Morbidelli s'accroche malgré son déclin : "Je n'ai pas terminé ma tâche ici"
En net recul, Franco Morbidelli se montre très réaliste sur ses performances en comparaison des autres pilotes Ducati. Il réaffirme néanmoins sa volonté de continuer à courir et assure tout faire pour trouver la solution.
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Dans un clan Ducati que l'on sait déjà affaibli face à la belle progression d'Aprilia cette saison, les performances de Franco Morbidelli frappent par leur faiblesse. Il a beau avoir vu l'arrivée de tous les Grands Prix dans les points, le pilote VR46 n'a fait que deux timides apparitions dans le top 10. Seulement 15e du championnat, il est devancé par tous les autres pilotes de la marque, même ceux qui soignent des blessures ou ont été absents.
Inévitablement, l'avenir de Morbidelli est suspendu à un fil, car on sait pertinemment que beaucoup de places sont déjà attribuées et que l'arrivée de plusieurs rookies va pousser quelques pilotes actuels vers la sortie. Dans son cas, se pose même la question de savoir s'il veut tout simplement continuer à courir au vu de la souffrance que semble être cette saison.
Lorsqu'elle lui a été posée, en Hongrie, l'Italien a laissé entrevoir sa volonté, motivée par un objectif personnel auquel il tient. Il a néanmoins concédé que cet objectif a évolué avec les années
"Je suis un coureur, j'adore courir", a-t-il d'abord répondu. Et de poursuivre : "Je n'ai pas terminé ma tâche ici. Je pense que ma tâche a changé un peu après mes trois premières années en MotoGP. Ce que je voulais, c'était gagner le championnat, et j'en ai été très proche après mes deux premières années, en 2020. Mais j'ai ensuite eu des soucis et je n'ai pas pu m'approcher de mon objectif."
"Mon objectif a donc un peu changé. Maintenant, c'est avant tout de recommencer à gagner des courses avant de penser à gagner un championnat. J'en suis loin pour le moment. J'aimerais donc réussir ma tâche. C'est ça que je voudrais faire, si cela répond à votre question."
Franco Morbidelli est 15e du championnat.
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
Quant à la question, plus directe, portant sur ses chances de conserver une place sur la grille 2027, Franco Morbidelli n'y a répondu que de manière succincte. "On travaille pour assurer la meilleure solution. Mais on ne peut pas encore déclarer quoi que ce soit", a-t-il indiqué au Balaton Park. Interrogé sur l'éventuelle possibilité pour lui d'accepter un rôle de pilote d'essais, il a ajouté, dans le style sibyllin qui est le sien : "J'accepterais le meilleur compromis et la meilleure solution pour moi."
Un recul très net de ses performances
Au vu du peu de places disponibles, Franco Morbidelli sait pertinemment que les négociations se font en grande partie au chrono, sur la piste. Opposé principalement à Luca Marini et Nicolò Bulega pour l'obtention du second guidon VR46, aux côtés de Fermín Aldeguer qui s'apprête à rejoindre l'équipe, le vice-champion du monde 2020 ne quitte pas des yeux les feuilles de résultats sur lesquelles, il le sait, il doit mieux figurer pour avoir une chance.
Or, il observe de façon très réaliste, et par conséquent cruelle à son encontre, des classements qui ne lui font absolument pas honneur depuis qu'il est passé à la version 2025 de la Ducati. Neuvième puis septième du championnat ces deux dernières années, il a vu ses performances reculer cette saison, avec pour seules parenthèses véritablement encourageantes le sprint de Jerez - où sa troisième place lui avait inspiré un discours sur la foi qu'il fallait conserver quand on traverse une mauvaise passe - et Barcelone où il s'est qualifié en première ligne.
En Hongrie, où il était arrivé motivé, dans la dynamique d'un week-end du Mugello qu'il jugeait "positif par moments" à défaut de l'avoir récompensé en course, il n'a pu que constater une perte de performance très nette. La première journée a été "horrible", marquée par un manque de grip arrière extrêmement handicapant. Puis la seconde journée, dédiée aux qualifications et au sprint, a été particulièrement révélatrice, selon lui.
