Cher Glickenhaus, on ne pouvait pas te laisser partir comme ça...
Le sport automobile regorge d'histoires, de projets et d'équipes qui ont fait sa petite comme sa grande histoire. Jim Glickenhaus a raconté la sienne trois années durant et emmené avec lui les passionnés comme les rêveurs. On ne pouvait pas laisser l'Américain stopper son programme en Endurance sans en parler avec le cœur. Comme lui l'a toujours fait.
Atypique, fantasque, décalé, excentrique... En trois ans, on en a utilisé des adjectifs pour tenter de décrire Jim Glickenhaus. Un personnage haut en couleur qui a fait irruption dans l’univers de l’Endurance mondiale en cassant les codes, et lui tourne aujourd’hui le dos avec pragmatisme. Il l’a annoncé lui-même, sans fioriture, avec la franchise et la transparence qui le caractérisent. Il n’y aura pas de communiqué de presse aux tournures minutieusement choisies et peaufinées. Il n’y en a d’ailleurs jamais eu. Ce n’est pas ça, Glickenhaus !
Venu du cinéma, Jim Glickenhaus était néanmoins un inconnu pour beaucoup de monde quand il a débarqué aux 24 Heures du Mans avec ses Hypercars. Il ne l’était pas pour les passionnés de sport automobile ou de compétitions moins huppées. Oui, on avait déjà vu courir ses bolides ailleurs, mais le faire dans la Sarthe, c’est tout autre chose. Que Le Mans soit un terrain de jeu taillé pour l’Américain n’était finalement pas surprenant. Il y a fait honneur à l’histoire d’une course avide de personnages en son genre.
Cette silhouette surmontée d’un chapeau est vite devenue familière dans le paddock de l’Endurance, non seulement pour les acteurs du championnat mais aussi pour le public. Jim Glickenhaus est arrivé avec, finalement, tout ce qu’il y a de plus séduisant pour les passionnés : des machines aux rondeurs rétro, un V8 bi-turbo à la sonorité forcément appréciée, une mentalité de racer, un franc-parler cash mais respectueux. Avec aussi l'art de se différencier en permanence, n’hésitant pas à repeindre ses voitures en bleu, constatant que le rouge devenait trop présent au sein du plateau. Et surtout, avec une grande sincérité, sans aucun besoin de se mettre en scène. Humain et vrai, Jim Glickenhaus a embarqué les gens dans son histoire.
Ces gens ce sont vous, spectateurs, mais aussi nous, médias. Ce sont surtout ceux qui l’ont accompagné dans son projet. Pas étonnant, avec de telles valeurs, de retrouver un personnage comme Romain Dumas pour piloter la 007 LMH. Quand on connaît les deux hommes, l'alchimie ne pouvait être qu’évidente et naturelle. "On est un peu comme Pescarolo il y a 15 ans, et peu de gens ont fait ça ces 15 dernières années", glissait le Français au printemps dernier. Tout était dit, finalement. Une passion que l’on a retrouvée chez l’attachant Vincent Barthe, venu apporter à la jeune équipe américaine toute l'expérience qu’il avait acquise dans les programmes 905 et McLaren, entre autres.
Jim Glinckenaus est devenu un personnage de l'Endurance.
L’argent, nerf de la guerre en sport automobile, Jim Glickenhaus en a eu suffisamment pour le dépenser dans sa passion. Plusieurs fois il a répété vouloir dilapider sa fortune pour son propre plaisir et ne pas laisser sa descendance se la disputer ! Sa manne personnelle ne lui permet toutefois pas de s’entêter plus que de raison, le poussant à clore un chapitre qui aura duré trois saisons.
En juin 2021, quand les deux ovnis de Glickenhaus ont posé leurs roues dans la Sarthe, le scepticisme – pour ne pas dire le mépris, parfois – a très vite été dépassé par l’affection. Il n’y avait pas d’opération séduction à proprement parler, pourtant la cote de popularité a rapidement décollé. Elle se mesure encore aujourd’hui dans les réactions devant l’annonce de la fin de l’aventure. Cet été-là, les 24 Heures du Mans se déroulaient en août, avec une jauge limitée côté public, marquant le début de la renaissance après la pandémie de Covid.
L’histoire retiendra que Glickenhaus était là pour les grands débuts de l’ère Hypercar, se mesurant à l’ogre Toyota pendant que, dans l’ombre, plusieurs grands constructeurs préparaient leur engagement futur. Ces mêmes constructeurs face auxquels lutter n’a plus de sens pour Jim Glickenhaus. Reste qu'à l’heure où l’on se délecte de cet afflux massif de grandes marques – et l’on aurait tort de s’en priver –, on se devra de toujours avoir dans un coin de notre tête cette belle page écrite par un personnage singulier. Les cycles de l’Endurance forment un éternel recommencement et, qui sait si la compétition n’aura pas à nouveau besoin un jour de nouveaux projets indépendants pour passionner les foules ?
Une chose est sûre, Jim Glickenhaus et ses bolides sont venus nous raconter une histoire. Certains diront qu’il s’agit peut-être du meilleur film de sa vie ! On ne pouvait pas le laisser partir comme ça, sans un mot, sans un merci, sans en avoir à retenir une leçon qui ne sera jamais reniée. Et quand le prochain prix Spirit of Le Mans sera décerné par l’Automobile Club de l’Ouest en juin prochain, peut-être que quelqu’un soufflera le nom de Jim Glickenhaus...
Clap de fin pour l'aventure Glickenhaus...
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