Renault a dit adieu à la F1 : retour sur 21 moments clés de son histoire
Le Grand Prix d'Abu Dhabi 2025 a discrètement mis fin à l'ère Renault en tant que motoriste en Formule 1. Après 771 Grands Prix, 213 pole positions, 465 podiums dont 169 victoires et 23 titres mondiaux, il est temps de revisiter quelques-uns des moments marquants de cette histoire.
Photo de: Motorsport Images
GP de Grande-Bretagne 1977 : les débuts de Renault en F1
La Renault RS01 de Jean-Pierre Jabouille.
Photo de: Rainer W. Schlegelmilch / Motorsport Images
Renault fait ses débuts en championnat avec la première Formule 1 dotée d'un moteur turbo : la RS01. Elle a rapidement été surnommée la "théière jaune" tant elle laissait échapper de la fumée.
Unique voiture chaussée de pneus Michelin à Silverstone, face à un peloton presque entièrement équipé par Goodyear, elle se qualifie 21e sur 36 avec Jean-Pierre Jabouille, à 1,62 seconde de la pole. Sa course s'arrête toutefois prématurément : une fissure du collecteur d'admission l'oblige d'abord à s'arrêter aux stands, avant que le turbo ne rende l'âme après 16 tours.
GP de France 1979 : Jabouille offre à Renault sa première victoire
Jean-Pierre Jabouille (Renault RS10)
Photo de: Motorsport Images
Après un début d'aventure marqué par 17 abandons lors des 24 premières courses, Jabouille finit par concrétiser. À Dijon-Prenois, il s'empare de la tête après avoir dépassé Gilles Villeneuve et signe la première victoire de Renault, et la sienne, dans la discipline.
Cette course restera surtout célèbre pour le duel époustouflant entre Villeneuve et René Arnoux pour la deuxième place, mais elle scelle définitivement l'entrée de Renault dans la cour des grands.
1983 : Prost échoue d'un souffle dans la course au titre
Alain Prost (Renault RE40 V6)
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Les victoires s'enchaînent pour Renault. En 1983, Alain Prost triomphe au Castellet, à Spa-Francorchamps, à Silverstone et sur l'Oesterreichring (désormais le Red Bull Ring). À ce stade, il compte 14 points d'avance au championnat, alors qu'une victoire en rapporte neuf.
Mais la fin de saison tourne mal : Prost abandonne lors de trois des quatre derniers Grands Prix, dont deux fois à cause du turbo, et voit le titre lui échapper au profit de Nelson Piquet… pour seulement deux points.
GP du Portugal 1985 : Senna signe une victoire sensationnelle, Renault prépare son premier retrait
Ayrton Senna (Lotus 97T-Renault) célèbre sa victoire aux côtés du team manager Peter Warr.
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Entre 1983 et 1986, Renault fournit également ses moteurs à d'autres équipes : d'abord Lotus, puis Ligier, avant que Tyrrell ne rejoigne à son tour le programme.
Lotus, qui n'avait gagné qu'un seul Grand Prix depuis la saison du titre de Mario Andretti en 1978, retrouve la victoire grâce à Ayrton Senna. Sous la pluie d'Estoril, le Brésilien domine et remporte le Grand Prix du Portugal avec plus d'une minute d'avance, offrant à l'écurie son premier succès depuis la disparition de Colin Chapman.
Renault se retire de la F1 en tant que constructeur fin 1985, mais continue de fournir ses moteurs aux trois équipes clientes en 1986.
1989 : le retour de Renault comme motoriste
Thierry Boutsen (Williams FW12C Renault)
Photo de: Motorsport Images
Renault revient en F1 avec Williams, en passant de son ancien V6 turbo à un V10 atmosphérique.
Thierry Boutsen et Riccardo Patrese abandonnent tous deux au Grand Prix inaugural de Jacarepaguá, victimes de problèmes techniques. Mais Boutsen remportera deux courses cette saison-là.
