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Lando Norris, le sacre d'un fidèle

Sacré champion du monde pour la première fois de sa carrière, Lando Norris est récompensé de sa fidélité sans faille à McLaren, l'écurie qui l'a mené jusqu'à la F1 et jusqu'au titre.

Lando Norris, McLaren

Photo de: Rudy Carezzevoli / Getty Images

C'est fait. Lando Norris, on ne pourra plus lui enlever, est désormais entré dans la légende de sa discipline en remportant le titre de champion du monde 2025 de F1. Le Graal ultime dans une carrière, mais aussi, dans son cas, la récompense d'une fidélité sans faille à l'écurie qui l'a porté jusqu'à la discipline reine.

Le parcours de Norris avant la Formule 1 est celui d'un surdoué, marqué par plusieurs titres internationaux en karting et, après un court mais remarqué passage en Ginetta en 2014, ses débuts en monoplace à 15 ans l'année suivante dans le cadre du championnat de F4 britannique. Le fils du riche homme d'affaires Adam Norris, spécialisé dans les pensions de retraite, va à partir de là empiler les titres.

F4 britannique (2015), Eurocup Formule Renault 2.0, Toyota Racing Series et Formule Renault 2.0 Europe du Nord (2016) et F3 européenne (2017) ne lui résisteront pas. C'est en 2017 qu'une grande partie de son destin va d'ailleurs s'écrire puisqu'il va rejoindre le programme junior de McLaren, à un moment où l'écurie n'était plus que l'ombre d'elle-même, éreintée par l'épisode calamiteux de sa collaboration avec Honda.

Toutefois, cela n'allait pas être le problème de Norris, en tout cas pas dans l'immédiat, puisqu'il lui fallait disputer le dernier championnat qui manquait à son palmarès : la F2. Engagé chez Carlin pour la saison 2018, il devra cette fois s'avouer vaincu, tombant sur plus fort que lui avec le duo formé par George Russell et l'écurie ART. 

Lando Norris lors des essais d'Abu Dhabi en 2018.

Lando Norris lors des essais d'Abu Dhabi en 2018.

Photo de: Jerry Andre / Motorsport Images

L'essentiel était cependant ailleurs : McLaren, qui ne faisait pas du titre en F2 une condition et qui souhaitait faire table rase du passé, avait déjà choisi de le titulariser pour 2019, officialisant la nouvelle début septembre 2018. Il connaissait déjà son futur équipier, un certain Carlos Sainz.

Norris, l'incarnation de la McLaren nouvelle

Lando Norris, Zak Brown, Gil de Ferran et Carlos Sainz lors de la présentation de la McLaren 2019.

Lando Norris, Zak Brown, Gil de Ferran et Carlos Sainz lors de la présentation de la McLaren 2019.

Photo de: McLaren

La première saison de Norris sera celle d'un apprentissage parfois difficile du très haut niveau, aux côtés d'un équipier possédant déjà une certaine expérience. Largement battu aux points par Sainz (96 contre 49), c'est finalement surtout en dehors de la piste qu'il commencera à faire parler de lui.

Pas en mal, non, mais comme un jeune homme de sa génération, hyperconnecté, avide de streamer ses courses en live pour ses fans et de partager les fameux mèmes qui font le régal d'internet. Un pilote rieur (on se souvient de son fou rire avec Daniel Ricciardo en conférence de presse à Silverstone), dans la dérision, ouvert, mais qui - l'instar d'un Charles Leclerc - ne masquait jamais ses propres erreurs, démystifiant grandement l'image que l'on pouvait se faire de ces sportifs sans peur qui risquent leur vie à chaque instant.

Finalement, alors qu'en parallèle McLaren continuait progressivement de s'extirper des dernières années du règne bien plus austère de Ron Dennis, Norris était le parfait ambassadeur de l'image dépoussiérée que l'écurie souhaitait se donner sous la direction de Zak Brown.

Lando Norris qui frappe sa bouteille de champagne sur le podium, sa marque de fabrique.

Lando Norris qui frappe sa bouteille de champagne sur le podium, sa marque de fabrique.

Photo de: Mark Sutton / Motorsport Images

La saison 2020 le verra d'autant plus jouer sur cette image que, COVID oblige, elle sera surtout l'occasion pour certains pilotes de s'exprimer par le biais des courses virtuelles, en attendant le début de la campagne, repoussé en juillet. Norris sera d'ailleurs l'un des protagonistes majeurs de la toute première course, au GP d'Autriche, en allant arracher dans les derniers instants son tout premier podium en discipline reine, le lendemain de la meilleure séance de qualifications de sa jeune carrière.

Face à Sainz - qui aura aussi droit à son podium derrière Pierre Gasly au GP d'Italie -, Norris sera globalement bien plus résistant, même s'il terminera à nouveau derrière (105 points contre 97), dans une écurie McLaren confirmant sa progression. Mais, avant même que la saison ne soit lancée, la donne pour 2021 allait changer puisque l'Espagnol allait faire ses valises pour tenter l'aventure Ferrari pendant que Norris allait devoir accueillir un pilote que beaucoup voyaient comme le futur leader de McLaren, l'expérimenté et multiple vainqueur de GP Daniel Ricciardo.

