Le niveau de Honda, ses chutes, son avenir : Joan Mir se confie à Motorsport.com
Joan Mir nous a accordé un entretien, lors duquel il a évoqué la façon dont il a géré les difficultés de Honda, les changements en interne et les causes de ses chutes en course.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Joan Mir a un parcours singulier en MotoGP. Sacré en Moto3 en 2017 et sixième lors de son unique saison en Moto2 l'année suivante, l'Espagnol a connu une première année discrète dans la catégorie reine, chez Suzuki, marquée par une blessure, avant de décrocher un titre inattendu l'année suivante, au cœur d'une saison marquée par un calendrier remanié en raison du Covid-19 et l'absence de Marc Márquez.
En 2022, le départ surprise de Suzuki a justement conduit Mir à devenir le coéquipier de Márquez chez Honda, au cœur de la période la plus difficile qu'ait traversée le constructeur japonais, qu'il a depuis vu peu à peu remonter la pente. Il dispute actuellement sa quatrième saison avec le géant japonais, et peut-être la dernière.
Les difficultés de Honda ont énormément fait douter Joan Mir ces dernières années, au point d'envisager de tout plaquer pendant la saison 2023. Mais il a insisté, prolongé son contrat et appris à gérer les périodes difficiles, sans perdre son désir de briller ni sa fougue, visible à son engagement dans les courses, lors desquelles son agressivité lui a coûté cher depuis l'entame de la saison.
Le GP de France a été symptomatique de cette entame de championnat, puisque Mir était le meilleur représentant de Honda en occupant la sixième place en course... jusqu'à connaître une nouvelle chute. En dix départs, en comptant les sprints et les courses du dimanche, Joan Mir est tombé six fois cette année. Et si l'on ajoute à ça un problème technique en Thaïlande, il n'y a qu'à Jerez qu'il a vu l'arrivée de l'épreuve principale.
Dans une interview accordée à Motorsport.com au GP de France, Joan Mir s'est livré sur la situation actuelle de Honda, son approche, son agressivité en piste et les perspectives d'un renouveau en 2027, peut-être sous de nouvelles couleurs.
Quel est ton regard sur le début de saison ?
Comme on peut l'imaginer, je pense qu'on a été assez performants avec le package que l'on a, mais pour une raison ou une autre, on n'a pas pu obtenir un bon résultat. Je suis beaucoup tombé dans les premières courses.
On s'est battus pour le podium, comme dans le sprint d'Austin, et dans toutes les courses, on a toujours été dans le top 5 ou le top 6, sauf à Jerez, pour plusieurs raisons. Mais concernant le potentiel, j'en vois. C'est dommage qu'il y ait Ducati et Aprilia, ça fait beaucoup de motos, c'est un peu le souci.
Es-tu satisfait des progrès de la moto cette année, ou en attendais-tu plus, pour être plus proche des constructeurs européens ?
Sincèrement, j'en attendais un peu plus, parce que dans la dernière partie de la saison dernière, nous étions performants. Je m'attendais à des progrès sur la moto, à me battre un peu plus à l'avant. Mais il faut prendre beaucoup de risques pour se battre avec les autres. J'espère que dans un Grand Prix où tout s'assemblera, où on fera tout bien, on pourra peut-être se battre pour le podium. Mais pour le championnat, on ne peut pas.
Johann Zarco s'est dit impressionné par tes freinages, qu'il n'arrive pas à reproduire, mais il juge aussi que tu prends plus de risques et que c'est peut-être ce qui contribue à tes chutes. Est-ce lié à ta façon de piloter la moto ou as-tu une volonté de prendre plus de risques ?
Je pense que c'est une combinaison de choses. Dans les courses où je suis tombé, j'ai toujours été devant, je me battais pour les quatre ou cinq premières places, et la deuxième Honda était peut-être dans le top 10 ou 12. Si on essaie d'en faire plus, on finit par terre. Parfois, ce n'est pas un équilibre facile. Oui, je prends probablement plus de risques que les autres pilotes, c'est vrai.
Joan Mir concède qu'il prend peut-être plus de risques que les autres pilotes.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Est-ce que c'est une approche qui te permet de mieux accepter la situation actuelle ? C'est un top 5 ou une chute, et tu ne te contentes pas d'un top 12 ?
Non, non. Il faut que j'apprenne. Je dois apprendre à faire plus de 12e ou dixièmes places mais parfois, ce n'est pas facile à gérer. Je sais ce dont je suis capable avec une bonne moto, ou dans un bon week-end, et ce n'est pas facile d'accepter qu'on n'a pas la vitesse pour en faire plus.
J'accepte la situation, j'accepte les limites de notre package. Ce n'était pas le cas il y a trois ans.
