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Analyse

Comment la crise de Honda en F1 pourrait impacter le programme MotoGP

Les faiblesses du moteur de Formule 1 de Honda qui handicapent actuellement Aston Martin pourraient avoir un impact direct sur le programme du constructeur japonais en MotoGP. Depuis cinq ans, en effet, le HRC supervise à la fois les courses auto et moto.

Joan Mir, Honda HRC

Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Il y a indéniablement des avantages au fait de figurer parmi les dix plus grands constructeurs d'auto-moto dans le monde. Cela assure à Honda une évidente solidité financière et la marque en tire également une certaine liberté d'action en pouvant, par exemple, se tenir quelque peu à l'écart des tensions apparues ces derniers mois entre la MSMA (l'association des constructeurs MotoGP) et le promoteur du championnat dans les négociations du nouvel accord commercial qui les liera de 2027 à 2031.

Comme souvent, cependant, la réalité n'est pas aussi simple. Car faire partie d'un aussi grand groupe peut aussi exposer à des problèmes extérieurs à sa sphère d'influence immédiate, et c'est ce que l'on constate aujourd'hui pour la division moto du HRC, alors que l'incendie que Honda doit éteindre le plus urgemment fait rage en Formule 1.

Aston Martin se trouve en effet dans une situation extrêmement compliquée en raison de l'unité de puissance de sa AMR26, fournie par Honda depuis cette saison. Alors que la saison de F1 a débuté le week-end dernier en Australie, l'écurie britannique a exposé ses problèmes sur la place publique.

L'ingénieur star Adrian Newey, recruté par Lawrence Stroll pour mener Aston Martin au sommet, a ouvertement mis en lumière les faiblesses du moteur, en expliquant la cause profonde des problèmes de fiabilité ayant empêché l'écurie de boucler son programme d'essais hivernaux. Durant ces six jours, ses deux monoplaces n'ont parcouru que 2 115 km, contre 21 544 km pour les blocs Mercedes (avec huit voitures) et 16 116 km pour les blocs Ferrari (avec six voitures).

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Newey a pointé de fortes vibrations en provenance de l'unité de puissance, et il est allé loin dans ses propos en admettant : "L'aspect le plus inquiétant est que les vibrations sont transmises aux doigts du pilote, avec le risque de provoquer des lésions permanentes aux nerfs." Les pilotes ont eux aussi publiquement reconnu l'ampleur du problème, à l'image de Lance Stroll qui a dit au sujet de ses sensations : "[C'est] peut-être comme se faire électrocuter sur une chaise, pas loin."

Sans surprise, ni le Canadien ni son coéquipier Fernando Alonso n'ont réussi à terminer cette course d'ouverture de la saison en étant classés. Et alors que la F1 se tourne à présent vers Shanghai, pour un second Grand Prix dès cette semaine, Honda se contente pour l'instant d'encaisser les critiques sans chercher à atténuer les dommages potentiels à son image et à sa réputation.

Fernando Alonso (Aston Martin Racing)

Un premier Grand Prix galère pour Fernando Alonso (Aston Martin Racing).

Photo de : Mark Horsburgh / LAT Images via Getty Images

Bien que l'on tienne pour acquis que l'alerte a été donnée au siège du HRC à Sakura afin de trouver une solution au plus vite, une autre branche du département compétition se prépare déjà aux dommages collatéraux de cette crise qui sévit en F1.

"En MotoGP, cela aura forcément un impact", a déclaré à Motorsport.com un cadre de Honda en lien direct avec les divisions deux et quatre roues. "Nous partageons la même structure que la F1, et les efforts les plus immédiats vont se concentrer sur la résolution de ce problème."

Deux programmes sous une même structure

Même les performances relativement bonnes du département moto de Honda - qui contrastent avec le ralentissement général affectant le secteur automobile - pourraient ne pas suffire à conforter les arguments des patrons du MotoGP, Yuzuri Ishikawa et Taichi Honda, une fois qu'Hikaru Tsukamoto aura quitté ses fonctions le 1er avril.

"La culture d'entreprise très particulière au Japon fait qu'il est très rare qu'un subordonné remette en question un ordre venant de sa hiérarchie", nous explique une source habituée à travailler avec les équipes japonaises.

Ironie du sort, cette crise en F1 survient au moment même où Honda commence à montrer des signes évidents de progrès en MotoGP, du moins si l'on en croit les chiffres. Il s'agit du constructeur ayant le plus progressé la saison dernière, avec 35% de points marqués en plus par rapport à 2024 et des résultats lui ayant permis de sortir de la plus basse catégorie des concessions.

Koji Watanabe, Hikaru Tsukamoto

Koji Watanabe et Hikaru Tsukamoto

Photo de : Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images

Il y a deux semaines, lors de la manche d'ouverture de la saison MotoGP en Thaïlande, un Joan Mir particulièrement combatif se battait face à la Ducati de Fabio Di Giannantonio pour la cinquième place avant que son pneu arrière ne cède à cinq tours de l'arrivée.

Porté par cette dynamique positive, et alors que le nouveau règlement technique attendu pour 2027 pourrait faire naître une nouvelle hiérarchie, il est compréhensible que le staff MotoGP de Honda soit inquiet quant aux décisions que pourrait prendre la direction du HRC dans le but de démêler la situation complexe qui se dessine actuellement en Formule 1.

La plus grande responsabilité incombe au président du HRC, Koji Watanabe. C'est sous sa direction, que Honda a décidé, en 2022, de regrouper ses programmes de compétition deux et quatre roues au sein d'une structure unique. Le but était alors d'optimiser les ressources et de créer des synergies techniques, notamment pour soutenir le MotoGP, alors en proie à une profonde crise de compétitivité.

"Nous avons commencé à utiliser les installations du HRC à Sakura [un centre de développement pour les moteurs, les unités de puissance et les châssis de F1 et d'autres autos, ndlr] pour nos projets deux roues également. Le fait que les divisions moto et auto travaillent ensemble est très bénéfique", expliquait Koji Watanabe à Motorsport.com en octobre 2024.

Mais, à l'époque, Red Bull filait vers un quatrième titre mondial consécutif avec Max Verstappen - propulsé par des moteurs Honda - un contraste saisissant avec l'épreuve que traverse actuellement Aston Martin. Les temps changent...

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