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Les pilotes, la KTM, la vie avec Steiner... Goyon fait le point avec Motorsport.com

Motorsport.com a rencontré Nicolas Goyon, team manager de l'équipe Tech3, pour évoquer les performances de Maverick Viñales et Enea Bastianini, le niveau de la KTM, les changements avec l'arrivée de Günther Steiner et les discussions en vue de la saison 2027.

Nicolas Goyon, Red Bull KTM Tech3

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Depuis l'an passé, Tech3 est plus que jamais intégrée au groupe KTM. Les motos ont abandonné la livrée de GasGas pour celle de l'équipe officielle et deux pilotes qui ont connu le succès avec d'autres marques sont arrivés, Maverick Viñales et Enea Bastianini. Pour les deux, la saison 2025 a été décevante, entre une blessure pour Viñales, et des difficultés d'adaptation puis une rupture douloureuse avec son chef mécanicien pour Bastianini.

Cette année, Tech3 a vécu une petite révolution avec le départ de Hervé Poncharal, son emblématique fondateur, et l'arrivée de Günther Steiner, mais l'équipe a connu une grande stabilité technique et comptait en profiter. Cela n'a pas été le cas, entre un Viñales toujours blessé et un Bastianini qui a débuté la saison en retrait, avant un déclic à Austin.

En coulisses, Tech3 commence à évoluer. Steiner veut faire grandir l'équipe et cela s'est concrétisé avec une nouvelle hospitalité, utilisée depuis Jerez, spécifiquement conçue pour accueillir de potentiels partenaires. L'Italien mène aussi les discussions commerciales avec le championnat et les constructeurs, avec un potentiel abandon de la KTM pour la Honda, même si les dernières tendances vont plus vers une prolongation avec le constructeur autrichien.

En marge du GP de France, Motorsport.com a pu rencontrer Nicolas Goyon, le team manager de Tech3, pour creuser chacun de ces sujets.

Comment jugez-vous ce début de saison ?

Chez Tech3, ce début de saison est, on va dire, mitigé. Très honnêtement, pour attaquer le début de saison, on pensait performer un peu plus. Pour faire un petit retour sur l'année dernière, on a eu une saison à plusieurs étages. On a eu une première partie de saison où Maverick Viñales a été le fer de lance de KTM, où il a vraiment tiré le projet vers le haut.

On avait Brad Binder et Pedro Acosta, qui avaient un peu de mal à trouver leurs marques sur cette moto, Bastianini qui sortait de quatre années sur la Ducati. Il a eu un peu de mal avec cette nouvelle moto au début. C'est la première fois qu'il changeait de marque, donc un ADN un peu différent, une manière de piloter différente, etc. Donc, les trois pilotes avaient un petit peu de mal et sur cette première partie de saison, Maverick a été un peu le fer de lance de tout le projet. D'ailleurs, Pit Beirer l'a dit en interview, c'était vraiment cette première partie de saison qui était vraiment hyper importante.

Maverick Viñales est limité par son épaule depuis l'an dernier.

Maverick Viñales est limité par son épaule depuis l'an dernier.

Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Ensuite, il s'est blessé au Sachsenring. Ça a marqué une rupture dans la saison. Malheureusement pour lui, toute la deuxième partie de saison, ça a été un peu du 'Je reviens, c'est trop tôt, je ne suis pas prêt, je reviens, non, je ne suis toujours pas prêt...'. La deuxième partie de saison avec Maverick a été compliquée.

Heureusement pour nous, à la mi-saison, Enea Bastianini semble avoir trouvé le mode d'emploi de la machine et a fait de grosses performances, il a très bien roulé et nous a un petit peu sauvé les meubles à ce moment-là. Malheureusement, la dernière partie de saison a été un peu entachée avec des choses un petit peu extérieures. Il a changé de chef d'équipe, ça l'a certainement plus perturbé que ce à quoi on s'attendait. Et ça lui a un petit peu gâché la fin de saison.

On s'attendait vraiment à ce qu'en ce début de 2026, Enea Bastianini revienne, qu'il soit en forme : il a une année d'expérience sur cette moto, il a montré l'an dernier en milieu de saison qu'il était capable de faire des super choses sur cette moto. Et puis, Maverick Viñales, il s'est fait opérer, il va revenir en pleine forme. La vérité, c'est que pour Maverick, très rapidement, nous nous sommes aperçus qu'il y avait quelque chose qui clochait encore un petit peu. À Austin, il avait encore des problèmes, il a commencé à avoir de nouveau des douleurs à l'épaule. On s'est aperçus qu'il y avait une vis qui sortait, datant de son opération d'après l'Allemagne, et cela le gênait dans les mouvements, ça lui faisait mal, lui faisait perdre de la force. Les médecins ont conseillé d'enlever cette vis.