En 1990, les deux pilotes ajoutent encore deux victoires, avant que Nigel Mansell - arrivé à la place du Belge - ne devienne le principal rival d'Ayrton Senna. Aux commandes de la FW14 dessinée par Adrian Newey, il signe cinq victoires et trois deuxièmes places en 1991.
1992 : Mansell offre à Renault son premier titre
Nigel Mansell (Williams-Renault)
Photo de: Motorsport Images
En 1992, Renault étend son portefeuille d'équipes en ajoutant Ligier, mais c'est Williams qui domine la saison avec trois doublés Mansell-Patrese lors des trois premiers Grands Prix. Nigel Mansell remporte les cinq premières courses et est sacré champion du monde dès le Grand Prix de Hongrie, à la mi-août.
1993 : Prost décroche une quatrième couronne historique
Alain Prost (Williams-Renault)
Photo de: Sutton Images
La domination de Williams se poursuit en 1993, avec Alain Prost remplaçant Nigel Mansell.
Le Français se débarrasse aisément de ses rivaux, remportant sept des dix premiers Grands Prix et accumule plus de points que quiconque sur l'ensemble de la saison. Quelques incidents - un moteur calé en Hongrie et une panne à Monza - retardent sa consécration officielle jusqu'au Grand Prix d'Estoril, fin septembre.
1994 : Hill échoue face à Schumacher après la mort de Senna
Damon Hill (Williams FW16B Renault)
Photo de: Motorsport Images
Prost prend sa retraite à la fin de la saison 1993, ouvrant la voie à Ayrton Senna, qui rejoint Williams après des années difficiles chez McLaren. Mais la légende brésilienne perd tragiquement la vie lors du Grand Prix de Saint-Marin.
L'inexpérimenté Damon Hill hérite alors du rôle de leader de l'équipe au volant de la FW16, performante mais délicate. Il perd le titre dans un accrochage controversé avec son rival au championnat, Michael Schumacher, à Adélaïde - une course remportée par le revenant Mansell. Malgré tout, Williams-Renault conserve le titre constructeur.
1995 : Schumacher décroche un deuxième titre consécutif avec Benetton
Michael Schumacher (Benetton-Renault)
Photo de: Motorsport Images
En 1995, Benetton passe des moteurs Ford-Cosworth aux moteurs Renault, ce qui fait de la marque française le propulseur des deux voitures les plus rapides de la saison. Benetton et Williams remportent 16 des 17 Grands Prix, tandis que Jean Alesi offre à Ferrari sa seule victoire de l'année à Montréal, le jour de son anniversaire, profitant d'un problème tardif de boîte de vitesses pour Schumacher.
Le pilote allemand remporte néanmoins le titre sans grande difficulté, s'imposant lors de plus de la moitié des courses.
GP de France 1996 : le quadruplé historique de Renault
Damon Hill en tête (Williams-Renault)
Photo de: Getty Images
La domination des équipes motorisées par Renault, malgré le déclin de Benetton, culmine lors du Grand Prix de France 1996. Williams signe un doublé avec Damon Hill en tête devant le rookie Jacques Villeneuve, suivi des Benetton d'Alesi et Gerhard Berger, offrant un quadruplé historique pour les moteurs Renault.
Williams retrouve la gloire au championnat, avec Damon Hill sacré champion du monde des pilotes et l'équipe remportant 12 des 16 courses de la saison.
1997 : Villeneuve sacré dans la controverse, Renault quitte à nouveau la F1
Jacques Villeneuve (Williams-Renault FW19)
Photo de: Motorsport Images
La dernière monoplace dessinée par Adrian Newey pour Williams n'a pas la domination de sa devancière, et Ferrari, sous la houlette de Jean Todt, est en pleine ascension. La saison 1997 se résume à un duel serré entre Jacques Villeneuve et Michael Schumacher. Le Canadien l'emporte lors de la dernière course à Jerez, où Schumacher percute la Williams dans une tentative ratée de le sortir de la piste.
