Comment le triomphe du Mugello confirme la grande force acquise par Aprilia
Il y a des victoires qui valent bien plus que 25 points. Celle du Grand Prix d'Italie restera comme un moment marquant dans le parcours d'Aprilia, un parcours qui paraît aujourd'hui mener le constructeur tout droit vers les récompenses les plus prestigieuses.
Photo de : Aprilia Racing
La victoire conquise dimanche par Aprilia n'était pas une victoire comme une autre. Devant le public italien, sur un Grand Prix intégralement monopolisé par Ducati depuis quatre éditions – records, pole positions et victoires des sprints et des courses longues inclus – l'autre constructeur transalpin a cette fois assommé son adversaire.
Une première ligne intégralement verrouillée par Aprilia, puis un doublé dans la course sprint emmené par le pilote satellite Raúl Fernández, avant le doublé des pilotes d'usine dans la course principale : le bilan n'aurait pu être meilleur pour Noale. Le management ne boudait pas son plaisir, dimanche, accueillant avec fierté ce triomphe sur ses terres, si loin des statistiques précédentes de la marque sur place : son unique pole au Mugello datait de 1999 et ses seuls podiums étaient des troisièmes places remontant à 2000 et 2022.
Cette domination au Mugello était aussi, et peut-être avant tout, une réaction musclée à un week-end plus compliqué vécu à Barcelone, deux semaines plus tôt. "Il était très important d'apporter une réponse après un week-end de Barcelone qui n'avait pas été très simple, marqué par beaucoup de chutes et une performance qui n'avait pas été au niveau des autres courses, et nous l'avons apportée alors nous sommes satisfaits", se félicite le directeur technique Fabiano Sterlacchini.
Lui qui avait annoncé vouloir attendre cette course, la septième de la saison, avant de véritablement pouvoir estimer Aprilia favorite pour le titre, il ne peut que se réjouir de ce rebond sur une piste qu'il avait identifiée comme l'un des juges de paix de cette première partie de championnat. Si la Catalogne a eu l'effet d'un léger creux, le Mugello a démontré que cela n'était en rien le signe d'une faiblesse de fond de la RS-GP.
"Disons que Barcelone est vraiment extrême, on le sait depuis des années", rappelle Fabiano Sterlacchini. "Il y a clairement une question de tracé, et il y a aussi le pneu avant. Plusieurs fois au cours des années, nous avons essayé avec Michelin de développer un pneu adapté pour ces conditions et nous n'y sommes jamais vraiment arrivés."
"Donc c'est une condition qui est un peu comme un talon d'Achille, et il faut la gérer. Disons que nous étions plutôt bien mais pas super compétitifs, et ensuite il y a malheureusement eu les événements que nous connaissons et cela a impacté aussi le résultat."
Aprilia était au rendez-vous sur une piste pourtant crainte.
Photo de : Aprilia Racing
Sur le papier, le Mugello non plus ne figurait pas parmi les circuits sur lesquels Aprilia s'attendait à dominer, et c'est précisément la raison pour laquelle la prise de pouvoir observée le week-end dernier a tant de valeur pour l'ingénieur.
"D'un point de vue technique, venir sur cette piste, qui ne nous était pas tellement favorable, et après tout le travail de préparation, établir le record de vitesse et le record du circuit, pour nous autres, techniciens, cela a été une réponse à notre travail et c'est magnifique", souligne-t-il.
Côté management, Massimo Rivola perçoit dans ce succès à domicile d'autres éléments de satisfaction, tant la stabilité acquise par Aprilia dans ses performances que la capacité de toute l'équipe à réagir sans ne plus subir les latences d'autrefois.
"Cela signifie que la moto est super rapide et que nous avons un duo de pilotes capables de réaliser une performance vraiment unique. Et c'est bien de voir que les pilotes Trackhouse sont très rapides eux aussi. Ils ont parfois un peu plus de mal, mais quand ils ont une opportunité, ils sont au rendez-vous."
"Avoir quatre Aprilia qui sont toujours parmi les six ou huit premiers, ou mieux encore, c'est une belle récompense pour le travail que mènent Fabiano et ses équipes", retient le PDG d'Aprilia Racing.
Même Kimi Antonelli a pris part à la fête !
Photo de : Aprilia Racing
"C'est la confirmation que nous sommes forts plus ou moins sur toutes les pistes", poursuit Massimo Rivola. "Nous ne pouvons donc que regarder de l'avant avec une bonne confiance, mais nous en revenons aussi au fait de garder les pieds sur terre et de travailler chaque jour."
Et de souligner : "Vendredi, nous ne pensions pas voir une pole position comme celle-là, une première ligne comme celle-là et un dimanche comme celui-là. Fabiano et son équipe ont mené un travail avec les pilotes, et c'est une caractéristique qui me fait particulièrement plaisir : parfois, nous ne sommes pas tout de suite très forts, mais nous nous révélons ensuite sur la distance, et cela signifie que le travail paye toujours."
Le besoin d'affiner la moto en permanence
Victorieuse en Thaïlande, au Brésil, au Texas, en France et en Italie, l'Aprilia démontre chaque semaine un peu plus la force globale qui est la sienne. Cette identité nouvelle s'est bâtie au fil des années, avec plusieurs paliers notables passés au gré des différentes versions de la moto, mais l'arrivée de Fabiano Sterlacchini a indéniablement permis de franchir le dernier pas vers le succès.
Aujourd'hui, le directeur technique entend conserver une approche très pondérée, insistant sur la nécessité de ne jamais se reposer sur ses lauriers. Lui aussi se félicite de la qualité du travail mené sur les circuit, et qui fait écho à la capacité prônée par Aprilia d'affiner en permanence cette moto qui fait pourtant office de référence actuelle.
"L'une de mes missions lorsque j'ai rejoint Aprilia, clairement, était de savoir quels étaient les principaux ingrédients pour faire en sorte qu'une moto réussisse et soit compétitive partout", explique l'ingénieur. "Nous essayons donc d'opérer dans la perspective que nous ne devons pas trouver quelque chose qui soit super extrême, super performant sur une piste, mais nous travaillons aussi dans l'idée d'accepter des déficits."
Aprilia a réalisé le doublé au Mugello.
Photo de : Andreas Solaro / AFP via Getty Images
"Clairement, quand le pilote est confronté à une course sur laquelle il est en difficulté en termes de niveau d'adhérence et de compétitivité, c'est en quelque sorte un rappel à l'ordre et, à la course suivante, on se dit 'est-ce que je suis encore fort ou pas ?'. Alors chaque fois que nous prenons une décision, que nous réfléchissons à la vision, à la perspective, à la saison dans sa globalité, il est important de penser à maintenir ce bon équilibre sur la moto."
"Il est important de n'oublier aucun aspect", enchaîner Fabiano Sterlacchini. "Nous essayons normalement de n'oublier aucun point faible de la moto, mais dans le même temps, nous essayons d'améliorer notre système de travail pendant le week-end. Parfois, le vendredi n'est pas une journée formidable, mais il est important que nous puissions renverser complètement le week-end grâce aux analyses faites en réunion, au travail avec le pilote, à l'amélioration de son pilotage et des réglages de la moto, de l'électronique, de tout."
"Chaque millième compte énormément. Et au final, la philosophie est toujours la même : beaucoup de gouttes d'eau forment un océan, donc nous devons trouver autant de gouttes d'eau que possible."
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