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Heureusement, il y a Bastianini qui a eu du mal sur les deux premières courses. Il a eu du mal en Thaïlande et au Brésil. Et à Austin, il semble avoir trouvé une base de réglages, de fonctionnement avec l'équipe, qui lui ait convenu. Austin, c'était un beau week-end, une belle course. On était un peu surpris par rapport à ce qu'il avait montré sur les deux premières courses, mais tant mieux : podium en sprint, podium en sprint qu'il récupère suite à la pénalité de Pedro Acosta. Même la quatrième place, on aurait été content. Mais officiellement, il a la troisième place. C'est un podium en sprint, on le prend. Il nous fait une superbe sixième place à Austin.

Enea Bastianini est toujours dans le top 8 en course depuis Austin.

Enea Bastianini est toujours dans le top 8 en course depuis Austin.

Photo de: Pierre-Louis Le Mouëllic

On avait pas mal de points d'interrogation à Jerez. Qu'est-ce qui allait se passer ? Est-ce que c'était un one-shot à Austin ? Il a fait un super week-end, complet. On espère qu'avec Enea, on ait trouvé la voie de fonctionnement.

La situation avec l'équipe, elle en est là. On a un Maverick qu'on attend toujours et Enea qui, sur ce coup-là, nous sauve un peu la baraque. Mais clairement, l'objectif, c'est d'avoir les deux pilotes en forme, performants. On a une équipe qui, sur le papier, est vraiment forte. Malheureusement, jusqu'à maintenant, on n'a jamais eu les deux pilotes en même temps. Donc, on espère qu'une chose, c'est d'avoir les deux pilotes en même temps pour enfin performer au niveau où on doit performer.

On voit rarement les quatre pilotes KTM performants en même temps. Comment expliquer ces variations ?

C'est vrai que c'est un peu en dents de scie. À Jerez, on est arrivé avec des espoirs assez élevés. L'an dernier, en 2025, on a vu les quatre pilotes dans le top 10, les quatre pilotes relativement forts. Donc, on s'est dit que cette année, ça serait bien. On s'est aperçu qu'Acosta n'était pas là, Bastianini a été le fer de lance de l'équipe KTM, aussi bien en sprint que sur la course principale. Alors, comment on l'explique ?

Il y a des analyses qui ont été faites. Il y a des secteurs, par exemple, où on sait que le secteur 3 à Jerez n'est historiquement pas très bon pour KTM. Le secteur 4 n'a jamais été très bon : Acosta avait beaucoup de mal, Binder aussi, par contre Bastianini a été super performant. Le fait qu'il y ait quatre motos, ça permet aussi de dire qu'avec la même moto, Bastianini est capable de faire un secteur 4 performant, donc c'est une histoire de pilotage. Il faut trouver les lignes, pourquoi il y arrive et pas [les autres]. C'est aussi l'avantage d'avoir quatre machines, d'avoir quatre pilotes avec le même matériel. J'insiste vraiment là-dessus.

Il n'y a plus de configurations différentes entre les motos ?

Il y a eu une tendance et depuis l'an dernier, c'est là qu'on a vraiment pu dire qu'on avait le même matériel. L'an dernier et cette année, on a à disposition le même matériel. J'ai entendu des interviews à Buriram, en Thaïlande, en disant que Bastianini n'avait pas forcément le même matériel. Mais c'est un choix. En fait, il l'avait à disposition, chacun a pris son châssis, etc.

Mais KTM joue le jeu, met à disposition le même matériel et chacun suit sa route. C'était surtout par rapport à Viñales, pour expliquer un petit peu ses contre-performances : "Tu n'as pas la même moto que les autres, les trois autres sont dans une direction, toi tu es dans une direction différente." Oui, mais c'est son choix.

Tech3 reçoit le même matériel que l'équipe KTM d'usine.

Tech3 reçoit le même matériel que l'équipe KTM d'usine.

Photo de: Loic Venance / AFP via Getty Images

Sur le fonctionnement de l'équipe, on ne perçoit pas trop de changement malgré l'arrivée de nouveaux actionnaires et de Günther Steiner...

Je pense que c'est la bonne attitude à adopter. Günther Steiner a racheté l'équipe. On sait qu'il n'est pas seul, il y a des investisseurs derrière lui, mais c'est lui la tête d'affiche. Il vient de la F1, donc forcément, il a des idées qui sont différentes mais je pense qu'il a une attitude intelligente et qui est l'attitude à avoir : il arrive dans un milieu du deux-roues, le MotoGP, qui est un milieu différent de ce qu'il connaît.

