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Interview

Sinault et l'arrêt du programme Alpine : "Notre avenir s'écrit encore plus qu'avant ensemble"

Pour Motorsport.com, Philippe Sinault revient sur l'annonce du départ prochain d'Alpine du WEC. Insistant sur l'humain et le collectif, le patron de Signatech et meneur de troupe de cette équipe affiche des ambitions et une volonté féroce de capitaliser sur les qualités de ce programme.

Philippe Sinault, Team Principal, Alpine Endurance Team

Photo de : Alpine

L'onde de choc est tout juste passée après le séisme qu'a été l'annonce de la fin prochaine du programme Hypercar d'Alpine. Une nouvelle qui, bien qu'anticipée par les signes avant-coureurs venus du constructeur et de Viry-Châtillon, n'en est pas moins majeure pour ce qu'elle représente, tant à l'échelle du championnat qu'à celle d'une équipe française porteuse de tout un héritage.

Philippe Sinault en est l'artisan, lui qui incarne les racines de l'endurance à l'heure où le championnat se renouvelle avec l'Hypercar. Derrière l'équipe Alpine se cachent les fondations solides de Signatech, qui ont porté les ambitions d'un programme pouvant se permettre d'être ambitieux. Pourtant, au bout de trois ans seulement, celui-ci est coupé dans son élan.

Après l'onde de choc vient la phase de réaction, celle qui doit soutenir la saison 2026 qu'Alpine doit mener coûte que coûte. Lors de la présentation de l'A424, il y a quelques jours à Paris, l'accent a immédiatement été mis sur la hargne de cette équipe à gagner, les sourires tentant de masquer l'ébranlement collectif.

Quelques jours plus tard, Motorsport.com a retrouvé le team principal pour chercher, entre autres, à mettre les mots sur cette claque, collective comme personnelle, mais surtout sur la manière d'y répondre en piste. Philippe Sinault pensera à 2027 plus tard. Ce qui l'anime aujourd'hui, c'est d'avancer, avec une équipe soudée qui veut montrer que ce qu'elle a bâti a encore des choses à prouver.

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Comment avez-vous accueilli la nouvelle de l'arrêt du programme Hypercar par Renault et comment avez-vous géré cela avec vos équipes en interne ?

C'est une nouvelle difficile et compliquée, forcément. Rapidement, parce qu'on est quand même formatés à cela quand on fait du sport de haut niveau, nous sommes concentrés à 100% sur la saison à venir - et nous l'étions déjà avant l'annonce. Donc tout ce que l'on a pu dire, notre volonté affirmée de performer cette année, de rester sur la dynamique de performance et d'amélioration de performance que l'on a montrée fin 2025, tout cela prend forcément encore plus tout son sens et devient une priorité absolue.

Alors qu'est-ce qu'on a fait ? On s'est tous réunis dans l'atelier autour de la machine à café et on a partagé. J'ai annoncé cette nouvelle difficile, mais la réaction de l'équipe a été top. Sans faire d'indiscrétion, l'équipe a applaudi, simplement pour montrer leur détermination et la volonté à performer ensemble. Notre avenir, notre futur s'écrit encore plus qu'avant ensemble, qu'il soit individuel, personnel ou collectif.

Alors voilà, il y a un postulat, qui est que le programme s'arrête fin 2026. Il ne faut pas chercher à en comprendre les raisons, sinon on perd son temps et on perd son énergie. Il faut se concentrer sur notre objectif, qui était déjà clair mais qui l'est encore plus, et que nous devons écrire ensemble.

Humainement, ça soude ?

Humainement, je pense que ça va encore plus nous souder et nous rapprocher, et créer une dynamique. Je ne veux pas dire qu'au final c'est une bonne nouvelle. Non, évidemment que non, mais ça génère chez nous une envie incroyable, encore plus forte qu'avant.

#36 Alpine Endurance Team Alpine A424: Jules Gounon, Frédéric Makowiecki, Victor Martins

L'Alpine A424 prépare ses dernières 24 Heures du Mans.

Photo de : Alpine

Passé cette année, existerait-il une possibilité que la voiture roule sous bannière privée ou via une équipe cliente ?

La réponse ne m'appartient pas, très honnêtement. La voiture est éligible et elle est homologuée à minima jusqu'à 2029. Donc oui, physiquement, la voiture peut rouler et pourrait prétendre à continuer à évoluer dans le cadre du championnat du monde d'endurance et aux 24 Heures du Mans. Mais là, je ne suis pas le seul à décider et il y a beaucoup de paramètres et de personnes qui doivent se réunir pour imaginer une suite.