Tu parais néanmoins plus calme qu'il y a trois ans face à cette situation. À l'époque, tu as même songé à prendre ta retraite. Comment gères-tu cela ?
Eh bien, il y a trois ans, j'étais dans un moment où… Maintenant, j'accepte la situation, j'accepte les limites de notre package. Ce n'était pas le cas il y a trois ans. J'ai gagné le titre lors de ma deuxième saison, j'ai fini troisième du championnat dans ma troisième saison avec la Suzuki puis j'ai rejoint Honda. Ce n'est pas facile d'être habitué à finir sur le podium presque tous les week-ends, puis d'accepter de ne pas finir dans le top 10 ! [rires]
Ça a été très difficile à accepter pour moi, mentalement. Mais maintenant, mentalement, je sais que j'accepte la situation. Je sais que ce n'est pas possible, mais je continue à essayer.
À l'époque, tu avais expliqué travailler avec un psychologue. Est-ce toujours le cas ?
Non, plus maintenant, mais j'ai travaillé sur ça pendant longtemps.
Est-ce utile en étant sur la moto ? Fabio Quartararo a aussi travaillé avec un psychologue et avait expliqué faire des exercices sur la moto. As-tu le temps de faire ce genre de choses sur la moto ?
Pour réfléchir, on n'a pas [le temps] !
Mais est-ce que ça aide à garder son calme ?
Je pense que le psychologue ne donne pas la solution, mais les outils pour trouver soi-même la solution. Et je pense que ça m'aide vraiment. Sur la moto, je n'ai pas trop le temps d'y penser.
Ça aide peut-être à se calmer dans le tour de décélération ?
Peut-être, oui ! [rires]
Joan Mir dit miux accepter le niveau de Honda qu'à son arrivée dans l'équipe.
Photo de : Marc Fleury
Penses-tu que la compétition sera plus disputée avec le nouveau règlement l'année prochaine ? Est-ce possible de revenir sur Ducati et Aprilia ?
Je ne pense pas. Je ne crois pas, parce que je crois qu'on aura un niveau très similaire. Dans notre cas [chez Honda], nous n'arrivons pas à trouver une solution pour être plus performants après de très nombreuses années. Je ne pense pas que la première année, nous pourrons avoir un gros déclic et avoir la meilleure moto de la grille. Je n'y crois pas.
Mais si on suit, si on continue à travailler, etc, peut-être qu'on peut faire un pas en avant. Et même si c'est une nouvelle moto, un nouveau concept, peut-être se rapprocher un peu de Ducati et Aprilia, qui sont la référence. C'est peut-être possible.
Je ne pense pas que la première année, nous pourrons avoir un gros déclic et avoir la meilleure moto de la grille. Je n'y crois pas.
L'équipe a beaucoup changé depuis ton arrivée chez Honda, avec plus d'ingénieurs européens. Perçois-tu ces changements ?
Oui, plusieurs personnes ont rejoint l'équipe. Certaines ont beaucoup aidé. Tous les changements ne sont pas positifs, c'est également une réalité [rires], mais je pense que la plupart des changements de personnel chez Honda ont aidé. Je crois que le nouveau concept de faire venir des ingénieurs européens pour aider les Japonais – on sait qu'ils sont très, très bons – était la voie à suivre. Et je crois que c'est pour ça qu'on a amélioré la moto. Ce sont des choses dont je suis très fier.
Ces propos pourraient laisser croire que tu piloteras toujours la Honda la saison prochaine… Veux-tu une moto officielle à tout prix ou pourrais-tu rejoindre une équipe indépendante ?
C'est une très bonne question. Je ne peux pas encore vous répondre, parce qu'on essaie de déterminer ce qui sera le mieux pour mon avenir. Je ne peux pas garantir que je vais rester ici, c'est aussi assez vrai. Mais je saurai bientôt ce que je vais faire, c'est une certitude.
Je suis dans une position où je ferai ce que me dicte mon cœur. Je serai loyal envers mes sensations, loyal envers ce que je veux, et c'est la seule chose que je peux dire. Mais on saura vite.
Joan Mir a rejoint Honda en 2023.
Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Est-ce que tu as une échéance ?
Aussi vite que possible. Il est important que la décision que je prends soit celle que je veux. C'est important. Je pense que quand on est un peu plus jeune, on peut accepter des situations que l'on ne veut probablement pas, mais on se dit qu'avec le temps on y remédiera. Je ne suis pas dans cette situation maintenant. Je suis heureux parce que la décision que je prendrai sera quelque chose que je veux vraiment, et qui me rendra heureux.
Est-ce que cela signifie que tu souhaites être dans une équipe qui te veut réellement et qui fait de toi le leader du projet ?
Ce n'est pas ce que je dis. Il faut comprendre ce que je veux vraiment, et être 100% certain et loyal envers la décision que je prends.
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