés lors de l'un des deux derniers Grands Prix. Leur duel reste serré, 14 points les séparant quand il en reste 74 en jeu, or une prochaine infraction leur coûterait trois secondes et une troisième six secondes... C'est suffisant pour impacter le résultat d'une course, et donc le nombre de points marqués et potentiellement le championnat. Si l'on grossit le trait et que l'on prend en compte le fait que ces décisions sont rendues au moins une heure après l'arrivée, on comprend qu'il existe même une possibilité pour que l'un ou l'autre soit déclaré champion... puis déclassé par la suite.

Face aux risques de déclassement induis par cette règle, Martín s'est montré très critique à Sepang, estimant samedi que l'on assiste désormais à des courses plus techniques que sportives : "C'est dommage de ne pas pouvoir rouler à 100% à cause de ce règlement. [...] Au final, on ne voit pas de vraies courses, on voit des courses techniques. Si mon ingénieur met une mauvaise pression, je ne peux pas attaquer, je ne peux pas montrer mon potentiel."

Dimanche, le pilote Pramac a répété que selon lui, cette règle nuit au spectacle, "à 100%". Cependant, même si cela tend à impacter la stratégie de course, il a fait savoir qu'il n'allait pas se limiter, compte tenu de l'enjeu des deux derniers Grands Prix pour lui. "De mon côté, je peux prendre un risque. Je m'en fiche de finir quatrième avec une bonne pression, je préfère me battre pour la victoire avec une pression basse, et puis, je ne sais pas... Trois secondes, ce n'est pas énorme", a-t-il estimé. "Je ne me soucie pas de finir deuxième [du championnat] à un point ou 80 points de Pecco. Je pense que je vais prendre un risque dans les prochaines courses et juste attaquer."

Disqualification immédiate en 2024

Mais la question qui se pose déjà, c'est celle de la tournure que prendra le championnat 2024. Le sujet prendra en effet plus d'ampleur encore, car les sanctions seront beaucoup plus radicales : il est prévu qu'il n'y ait plus de marge de tolérance, avec des disqualifications dès la première infraction. "Cette année, on a des avertissements et des pénalités, mais l'an prochain on sera très compromis parce qu'on sera exclu de la course. Je ne sais pas. On doit pousser l'organisation à enlever ça, ou alors à faciliter un peu les choses pour les équipes", a suggéré Martín.

Défendue par Michelin et le championnat pour des raisons de sécurité, la règle veut que les pilotes ne roulent pas sous une certaine pression imposée (1,88 bar à l'avant, 1,7 à l'arrière) pendant au moins 30% de la durée d'une course sprint et 50% d'une course de Grand Prix. Les pilotes, qui ont toujours jugé que les machines devenaient particulièrement difficiles à contrôler au-delà de 2 bar, se sont en majorité exprimés contre les valeurs imposées : ils les jugent trop élevées, si bien que les 2 bar sont rapidement accessibles à l'avant, et particulièrement lors de courses en paquet.

Lire aussi :

Fabio Quartararo fait partie des opposants à cette règle, lui qui s'est souvent plaint de ses difficultés à dépasser lorsqu'il se trouve derrière une autre moto. Témoin du changement de comportement de sa machine lorsque son pneu avant voit sa température et sa pression augmenter, le Français juge la règle "stupide", voire dangereuse. "C'est une moto totalement différente", a-t-il décrit en évoquant un pneu avant dont la pression grimpe. "Au final, la moto repose sur deux pneus. Alors s'ils ne fonctionnent pas bien, la moto est totalement mauvaise, elle change totalement."

"Je pense qu'il faut vraiment en discuter parce que c'est dangereux aussi d'avoir une pression élevée", a ajouté le pilote Yamaha. "Je pense que c'est assez stupide. C'est déjà dur de doubler, [alors] si on met des disqualifications... Ce n'est même pas pour la sécurité, je ne sais pas pourquoi ils ont mis ce genre de limite. Si on veut le faire pour la sécurité, maintenant c'est à 1,87 [1,88, ndlr], mettez-là à 1,80. Même en roulant à 1,75, le pneu n'explosera pas. Je ne sais pas pourquoi ils ont mis ce règlement."

Rouler derrière un autre pilote, c'est potentiellement voir la pression de son pneu avant augmenter.

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Rouler derrière un autre pilote, c'est potentiellement voir la pression de son pneu avant augmenter.

Aleix Espargaró est le seul à ce jour à avoir reçu une pénalité, trois secondes qui lui ont coûté la cinquième place du GP de Thaïlande. Interrogé dimanche pour savoir si la menace de nouvelles sanctions le poussait à se montrer plus conservateur, le pilote Aprilia a répondu : "En fait, oui, c'est sûr. Sinon, j'aurai six secondes [de pénalité à la prochaine infraction] et 12 la fois d'après."

"Je déteste cette règle, elle va ruiner ce championnat", a-t-il estimé. Et lorsqu'il lui a été demandé pourquoi les pilotes ne poussaient pas pour obtenir un abaissement de la valeur imposée, Espargaró a assuré que c'était bien le cas, mais en vain. "On le fait tous les week-ends, avec Michelin, Piero [Taramasso], Carlos Ezpeleta, Carmelo [Ezpeleta]… À chaque réunion, on le fait mais il n'y a aucune chance qu'ils changent cela."

"Je fais entièrement confiance à Piero, mais ça fait 15 ans que je cours en MotoGP et je n'ai jamais vu de problème avec un pneu avant", a ajouté Espargaró. "Chez Michelin, ils savent ce qu'ils font mais je crois qu'il vaut mieux que les pilotes et l'organisation soient satisfaits."

Samedi, après avoir perçu une KTM "super difficile à gérer" quand la pression de son pneu avant "a grimpé en flèche", Brad Binder avait abondé dans ce sens, doutant lui aussi du risque de voir un pneu avant déjanter ou exploser en roulant avec une pression trop basse. "Pour moi, c'est dix fois plus dangereux quand on est au-dessus de 2 bar", a-t-il estimé. "Je comprends que ce qu'ils [Michelin] disent, que si le pneu est trop bas, il peut déjanter, mais je n'ai encore jamais vu ça − et je ne veux pas voir ça, évidemment. Mais je ne suis pas le seul, je suis sûr que tous les pilotes apprécieraient vraiment s'ils abaissaient un peu [la valeur minimale]."

Avec Vincent Lalanne-Sicaud

Lire aussi :

Rejoignez la communauté Motorsport

Commentez cet article

Voir aussi :

Article précédent Bastianini, "celui qui méritait le plus cette victoire" selon Bagnaia
Article suivant Envoyer Bastianini chez Pramac coûterait "des millions" à Ducati

Meilleurs commentaires

Abonnez-vous gratuitement

  • Accédez rapidement à vos articles favoris

  • Gérez les alertes sur les infos de dernière minute et vos pilotes préférés

  • Donnez votre avis en commentant l'article

Motorsport Prime

Découvrez du contenu premium
S'abonner

Édition

France France