De l'obstination au déclic : comment le pneu idéal a failli être ignoré à Motegi
Le pneu dur utilisé par tous les pilotes a produit d'excellentes performances au GP du Japon, mais aucun d'entre eux ne l'avait utilisé avant le warm-up. Retour sur un cas d'école dont les équipes devront tirer les leçons.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Jeudi, avant le Grand Prix du Japon, Jack Miller s'est exprimé devant les médias comme lors de chaque week-end. Il a été interrogé sur la sélection de pneus arrière apportés par Michelin, le manufacturier du championnat, pour le week-end de Motegi, et sa réponse annonçait la stratégie de l'ensemble du plateau.
Trois options étaient proposées parmi les slicks : les habituels tendre et medium, ainsi qu'une troisième version, un pneu dur avec une carcasse renforcée. Cette "carcasse rigide" ne signifie pas pour autant que le composé recouvrant cette structure interne est plus dur. Dans ce cas précis, le pneu désigné comme dur avait en réalité la même gomme que le pneu tendre.
Miller a connu plusieurs mésaventures avec des pneus renforcés, la plus récente au Red Bull Ring, où il a vécu un week-end très difficile. Lorsqu'il était interrogé sur ce pneu dur, sa réponse résumait l'opinion dans tous les garages : "Ce n'est pas une option."
Avec ces idées préconçues en tête, aucune des équipes n'a souhaité utiliser le pneu dur vendredi et samedi, même pas pour découvrir son comportement sur la piste resurfacée de Motegi. Les travaux ont été réalisés à la perfection, ce qui a mené à une surface offrant beaucoup d'adhérence tout en étant très abrasive.
Ce n'est qu'après le sprint, lors duquel Jorge Martín et Pecco Bagnaia ont subi une usure excessive de la partie centrale d'une bande de roulement, qu'une réunion de crise s'est tenue et qu'un certain nombre de décisions ont été prises pour la course principale.
En plus de l'interdiction par Michelin d'utiliser le pneu tendre, le warm-up a été rallongé à 20 minutes, offrant aux pilotes deux fois plus de temps pour se familiariser avec le pneu dur qu'ils n'avaient pas voulu essayer jusque-là. À la surprise de la plupart des pilotes, le pneu dur a exceptionnellement bien fonctionné et tous les pilotes l'ont adopté pour la course, sans rencontrer le moindre problème.
Une approche à revoir
Marc Márquez a remporté la course en étant 37 secondes plus rapide que Pecco Bagnaia en 2025, ce qui montrait l'efficacité du nouvel asphalte comme du pneu. Enea Bastianini a de son côté signé quatre meilleurs tours consécutifs en fin de course. Ces éléments qui démontrent la performance et l'endurance ont poussé de nombreux pilotes à regretter de ne pas avoir essayé ce pneu tant décrié plus tôt dans le week-end.
"C'est la faute des pilotes si nous n'avons pas essayé ce pneu", a reconnu Bagnaia, l'un des plus francs sur le sujet. "Michelin nous a dit qu'il était là en réserve, et normalement on évite de l'utiliser. Mais je pense qu'à partir de maintenant, il sera important d'essayer chaque solution disponible."
"Lundi, nous avons déjà la sélection de Michelin. Et nous nous sommes trompés en ne nous disant pas qu'avec le nouvel asphalte, ce composé tendre [posé sur la carcasse plus rigide], pouvait être une bonne option."
Pecco Bagnaia reconnaît une erreur à ne pas avoir essayé ce pneu plus tôt.
Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Álex Márquez a expliqué la réticence des pilotes, ancrés dans des habitudes de week-end en week-end. "Le problème est que, dans ces situations, on espère toujours que quelqu'un d'autre l'essaiera en premier pour voir comment il fonctionne", a concédé le pilote Gresini.
Pour Álex Rins, le programme très condensé des week-ends complique la situation. "Ne pas essayer le pneu dur avant le warm-up, c'est de la responsabilité des équipes et des pilotes", a confirmé le pilote Yamaha. "Mais cela vient du manque de temps à notre disposition. Personne ne veut sacrifier un relais quand il y a si peu de temps pour régler la moto."
Quelle est la responsabilité de Michelin ?
Si ces pilotes acceptent leur part de responsabilité, d'autres, comme Luca Marini, rejettent la balle dans le camp de Michelin, qui n'a selon lui pas anticipé l'efficacité du pneu dur.
"Nous avons de l'expérience avec ce pneu précis, sur d'autres circuits", a rappelé l'Italien. "Et nous savons s'il fonctionne ou non. C'est pour cette raison que nous l'avons écarté. Puis, miraculeusement, nous l'avons utilisé pendant le warm-up et il s'est avéré qu'il était magique. Je pense que c'est quelque chose que Michelin doit comprendre."
"Notre expérience récente nous disait que, sur différents circuits, chaque fois qu'ils ont apporté ce pneu, il a toujours été moins performant que les autres. Il faut rappeler que cinq constructeurs et 22 pilotes sont tous arrivés à la même conclusion, donc il doit y avoir une raison à cela."
Du côté de Michelin, on estime que l'approche globale doit être repensée, quitte à revoir les habitudes. "Nous avons demandé aux pilotes d'essayer le pneu dur dans le warm-up", a précisé Pierro Taramasso, responsable de la compétition deux roues de Michelin. "Et le choix était clair. Les équipes ne voulaient pas l'essayer pendant les essais à cause du manque de temps. Il était clair qu'ils s'étaient trompés, et c'est une bonne leçon pour les courses à venir."
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