Dès juin 1996, Renault décide de quitter la F1 à l'issue de la saison 1997, estimant que son succès constant ne génère plus de retombées marketing suffisantes. Ses moteurs continuent toutefois d'être utilisés sous différents noms : Mecachrome (Williams, 1998), Supertec (Williams et BAR, 1999 ; Arrows, 2000) et Playlife (Benetton, 1998-2000). Même vieillissant, le moteur décroche une pole et 12 podiums en trois ans.
2002 : Renault revient en tant que constructeur à part entière
Jenson Button (Renault R202) aux côtés de son coéquipier Jarno Trulli.
Photo de: Motorsport Images
Renault rachète l'écurie Benetton en mars 2000, fournit à l'équipe son nouveau moteur V10 pour 2001, puis rebaptise officiellement l'écurie Renault à partir de 2002. Son premier Grand Prix à Melbourne se termine par un double abandon : Jenson Button est impliqué dans le chaos du premier tour tandis que Jarno Trulli sort de la piste quelques tours plus tard.
Renault termine quatrième au championnat, mais ne marque que 23 points et ne monte sur aucun podium.
GP de Hongrie 2003 : Alonso remet Renault au sommet
Fernando Alonso (Renault)
Photo de: Rainer Schlegelmilch / Getty Images
Renault progresse rapidement en 2003. Fernando Alonso et Jarno Trulli verrouillent la première ligne en Malaisie, puis le jeune Espagnol remporte le Grand Prix de Hongrie depuis la pole position, tandis que Mark Webber (Jaguar), qui avait pris la deuxième place au départ, ralentit le peloton derrière lui.
Lorsque Kimi Räikkönen parvient enfin à dépasser Webber, il accuse déjà plus de 20 secondes de retard sur Alonso, qui termine 17 secondes devant le Finlandais.
2005 : Alonso devient le plus jeune champion du monde de F1
Fernando Alonso sacré champion du monde en 2005
Photo de: Steve Etherington / Motorsport Images
Renault remporte encore une victoire avec Jarno Trulli au Grand Prix de Monaco 2004 avant de devenir un véritable prétendant au titre avec la R25.
La McLaren MP4-20 de Kimi Räikkönen est plus rapide mais moins fiable, ouvrant la voie à Alonso pour s'assurer le titre à Interlagos, tandis que Renault décroche le titre constructeurs lors de la dernière course de la saison à Shanghai.
2006 : Alonso bat Schumacher dans un duel fascinant
Fernando Alonso et Michael Schumacher
Photo de: Sutton Images
Ferrari revient au sommet en 2006, lors d'une saison très disputée où Schumacher réduit progressivement l'avance initiale d'Alonso, Renault perdant légèrement en compétitivité, notamment à cause de l'interdiction des mass-dampers par la FIA - une sorte de "troisième suspension" permettant à la voiture d'être plus stable.
Les deux prétendants au titre arrivent à égalité de points pour l'avant-dernier Grand Prix à Suzuka. Schumacher mène jusqu'à la panne de son moteur, offrant à Alonso une avance de 10 points. Même si le septuple champion du monde gagne au Brésil, Alonso n'a besoin que d'un point : il termine deuxième à Interlagos, Schumacher quatrième après un pneu crevé.
Renault remporte le titre constructeurs avec seulement cinq points d'avance sur Ferrari.
GP de Singapour 2008 : Alonso gagne, mais le "Crashgate" ternit Renault
Nelson Piquet Jr accidente volontairement sa Renault R28 dans le mur à Singapour.
Photo de: Sutton Images
Le passage de la F1 à de nouvelles règles techniques et à un fournisseur unique de pneus, Bridgestone, ne profite pas à Renault, qui utilisait auparavant les Michelin. La saison 2007 se résume à un seul podium, signé Heikki Kovalainen, avant qu'Alonso ne fasse son retour aux côtés de Nelson Piquet Jr après son expérience écourtée chez McLaren.