Norris éteint Ricciardo, mais...

Toutefois, au grand étonnement de tous, 2021 va sans doute marquer une étape déterminante pour Norris. Le Britannique avait beau être un pur produit de la filière McLaren, il lui restait à valider les belles promesses des années précédentes et se confrontant à un pilote confirmé et installé dans le paysage.

Dans une saison largement dominée par le duel entre Lewis Hamilton et Max Verstappen, et avec eux Mercedes et Red Bull, le pilote alors âgé de 21 ans va produire une entame de saison d'une régularité impressionnante, signant trois podiums en dix épreuves. Au soir de Silverstone, il pointait même à la troisième place du classement pilotes, devançant les deux lieutenants des prétendants au titre tout en disposant d'une monoplace clairement inférieure.

Surtout, à ce stade de la saison, la comparaison avec Ricciardo était largement en sa faveur. Quelques semaines plus tard, pourtant, dans une épreuve de Monza où Verstappen et Hamilton allaient s'éliminer, c'était bien l'Australien qui, contre toute attente, allait faire remonter McLaren sur la plus haute marche du podium pour la première fois depuis 2012. Rétrospectivement, il s'agissait sans doute de la seule véritable éclaircie de son passage à Woking mais, symboliquement, le premier fruit juteux du renouveau de l'écurie était récolté par un autre que Norris.

Lando Norris aura droit au fameux

Lando Norris aura droit au fameux "shoey" de la part de Daniel Ricciardo à Monza en 2021.

Photo de: Steve Etherington / Motorsport Images

Dès la course suivante cependant, Norris aura sa propre occasion de l'emporter. Après avoir signé une étonnante pole la veille au GP de Russie, le natif de Bristol avait sa première victoire à portée quand une averse s'abattait sur la piste en fin de course : au jeu des paris, le leader fera celui de rester en piste... Perdu. Incapable de maintenir sa McLaren en pneus slicks sur une piste détrempée, il subira la lente agonie de voir les leaders défiler, avant de se résoudre à rentrer pour finalement terminer septième.

Norris maintiendra ensuite sa régularité, mais au volant d'une McLaren bien moins performante dans la hiérarchie, terminant la saison sixième, deux places et 45 points devant Ricciardo.

La fidélité à McLaren

L'année 2022 marquait le tournant de l'ère des F1 à effet de sol. Mais avant même le premier Grand Prix, Norris scellait son destin en prolongeant son contrat chez McLaren à long terme, puisque jusqu'à la fin de la saison 2025. Quand bien même l'écurie était plutôt sur une pente ascendante, Norris commençait à en montrer suffisamment pour intéresser d'autres structures et avoir "des petites discussions".

C'est pourtant le choix de la fidélité à une structure qui l'a couvé que Norris faisait, en pleine conscience et en pleine confiance "Je pense que nous savions qu'il y aurait des opportunités avec d'autres équipes dans le futur. C'est un message fort que nous envoyons à tout le monde, [avec] la confiance mutuelle et à quel point je crois que McLaren peut se relever et revenir au sommet dans les prochaines années, même avec les opportunités qui pourraient se présenter [pour moi] dans les prochaines années."

Lando Norris offrira à Imola le seul podium de McLaren en 2022, et le seul en dehors des Red Bull, Ferrari et Mercedes.

Lando Norris offrira à Imola le seul podium de McLaren en 2022, et le seul en dehors des Red Bull, Ferrari et Mercedes.

Photo de: Erik Junius

Une fidélité qui ne sera pas immédiatement récompensée, toutefois. En effet, rapidement, il est clair que McLaren n'est pas parmi les écuries qui ont le mieux négocié le tournant réglementaire. La saison démarre mal mais, dans la course pluvieuse d'Imola, Norris parviendra à s'immiscer sur le podium. Le seul pour lui cette année-là - et le seul d'un pilote hors Red Bull, Ferrari et Mercedes -, lui qui surnagera largement comme le "meilleur des autres" en dehors des structures du top 3.

Surtout, la claque prise par Ricciardo face à son équipier et ses difficultés seront telles que, dès l'été, il sera annoncé que le contrat qui courait jusqu'à 2023 allait être réduit d'une année, pour permettre à McLaren de faire place à un autre Australien, Oscar Piastri, chipé à la filière Alpine dans une tragicomédie juridique pour le moins mémorable. Au terme de la saison, sportivement, Norris terminera septième avec 122 points au compteur, quand Ricciardo terminera avec 37 points dans la besace.

Sur le plan personnel, ces années marquent un changement net chez Norris. Moins blagueur, moins expansif, le Britannique commencera à évoquer régulièrement la question de sa santé mentale et de ses difficultés personnelles face aux exigences du haut niveau, essayant comme d'autres pilotes et d'autres sportifs plus généralement, de sensibiliser sur ces questions, d'autant plus dans les années parfois complexes à gérer d'après le COVID.