"C'était super difficile", déclarait-il alors. "Ce matin, j'étais 1"2 plus lent que dans les qualifications de l'année dernière. Et cet après-midi, j'ai fait un sprint totalement différent de celui de l'année dernière, où j'étais monté sur le podium après avoir fait toute la course derrière Marc [Márquez]. Cette année, j'ai fait tout le sprint derrière Quartararo, qui a énormément de difficultés avec sa moto."
Une comparaison peu flatteuse avec Pirro et Lecuona
Logiquement, Franco Morbidelli est comparé, et se compare lui-même, aux pilotes dotés comme lui d'une Ducati. Et il concède que la comparaison n'est pas à son avantage, notamment avec les participations successives de Michele Pirro et d'Iker Lecuona en remplacement d'Álex Márquez, deux pilotes qui n'ont plus l'habitude de courir en MotoGP.
"À la course du Mugello, si on regarde la feuille des temps, j'étais trois dixièmes plus rapide que Michele Pirro", expliquait-il pendant le week-end hongrois. "J'ai beaucoup de respect pour Michele, c'est un pilote très fort. Mais comme il le dit lui-même, il est vieux et il n'est pas là pour faire des choses folles. Un peu comme Cal [Crutchlow]. Mais le dimanche du Mugello, je n'étais que trois dixièmes plus rapide que lui, et je peux vous assurer que je pousse fort et que je me donne à 200%."
Et le constat a été plus rude encore face à Iker Lecuona, très vite dans le coup au Balaton Park. "Aujourd'hui, je craignais que ça se passe comme ça si mes sensations étaient les même que dans les courses du Mugello - le sprint comme la course longue -, et c'est ce qui s'est passé", observait Morbidelli vendredi.
"Mes sensations ont été les mêmes que dans ces deux courses. Je n'ai rien pu faire. Si je me compare aux premiers pilotes Ducati, je suis deux secondes plus lent. Et si je me compare à Iker, qui vient de monter sur la moto, je suis trois dixièmes plus lent. C'est très frustrant."
Y a-t-il un avenir en MotoGP pour Franco Morbidelli ?
Photo de : Gold and Goose Photography / Getty Images
"Il faut qu'on travaille dur pour résoudre ça. Il n'y a pas d'autre manière d'affronter ce problème", ajoutait le pilote italien, tout en reconnaissant aisément que ses sensations ont évolué depuis qu'il a reçu la GP25, une moto qui posait bien des difficultés à ceux qui en étaient équipés l'an dernier, en dépit de la capacité exceptionnelle de Marc Márquez à les surmonter.
"J'ai des sensations très différentes. Elle est compliquée, c'est sûr, elle ne me donne pas les sensations que je veux, pas les mêmes que l'année dernière", a expliqué Morbidelli. "Après, il y a des moments où elle me les donne, comme dans les qualifications de Barcelone, comme au warm-up du Mans : il y a de brefs moments où elle me donne quelque chose. Il faut qu'on essaye de comprendre et de résoudre ça pour que j'aie les sensations que j'aimerais avoir."
La moto ne fait pas tout, et Morbidelli sait qu'il apparaît inférieur à Aldeguer, le seul autre pilote à bénéficier de la GP25 cette année. Il rappelle donc volontiers qu'il attend aussi l'aide de Ducati pour sortir de l'ornière.
"Il faut qu'on travaille avec Ducati pour extraire un grip normal de la moto, parce qu'on n'a pas l'air d'avoir trouvé comme faire et j'ai énormément de mal quand je roule. Je suis comme sur de la glace. J'ai beau travailler sur chaque moto, chaque set-up, chaque piste, quelles que soient les conditions, on a beau travailler très dur avec les ingénieurs pour résoudre ça, pour comprendre ce qui se passe et comment le résoudre, on n'a pas encore trouvé la solution."
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