Avant le Grand Prix de Singapour, Renault occupe la cinquième place du championnat, à égalité de points avec Toyota, quatrième, et nourrit de grands espoirs pour la course de Marina Bay. Mais un problème technique empêche Alonso de réaliser un temps en Q2, le reléguant à la 15e position sur la grille.
Le directeur d'équipe Flavio Briatore et l'ingénieur en chef Pat Symonds élaborent alors un plan : Alonso entre aux stands au 12e tour, tandis que son coéquipier Piquet percute le mur au 14e tour, déclenchant la voiture de sécurité. À l'époque, la pitlane restait fermée tant que toutes les voitures n'étaient pas regroupées derrière le Safety Car. Alonso se retrouve alors en tête lorsque tout le monde s'arrête, et remporte la course. La supercherie ne sera révélée qu'un an plus tard, entraînant le retrait précipité et honteux de Renault de la F1.
2010-2013 : Vettel et Red Bull offrent les derniers titres à Renault
Sebastian Vettel (Red Bull RB9 Renault)
Photo de: Andy Hone / Motorsport Images
Red Bull utilise les moteurs Renault à partir de 2008, ces motorisations étant également montées chez Lotus/Caterham dès 2011 et chez Williams en 2012.
Red Bull domine la F1 pendant quatre ans, avec Sebastian Vettel qui remporte quatre titres consécutifs - deux d'entre eux, en 2010 et 2012, s'avérant particulièrement serrés. Les voitures motorisées par Renault enregistrent 44 victoires en 77 Grands Prix (41 par Red Bull, deux par Lotus et une par Williams).
2014 : Renault peine lors du passage aux moteurs hybrides
Pastor Maldonado (Lotus-Renault)
En 2014, la F1 adopte les moteurs V6 turbo hybrides. Tous les motoristes rencontrent des problèmes de fiabilité, mais Mercedes domine tandis que Renault souffre.
La marque française décroche toutefois les trois seules victoires hors Mercedes, grâce à Daniel Ricciardo au Canada, en Hongrie et en Belgique avec Red Bull. Toro Rosso, Lotus et Caterham ne se hissent que rarement dans les points.
2016 : Renault revient en tant que constructeur
Kevin Magnussen (Renault RS16)
Photo de: Sutton Images
Renault fait son retour en F1 en 2016, avec pour objectif de monter sur les podiums dès 2018 et de viser le titre en 2020.
La saison 2016 rapporte seulement huit points. Les années suivantes sont légèrement meilleures, avec un podium en 2019 et quelques autres en 2020, loin des ambitions initiales. Entre-temps, Caterham disparaît, Red Bull et Toro Rosso passent chez Honda, et McLaren revient chez Renault, devenant rapidement plus compétitive que l'équipe d'usine.
GP de Hongrie 2021 : Ocon offre la dernière victoire à Renault
Esteban Ocon vainqueur en Hongrie avec Alpine en 2021
Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images
En 2021, l'écurie Renault devient Alpine, marque détenue par le constructeur français, sans autres voitures motorisées par Renault.
Peu avant que le PDG d'Alpine, Laurent Rossi, ne lance son ambitieux et malavisé plan de "100 courses pour atteindre le sommet de la F1" (114 Grands Prix après la mise en place de cet objectif, Alpine termine dernier du championnat des constructeurs en 2025), Esteban Ocon remporte un Grand Prix de Hongrie mémorable.
Le Français profite d'un accrochage au premier virage pour mener la course de bout en bout, soutenu par la résistance acharnée de son coéquipier Fernando Alonso face à un Lewis Hamilton renaissant.
2025 : Renault renonce à son histoire
Pierre Gasly (Alpine A525)
Photo de: Mark Sutton / Formula 1 via Getty Images
Malgré l'opposition de l'usine de Viry-Châtillon, le PDG de Renault, Luca de Meo (aujourd'hui parti de l'entreprise), décide de passer aux moteurs Mercedes pour 2026, mettant fin de manière peu glorieuse à une histoire de près de cinquante ans, avec une équipe reléguée dans le bas du classement et enregistrant certains des pires résultats de son histoire.
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