Aujourd'hui, même si en tant que chef d'entreprise et responsable de l'équipe, je dois imaginer le futur, le futur proche pour moi ce sont vraiment les prochaines courses et Le Mans. Dans trois mois, on est au Mans et il est indispensable que l'on soit prêts et mobilisés.

L'erreur que l'on doit éviter tous, c'est de vouloir surjouer et de surréagir.

Dans ce contexte, comment est-ce que l'équipe aborde le début de saison ? Est-ce que vous les sentez motivés et concentrés malgré tout, vous avez réussi à insuffler cela 

Oui, et ça n'est pas forcément moi qui l'ai insufflé, ce sont aussi eux qui me l'insufflent. À titre personnel, mon rapport [avec les membres de l'équipe] est hyper important parce qu'ils me bousculent aussi. Cette nouvelle, elle est passée. Je ne dirais pas qu'elle est digérée, mais elle est passée. Nous sommes donc vraiment concentrés sur ce que nous avons à faire.

L'erreur que l'on doit éviter tous, c'est de vouloir surjouer et de surréagir. Si j'ai un message à passer à tout le monde, c'est que je suis sûr de leurs qualités, de leurs talents à chacun. Alors je leur dis : "Ne surréagissez pas, ne surjouez pas". Restons sur la même dynamique que celle que l'on avait fixée au début de la saison, avant l'annonce. On a tout pour bien faire. Utilisons au mieux les ingrédients que l'on a et le travail que l'on a fait pour être performants cette année et au Mans.

Pourtant, à la présentation, j'avais le sentiment qu'entre les lignes, il y avait un petit peu cette volonté de prouver que malgré tout, vous êtes là pour gagner. En filigrane, j'ai trouvé qu'il y avait un petit côté "on va leur montrer de quoi on est capables".

Oui, vous avez raison, vous l'avez senti parce qu'on l'a certainement fait transpirer et parce que, au fond de nous, c'est humain de vouloir en effet encore plus montrer [ce qu'on vaut]. Il ne faut pas aller dans l'extrême, dans l'excès, parce que ça pourrait être contre-productif. Donc je tempère un petit peu ces ardeurs décuplées en disant "Essayons de rester sur le trend que l'on avait fixé avant, au début de la saison".

 

Quel regard portez-vous sur le championnat aujourd'hui ? L'arrête du programme d'Alpine, après le départ de Porsche : c'est un signal d'alerte pour l'avenir de la catégorie Hypercar ?

C'est sûr que ce sont des signaux marquants, c'est évident. Le départ de Porsche, l'annonce de l'arrêt du programme d'Alpine en fin d'année, ce sont des signaux marquants. Maintenant, le championnat est bien construit, les règles du jeu sont très bien écrites. Il est bien géré, d'ailleurs sinon il n'y aurait pas autant de constructeurs et de prétendants à rejoindre ce championnat. C'est plutôt le contexte économique et le monde actuel qui font que, parfois, il y a des décisions assez surprenantes et impromptues qui sont prises.

Le championnat en lui-même, oui, il doit considérer en effet ces signaux, mais je ne pense pas que ce soit la conséquence d'une mauvaise gestion du législateur ou du promoteur. Très honnêtement, je pense que c'est un contexte autre, mais tel que le championnat est aujourd'hui, tel qu'il est organisé, géré et légiféré, c'est une très, très belle plateforme d'expression sportive, humaine et technique pour les constructeurs.

Donc je pense qu'il ne faut pas remettre en cause les fondamentaux de ce championnat à la suite du départ de Porsche et de l'annonce d'Alpine. Non, je pense qu'il faut améliorer les choses mais que c'est un très bel écrin pour évoluer.

Est-ce que je peux vous demander comment vous vous projetez à titre purement personnel sur l'après 2026 ? Je comprends bien que vous soyez concentré sur la saison à venir, mais ce qui va se passer dans quelques mois n'est tout de même pas anodin dans votre vie…

Non, ça n'est pas anodin, vous avez raison, et je vous remercie de porter intérêt à la fois à l'avenir du collectif et au mien personnellement. Je n'aime pas la pêche ! Donc je n'ai pas envie d'aller à la pêche, voilà ce que je vais vous répondre. J'ai une belle équipe, vraiment une très belle équipe. Nous avons des talents et, tous autant que nous sommes, nous avons encore envie de faire des courses et d'en gagner. Alors tant que cette envie est là, nous allons faire en sorte d'écrire encore une fois cet avenir collectivement et de voir ce qu'il nous réserve.

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