Le rebond de McLaren

Désormais face à un équipier rookie mais qui arrive avec beaucoup de promesses, puisqu'il a fait encore mieux en enchaînant les sacres jusqu'à la F2 incluse, Norris va d'abord voir la saison 2023 démarrer de façon presque catastrophique pour McLaren. Dans une intersaison où, dès la présentation de la MCL60, Andrea Stella - intronisé directeur de l'écurie - avait clairement souligné que la voiture n'était pas au niveau attendu, le GP de Bahreïn sera marqué par des soucis de freins permanents et six arrêts au total pour le Britannique, classé dernier.

Autriche 2023, le début de l'ascension.

Autriche 2023, le début de l'ascension.

Photo de: Andy Hone / Motorsport Images

Sur les huit premiers GP, l'écurie n'inscrit que 17 points. La crise commencer à couver mais tout le monde va y mettre du sien pour la contenir. Viendra alors le bout du tunnel, le moment où l'écurie enclenchera définitivement son changement de statut : le GP d'Autriche 2023. Armée d'une monoplace revue et corrigée, l'écurie deviendra soudainement très performante. Pas au point de troubler la balade de Max Verstappen, mais suffisamment pour que Norris signe plus de podiums sur les deux derniers tiers de la saison (sept) que dans toute sa carrière F1 auparavant (six).

Largement dominateur face à un Piastri en apprentissage et encore un peu vert (205 points contre 97), Norris sera l'un des hommes forts de la saison derrière Verstappen, parvenant à se hisser, malgré le début d'année difficile, dans la lutte pour le top 4 du championnat, en terminant à un point de Fernando Alonso et Charles Leclerc.

Norris candidat puis champion

Même si McLaren est lancée, encore faut-il que Red Bull faiblisse. Et si l'écurie britannique affiche une forme intéressante au début de saison 2024, que dire de la structure autrichienne qui parade en tête à l'entame de la campagne. Toutefois, les premières brèches dans l'armure apparaîtront au printemps, et notamment à Miami. Soudainement moins performant pendant la course, Verstappen laissera la porte ouverte à un coup du sort quand, profitant d'un Safety Car au timing opportun, Norris prendra les commandes de la course... pour ne plus les lâcher !

Sans crier gare, Norris venait de signer son tout premier succès en F1, plus de cinq ans et 110 départs après ses débuts. Une victoire avec de la réussite mais une victoire tout de même. Sans dire que ce résultat allait marquer un déclic, le Britannique allait progressivement, à mesure que la domination Red Bull s'érodait et que McLaren gagnait en puissance, devenir le véritable rival d'un Verstappen encore largement en tête au classement. L'attitude en piste du Néerlandais à l'encontre de son ami ne trompera d'ailleurs personne sur le niveau de menace qu'il pouvait ressentir.

L'accrochage entre Norris et Verstappen à Spielberg allait marquer le premier moment chaud entre les deux hommes.

L'accrochage entre Norris et Verstappen à Spielberg allait marquer le premier moment chaud entre les deux hommes.

Photo de: Andy Hone / Motorsport Images

Plusieurs situations tendues se présenteront alors, en Autriche, aux États-Unis ou à Mexico. Face à des adversaires prêts à tout, Norris et McLaren manqueront sans doute de mordant et de croyance dans leurs capacités. Le pilote multipliera les petites erreurs et les imprécisions coupables, tout en ne voulant pas jouer au jeu imposé par son rival, quand l'écurie commettra des impairs stratégiques avant de mettre du temps - influencée par sa politique égalitaire gestion des pilotes - à se décider à vraiment favoriser Norris face à Piastri, conduisant à des épisodes étonnants comme ceux des GP de Hongrie ou d'Italie.

Les minces espoirs de voir Norris renverser Verstappen (alimentés notamment par ses succès à Zandvoort et Singapour) seront finalement éteints - douchés, même ! - lors du pluvieux GP de São Paulo, où celui qui allait devenir quelques jours plus tard quadruple champion alliera maestria et réussite pour l'emporter, en partant pourtant 17e. Il restait tout de même un titre à aller chercher, celui des constructeurs (le premier pour McLaren depuis 2008), que Norris scellera en remportant une victoire autoritaire à Abu Dhabi, tout en terminant vice-champion (avec 374 points contre 297 pour Piastri).

C'est dans ce contexte, alors que l'écurie Red Bull confirmait son déclin, que Ferrari ne parvenait pas à surfer sur sa dynamique et que Mercedes demeurait trop irrégulière, que McLaren ouvrait la saison 2025 avec le statut de favorite, offrant à ses pilotes dès le début de la campagne une voiture taillée pour le titre mondial. Plus rien ne semblait alors s'opposer au sacre de Norris si ce n'est... la montée en puissance de Piastri et le toujours présent Verstappen. Mais ça, c'est une autre histoire.

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