Retour de Márquez : Rossi s'interroge sur les "verrous" qui ont sauté

Valentino Rossi se montre ouvertement dubitatif au sujet du retour précipité de Marc Márquez après sa fracture du bras et du cadre dans lequel cela a pu être possible.

Retour de Márquez : Rossi s'interroge sur les "verrous" qui ont sauté

À moins d'un mois du coup d'envoi de la pré-saison MotoGP, avec les deux tests prévus à Losail en préparation des deux premiers Grands Prix du championnat qui s'y tiendront, bien malin celui qui peut prédire ce qu'il adviendra de Marc Márquez. Bien que présent désormais quasi quotidiennement sur les réseaux sociaux pour afficher les soins qu'il suit en vue de son retour, le pilote espagnol n'a pas communiqué de date précise de reprise et l'on ignore si son humérus blessé est désormais consolidé et libéré de l'infection qui lui avait été détectée début décembre.

Il subissait à l'époque une troisième opération pour tenter de guérir cette fracture contractée lors de la course inaugurale de la saison 2020, en juillet dernier, et la mauvaise calcification de l'os qui avait été identifiée après cinq mois d'une convalescence jugée étonnamment lente. Après avoir déjà été opéré deux fois pour cette même blessure par l'incontournable Dr Mir à Barcelone, le pilote avait cette fois choisi de confier sa santé à une autre équipe médicale, à Madrid, laquelle a placé une troisième plaque sur l'os et pratiqué une greffe osseuse.

Depuis, malgré les supputations portant sur une convalescence potentiellement prolongée de six mois supplémentaires, aucune précision n'a été officiellement fournie. En dépit des nombreuses rumeurs, on ignore donc toujours si le champion espagnol sera sur la grille pour le début de la saison, ou s'il lui faudra une nouvelle fois faire l'impasse sur plusieurs courses. Compte tenu des délais qui se font pressants, un éclaircissement de la situation est attendu au plus tard le 22 février, date de la présentation officielle du team Repsol Honda, en présence du pilote.

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En attendant, la polémique ne s'estompe pas au vu du gâchis déjà représenté par ces sept mois que le pilote a dû passer loin de sa moto. Un véritable coup de massue qui détone d'autant plus que l'on avait vu Márquez particulièrement motivé dans les jours qui ont suivi sa chute, déterminé à reprendre les exercices physiques et même le guidon de sa MotoGP sans attendre. Il avait alors passé le contrôle médical obligatoire deux jours seulement après avoir été opéré − à grand renfort de pompes réalisées avec maîtrise sous l'œil de médecins éberlués − et avait fait son retour en piste après seulement deux autres jours de repos. Cette "accumulation de stress" serait par la suite admise par les médecins comme ayant conduit à la rupture de la plaque.

Interrogé par le Corriere della Sera sur la très longue convalescence du pilote espagnol, Valentino Rossi a porté une accusation directe à l'encontre des instances. Car lorsqu'il est demandé quelle a été selon lui l'erreur commise, le porteur du numéro 46 répond : "Je crois que ça a été de vouloir revenir trop tôt après l'opération, et je ne comprends pas comment ils ont pu autoriser que ça arrive."

Lui-même plusieurs fois blessé au cours de sa carrière, Rossi a fait partie des visiteurs très réguliers de la Clinica Mobile lorsque c'est cette structure indépendante qui régissait les soins avant la mise en place d'un système plus formel, chouchouté comme ses collègues par le Dr Claudio Costa. Fasciné par les pilotes, le médecin italien avait cherché au cours de sa carrière à mettre en place un équilibre entre bon sens et passion, pour tenter de répondre à l'impatience commune de coureurs désireux de revenir en piste le plus vite possible. Cela se faisait parfois au prix de critiques lorsqu'il lui était reproché de renvoyer en piste des pilotes trop fraîchement blessés.

"Le Dr Costa a été un pionnier", pointe Rossi. "Il a révolutionné les soins et les méthodes de récupération, en réduisant les délais d'immobilisation, il a ouvert une voie très importante. Et puis, après le retour express de Lorenzo à Assen en 2013 [présent en course deux jours après s'être fracturé la clavicule, ndlr], la Dorna a mis en place des verrous afin d'éviter des risques excessifs. Mais, avec Márquez, ceux-ci ont tous sauté d'un coup, qui sait pourquoi."

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Tout en exprimant publiquement ses doutes sur la gestion de cette blessure si sensible par les officiels médicaux du championnat, Valentino Rossi fournit ce qu'il décrit comme "une réponse diplomatique" lorsqu'il lui est demandé si ça n'est finalement pas mieux de courir sans celui qui aura été son meilleur ennemi ces dernières années : "Je suis vraiment désolé qu'il ne puisse pas courir. S'il guérit, ce que pour le moment personne ne sait, pas même lui, il sera à nouveau aussi fort qu'avant."

"Impossible" de lui pardonner après le clash de 2015

Il a beau afficher une certaine compassion pour le pilote espagnol, Rossi ne cache pas l'inimitié qu'il garde à son égard. Le conflit de 2015 est resté palpable depuis les événements qui, de son point de vue, ont conduit à ce qu'on le prive de son dixième titre mondial ainsi qu'il décrit régulièrement les faits.

Et aujourd'hui encore, il n'y va pas par quatre chemins pour juger Márquez responsable de sa défaite dans cette dernière course au titre qu'il a menée. Ainsi lorsqu'il lui est demandé s'il lui a pardonné pour les événements de 2015, Rossi répond : "Impossible. Ce qu'il m'a fait n'est pas pardonnable."

"Quand je repense à ces jours-là, j'ai les mêmes sensations qu'à l'époque. Et pourtant six ans ont passé. Je pense que ça pourra difficilement changer", ajoute le Docteur, qui au passage précise dans un ultime sursaut d'orgueil : "Ce n'est pas Marquez l'adversaire le plus fort que j'ai rencontré."

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