Il n'arrive pas avec l'attitude de dire "Nous, on vient de la F1, on va vous montrer comment il faut faire". Pas du tout. Je reconnais qu'il a l'intelligence de le faire et bravo à lui. Pour l'instant, il arrive en disant "Je dois comprendre comment ce milieu fonctionne, je ne connais pas". Et c'est là où il s'appuie sur l'équipe technique, sur moi, en disant "Faites comme vous avez toujours fait".

En fait, lui, il considère qu'il a acheté une équipe qui fonctionne, qui a toujours fonctionné, qui a eu des bons résultats, des mauvais résultats, des hauts, des bas, comme chaque équipe. Mais l'équipe, elle fonctionne. On part sur la base qui existe donc, on va faire 2026 comme 2025. Lui, ensuite, il va voir et tous ensemble, on va évoluer et on va essayer de faire évoluer les points faibles. Si on s'aperçoit tous les deux que des points doivent être améliorés, on va le faire.

On part vraiment sur l'équipe qui existe, qui fonctionne, qui a toujours fonctionné. Et j'insiste aussi sur le fait qu'après le rachat, il y a eu pas mal de bruit, pas mal de personnes qui sont venues me voir en me disant "Mais est-ce qu'ils vous gardent, est-ce qu'il y a des changements dans l'équipe ?" Je le dis vraiment : ça fait 23 ans que je suis là, je crois que c'est une des premières années où, au point de vue de l'équipe technique, on n'a eu aucun changement, zéro. L'équipe technique 2025, c'est la même que 2026. Tous les gars sont restés, donc, il fait vraiment confiance à l'équipe, et on part de là.

Nicolas Goyon et Günther Steiner.

Nicolas Goyon et Günther Steiner.

Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Des choses vont évoluer. Les premières choses qui évoluent, c'est au niveau de la communication. On le sait, Hervé et sa fille Mathilde [qui gérait la communication de l'équipe] sont les seuls éléments qui ont disparu par rapport à l'an dernier. Forcément, comme il y avait un manque à ce niveau-là, ils ont mis en place une nouvelle structure. Il y a une nouvelle équipe de communication qui est là. Ce sont des choses qui évoluent, qui sont différentes. Mais c'est vrai que de l'extérieur, l'équipe, c'est la même.

Et vraiment, je pense qu'une fois de plus, il a eu une approche qui est intelligente, qui est de ne pas tout révolutionner, il garde la base et va essayer d'améliorer les points un peu faibles. Pour aller sur un détail comme cette hospitalité [où se déroulait l'interview], l'an dernier, on avait vraiment une structure réceptive qui était beaucoup plus petite, qui était beaucoup plus adaptée à l'équipe. Là, ils veulent investir, ils veulent montrer au monde qu'ils veulent aller de l'avant. On a une nouvelle structure, on peut accueillir des gens, on peut faire manger les sponsors. C'est le premier pas vers le futur. Mais voilà. En tout cas, côté technique, tout est resté pareil.

Tech3 entre dans une nouvelle ère... et l'affiche sur une nouvelle hospitalité.

Tech3 entre dans une nouvelle ère... et l'affiche sur une nouvelle hospitalité.

Photo de: Pierre-Louis Le Mouëllic

Le choix du constructeur pour 2027 est-il acté ?

Ce n'est pas acté, ça discute. Les problèmes Dorna avec les constructeurs, c'est à part. Nous, ça ne nous empêche pas de mener nos négociations et de voir ce qu'il se passe.

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Dans ce contexte, comment le test de Brno avec les machines 2027 se prépare-t-il ?

C'est vraiment un test des équipes d'essais d'usine, qui resteront, qui vont tester. Nous, en tant qu'équipe indépendante, on n'est pas impliqués. Le test qui va nous impliquer, c'est celui de Spielberg. D'ici, à Spielberg, je pense que les choses seront un peu calées.

Les choix des pilotes dépendront surtout du choix du constructeur...

Oui, c'est clair. C'est en ça que je pousse. Après, Günther a d'autres paramètres. Mon rôle, c'est au moins de dire à Günther qu'il faut qu'on officialise le constructeur, qu'il faut qu'on sache quel constructeur pour pouvoir discuter avec les pilotes. Parce qu'on a des pilotes qui viennent nous voir, qui veulent parler avec nous, mais nous, on n'a pas vraiment de projet à leur proposer maintenant. Donc, c'est hyper important d'avancer là-dessus.

Il y a une idée de quand ça sera décidé ?

Non. J'avais bon espoir pour que ça soit annoncé ici. Après, ça ne sera pas annoncé ici. [...] Je pense qu'il y a une tendance forte qui est en avant. Maintenant, il faut finaliser les détails. Je pense qu'on en est là et j'espère que ça va être annoncé rapidement.

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