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Comment se porte le MotoGP avant son 1000e Grand Prix

Le MotoGP célèbre en France le 1000e Grand Prix depuis la création du Championnat du monde en 1949. La catégorie se porte probablement mieux que jamais en piste, mais doit surmonter des défis quant à son identité et sa popularité.

Francesco Bagnaia, Ducati Team

Parmi tous les circuits où l'on aurait pu célébrer le 1000e Grand Prix de l'Histoire, Le Mans est l'un des meilleurs, surtout si l'on compare avec la Formule 1, qui a atteint ce cap à Shanghaï en 2019. Le circuit Bugatti est chargé d'histoire et de passion pour les sports mécaniques et ce lieu symbolique est idéal pour se replonger dans le passé mais aussi penser à l'avenir du championnat.

Les Grands Prix ont beaucoup évolué depuis la toute première épreuve comptant pour le Championnat du monde, une course de 350cc dans le cadre du TT de l'Île de Man le 13 juin 1949, qui ne ressemble en rien à ce que j'ai vu depuis la fenêtre de la salle de presse du Mans ce week-end. Il est bon de se remémorer cette époque mais aussi souligner qu'il est préférable que tout cela appartienne au passé. Le Championnat du monde que nous connaissons aujourd'hui est beaucoup plus rapide et beaucoup plus sûr.

"Ce qui est beau aujourd'hui, c'est que nous avions cette même tension mais avec en plus l'idée de la mort", a déclaré Giacomo Agostini, légende des Grands Prix, à Motorsport.com. "Malheureusement, quand nous tombions, les dégâts étaient plutôt graves que légers. Aujourd'hui, heureusement, on peut tomber, se relever, repartir et continuer. Ça, pour moi, ça a été la grande évolution en termes de sécurité."

La catégorie est également beaucoup plus populaire et accessible aujourd'hui qu'elle ne l'était en 1949. Mais, alors que le MotoGP dispute son 1000e GP, les membres du paddock ont deux idées en tête : le spectacle reste fantastique mais le championnat a perdu en popularité à l'échelle internationale ces dernières années. "Il s'est passé quelque chose d'un peu spécial avec moi, parce qu'il y a beaucoup de gens qui ne suivaient pas les motos et qui sont devenus fans, à la fois en Italie et dans le reste du monde", a déclaré Valentino Rossi au GP d'Espagne, le 999e Grand Prix.

"Maintenant, disons que le niveau de popularité du championnat est revenu à la normale, au stade où il était avant mon arrivée. On cherche des formules, comme les sprints, pour attirer plus de monde, mais sur le plan sportif, je pense que le championnat fonctionne. C'est excitant de regarder les courses MotoGP, que ce soit depuis les tribunes ou à la télévision."

Valentino Rossi, Petronas Yamaha SRT

La retraite de Valentino Rossi fin 2021 a été un moment clé de l'Histoire récente du MotoGP

Le déclin de la popularité du MotoGP n'est pas passé inaperçu aux yeux de la Dorna, promoteur du championnat, ni de son propriétaire Bridgepoint. Jerez et Le Mans sont malheureusement des exceptions en ce qui concerne l'attrait du MotoGP. Le 1000e Grand Prix devrait se dérouler à guichets fermés avec plus de 110 000 spectateurs sur cette seule journée de dimanche. L'an passé, Le Mans a accueilli 225 000 spectateurs au cours du week-end, à peine moins que le Sachsenring et ses 232 202, le chiffre le plus élevé dans les données dont dispose la Dorna, depuis 2006.

Mais prenons l'exemple de Jerez : en 2015, 243 570 personnes se sont déplacées tout au long du week-end alors qu'en 2016, ce nombre est tombé à 120 255. Il est remonté à 129 890 en 2017, a continué à croître pour atteindre 144 771 en 2018 et 151 513 en 2019, avant de retomber à 123 101 en 2022 puis de remonter à 163 479 en 2023.

