Binotto et le projet Audi : "Le chemin sera long"
Arrivé l'été 2024 à Hinwil afin de reprendre en main le projet Sauber/Audi, Mattia Binotto mesure l'ampleur de la tâche qui attend l'équipe si elle entend jouer les premiers rôles dans le futur.
Photo de : Andy Hone / Motorsport Images
Annoncé à l'été 2022, le projet Audi en Formule 1 – via le rachat de l'écurie Sauber -, a déjà connu un certain nombre de remous. Nommé initialement à la tête du programme, qui devrait voir la marque aux anneaux débuter sous son propre nom en 2026, Andreas Seidl – ancien directeur de l'écurie McLaren -, a quitté le navire de manière inattendue l'été dernier, en même temps que Oliver Hoffmann, président du conseil d'administration.
Pour reprendre la barre, les dirigeants du constructeur d'Ingolstadt ont fait appel à Mattia Binotto. L'ancien patron de la Scuderia Ferrari a pris ses marques au sein de l'équipe suisse, en vue de l'arrivée d'Audi, et a pu mesurer l'ampleur de la tâche qu'il reste à accomplir.
"Mes impressions après quatre mois sont très similaires à celles que j'ai eu au bout de deux semaines", a confié le dirigeant italien. "Lorsque vous arrivez, les premières impressions sont souvent les bonnes. Évidemment, j'ai la référence de ma vie passée, une équipe différente, une équipe de pointe, et la comparaison est forcément directe dans tous les domaines."
"L'équipe est formidable", continue Binotto. "Les gens sont formidables. Je pense que nous avons de bonnes personnes pour nos fondations pour l'avenir, mais ensuite vous regardez la différence de dimension, c'est 400 personnes de moins que pour une équipe de haut niveau. C'est beaucoup moins de capacité de fabrication, de capacité d'ingénierie, un simulateur qui est très vieux."
Audi s'engagera en F1 sous son propre nom en 2026.
Photo de: Mark Sutton / Motorsport Images
"Je pense donc qu'il s'agit de l'ensemble de l'installation, c'est-à-dire de tout ce qui est nécessaire au bout du compte. Mais nous le savions, nous le savons maintenant, nous savons que le chemin sera long pour nous. Ce n'est pas quelque chose que l'on peut changer en quelques mois ou en quelques saisons. Nous avons toujours dit que notre objectif était de réussir d'ici 2030, c'est-à-dire d'ici la fin de la décennie. Mais je pense que c'est exactement ce qu'il faut en termes de temps pour y parvenir. Et même ce délai, je pense qu'il sera très difficile à tenir, d'ailleurs."
Fondée dans les années 70 par Peter Sauber, l'écurie Sauber, basée à Hinwil dans la région de Zürich, a effectué ses débuts en Formule 1 en 1993. Elle a connu sa période la plus faste de 2006 à 2010, lors de sa prise de contrôle par BMW. Opérant alors sous le nom de BMW Sauber, la structure helvétique a remporté sa seule victoire en F1 jusqu'ici, lors du Grand Prix du Canada 2008 avec Robert Kubica. Après le retrait du constructeur bavarois fin 2010, Sauber a à nouveau couru sous son propre nom, avec des hauts, mais surtout des bas.
Evoluant ensuite régulièrement en queue de peloton durant une douzaine d'années, Sauber a retrouvé quelques couleurs avec un partenariat avec Alfa Romeo en 2021, mais les résultats ont a nouveau régulièrement chuté ces deux dernières saisons. En 2024, sous l'appellation Stake, l'équipe était de loin la moins performante du plateau, et seul la huitième place de Zhou Guanyu au Qatar lui a permis de ne pas conclure l'année sur un score vierge.
Il y a certainement beaucoup à faire en termes de culture, de comportements.
"Je pense que cette équipe était surtout en mode survie au cours des dix dernières années", poursuit Mattia Binotto. "À la fin, il s'agissait donc de survivre, de participer, d'essayer de tirer le meilleur parti de la situation. Mais il lui faut désormais une mentalité de gagnant avec une approche différente. Il y a donc certainement beaucoup à faire en termes de culture, de comportements. Le chemin est long, nous le savons, et agir sur les comportements est peut-être même le plus difficile. Mais nous avons commencé notre parcours."
Un parcours passé par la validation du duo de pilotes pour l'année prochaine, l'expérimenté Nico Hülkenberg ayant été rejoint récemment par le tout nouveau champion de Formule 2, le Brésilien Gabriel Bortoleto, faute d'avoir pu convaincre Carlos Sainz de rejoindre l'aventure. Le projet Sauber/Audi a également passé un palier supplémentaire avec une prise de participation du fonds souverain de l'Etat du Qatar (QIA), évaluée à 30%, et officialisée à l'occasion du Grand Prix du Qatar en novembre.
Gabriel Bortoleto a rejoint Nico Hülkenberg chez Sauber en vue de l'engagement officiel d'Audi en 2026.
Photo de: Andy Hone / Motorsport Images
Enfin, la huitième place de Zhou au Qatar a permis, malgré tout, de conclure l'exercice 2024 sur une bonne note, et d'entrevoir au passage de réels progrès en termes de performances sur les derniers rendez-vous. De quoi envisager l'avenir avec un peu plus de sérénité.
"Nous avons quelques projets", conclut Binotto. "Je dois dire que depuis que j'ai commencé, il s'est passé beaucoup de choses, et pas seulement des améliorations en piste, la signature de Bortoleto, la mise en place d'un nouveau duo de pilotes pour l'année prochaine. Il s'agit aussi du Qatar, de l'investissement et du partenariat, ce qui, pour nous, représente une injection de capital importante, mais qui montre que, globalement, en tant qu'équipe, nous allons dans cette direction avec, je pense, la bonne approche, la bonne réflexion, en voyant grand, ce qui est exactement l'état d'esprit dont nous discutons."
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