Il y a des facteurs externes à prendre en compte, comme la pandémie qui a éloigné les spectateurs des circuits pendant près de deux ans, et la crise économique qui a suivi le COVID-19 et a changé les habitudes de consommation. Mais en F1, le GP de Miami a accueilli 270 000 spectateurs cette année et le billet le moins cher était facturé 590 dollars (540 euros au taux de change actuel). Au Mans, une place pour une entrée générale durant trois jours coûtait 98 euros, avec accès gratuit pour les moins de 16 ans accompagnés d'un adulte détenteur d'un billet.

Au Mugello, le même billet est proposé à 160 euros, 109 en Allemagne et 100 livres (114 euros) en Grande-Bretagne. On ne peut pas dire que le MotoGP est inaccessible, mais de nombreuses épreuves peinent à attirer le public.

Les retraites des superstars Valentino Rossi, Jorge Lorenzo et Dani Pedrosa, ainsi que les blessures répétées de Marc Márquez ces dernières années, n'ont pas aidé. Mais le spectacle sur la piste reste aussi imprévisible, avec des courses sprint animées qui ont enrichi le programme le samedi. Durant les qualifications samedi, les 12 premiers se tenaient en 0"891, le top 3 en 0"137 et la pole s'est jouée pour 0"058. C'est désormais la norme en catégorie reine.

L'accès des supporters au championnat est un élément sur lequel travaille le nouveau responsable commercial Dan Rossomondo, auparavant vice-président des partenariats mondiaux et des médias de la NBA, car de nouvelles influences commencent enfin à pénétrer la Dorna.

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Malgré ses défauts, le fait que le MotoGP soit encore là, pour son 1000e Grand Prix, est à mettre au crédit de la Dorna. Lorsqu'elle a pris en charge les droits commerciaux en 1992, elle a progressivement rapproché la catégorie du grand public. Elle a permis au MotoGP de surmonter la crise financière de 2008 et a contribué à améliorer la compétitivité du championnat, à commencer par la mise en place du règlement CRT en 2012, qui a permis d'augmenter le nombre de pilotes sur la grille avec des motos moins coûteuses, avant d'imposer un système électronique commun pour uniformiser les règles du jeu entre équipes d'usine et formations satellites.

Dorna a apporté une aide financière aux équipes indépendantes pour les aider à rester compétitives, les a guidées pendant la crise du COVID-19, et, jusqu'à cette année, avait six constructeurs victorieux sur la grille.

Il est évident que le MotoGP n'est pas au meilleur de sa forme aujourd'hui. L'arrivée des courses sprint et la création de documentaires pour attirer un nouveau public sont de bonnes idées, mais qui ne viennent pas du MotoGP. Le championnat donne l'impression de vouloir copier les recettes de la F1 pour attirer un plus large public et pour le moment, cela ne fonctionne pas.

L'arrivée de Dan Rossomondo aidera la catégorie à comprendre beaucoup de choses sur son propre fonctionnement. Même s'il n'hésitera pas à copier les bonnes idées venues d'ailleurs, il souhaite s'assurer que le MotoGP soit perçu comme une discipline à part entière.

Incontestablement, la volonté d'attirer un nouveau public déplaira forcément à certains des passionnés de longue date et le sempiternel "c'était mieux avant" n'est pas prêt de disparaître. Mais après 1000 GP, nous pouvons affirmer que si le MotoGP n'a pas le statut qui devrait être le sien, ses courses restent exceptionnelles.

"Certains diront qu'ils aiment les deux-temps, d'autres les quatre-temps, d'autres encore les années 90... C'est difficile", a déclaré Aleix Espargaró, qui a pris part à 30% des Grands Prix de l'Histoire, au sujet de l'état actuel du MotoGP. "Ce ne sont que des opinions et chacun a la sienne."

"C'est sûr que c'est différent, beaucoup de choses ont changé au fil des ans. Mais je pense que nous sommes à un bon moment au niveau de la technologie, également en ce qui concerne les pilotes. On veut toujours faire des comparaisons mais parfois c'est une erreur. Parfois, il faut simplement essayer de progresser et de profiter de ce que nous avons maintenant."

Avec Léna Buffa

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