Comment Yamaha exploite ses concessions, sans sentiment de fierté
Le directeur de l'équipe Yamaha avoue ne pas être fier de bénéficier de concessions permettant une grande liberté de développement, néanmoins la marque semble avoir adopté la bonne attitude pour les exploiter pleinement.
Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Alors que le MotoGP observe sa pause estivale et s'apprête à bientôt se lancer dans une seconde partie de championnat qui comptera 11 Grands Prix, soit un peu plus de la moitié du programme de l'année, Yamaha apparaît toujours en retrait, certes, mais avec des signaux encourageants semblant montrer que la courbe a commencé à s'inverser. "Nous allons mieux", confirme Massimo Meregalli, directeur de l'équipe, dans une interview accordée à l'édition allemande de Motorsport.com pendant la manche du Sachsenring.
Sans crier victoire pour le moment, le responsable italien traduit la volonté du constructeur aux trois diapasons d'utiliser les moyens à sa disposition, à commencer par les concessions dont le système a été complètement revu précisément pour permettre aux marques japonaises de relever la tête.
"Personne ne devrait être fier d'avoir les concessions", admet Massimo Meregalli, "mais nous essayons de les exploiter. Ce temps extraordinaire qu'il est possible de passer en piste est utile si vous avez du matériel à tester, et aussi si la météo est avec vous car nous avons été très malchanceux ! En gros, sur cinq jours de tests, nous n'en avons eu qu'un seul vraiment bon et c'était à Valence, la semaine avant Assen. Mais nous avons vraiment exploité cette journée autant que nous le pouvions et, à partir de ce test, nous avons pu apporter de nouvelles pièces dès Assen."
"À Valence, nous avons commencé à suivre une procédure que nous n'avions jamais utilisée et nous avons immédiatement apporté [les résultats] sur le week-end de course", poursuit Massimo Meregalli. "C'est aussi la nouvelle façon de faire, la nouvelle approche que nous essayons d'appliquer. Il est certain que les concessions nous donnent plus de travail, mais aussi la possibilité d'accélérer nos améliorations."
Les concessions permettent non seulement d'introduire un plus grand nombre d'évolutions, mais aussi de réaliser des tests avec les pilotes titulaires, ce que Yamaha a tenté de maximiser. Fin juin, lors du GP des Pays-Bas, cela a porté ses fruits puisque l'équipe a profité des essais réalisés la semaine précédente à Valence, le fameux test enfin préservé du mauvais temps, pour faire débuter en course un nouveau moteur jugé efficace. Une grande réactivité qui sert la marque, là où Honda a dû freiner son programme d'essais face à l'impossibilité de produire les pièces suffisamment vite pour la course et une grande prudence qui tend toujours à brider quelque peu les ingénieurs.
"Les concessions offrent plus de possibilités, mais aussi plus de travail à tout le monde", reprend Massimo Meregalli. "Et je dois dire que je suis vraiment fier de cette équipe et de ces pilotes parce que jusqu'ici, ils ne se sont jamais plaints. Peut-être aussi parce qu'ils ont commencé à voir des résultats et que ça les motive, mais nous fournissons vraiment tous de gros efforts, du Japon à l'Europe, et nous sommes tous concentrés dans la même direction. C'est exigeant et dur, c'est certain, mais les résultats viennent en récompense des efforts. Nous sommes encore loin, mais la voie est désormais tracée."
Fabio Quartararo (Yamaha Factory Racing)
Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images
Si Yamaha commence à se démarquer de Honda, ce n'est pas uniquement grâce à la liberté qu'offrent les concessions au règlement, mais précisément à la manière d'en user. Le constructeur d'Iwata a semblé mieux saisir que son rival numéro un le besoin de changer ses méthodes et d'adopter une philosophie plus proche de celle des marques européennes. Questionné pour savoir s'il note une progression en ce sens, Massimo Meregalli s'en dit convaincu : "Oui, clairement. Peut-être pas dans tous les départements, mais oui, clairement."
"Il y a un an et demi, nous avons commencé à travailler avec un ingénieur moteur européen [Luca Marmorini, ndlr]. Ensuite, nous avons entamé notre collaboration avec Dallara afin d'améliorer notre aérodynamique. Puis, nous avons pu embaucher deux ingénieurs, dont un spécialisé dans l'ergonomie en plus de Massimo Bartolini, qui est notre nouveau directeur technique."
Au sujet de ce dernier, Massimo Meregalli ne tarit pas d'éloges : "Pendant l'hiver nous avons pu embaucher de nouveaux ingénieurs et il y en a un en particulier, Massimo Bartolini, qui nous fournit un travail et un soutien extraordinaires. Il nous a apporté des références, mais aussi des idées et une façon de travailler différente."
Voilà qui fait écho aux compliments également exprimés par les pilotes, tout en traduisant ce changement d'approche de Yamaha, qui a voulu s'ouvrir à une dynamique plus européenne. "Cela fait partie de ce changement. Nous avons encore une marge d'amélioration sur ce point, mais je suis content parce que je peux dire que nous avons clairement fait un pas en avant", se félicite le directeur de l'équipe.
Les prochaines étapes du développement sont fixées
Sur cette base, Yamaha entend cueillir les fruits de son travail durant la seconde moitié du championnat, mais avec un sens des réalités malgré tout. "Nous sommes dans une meilleure situation que l'an dernier, c'est certain, même si les courses deviennent plus difficiles car la concurrence parmi les autres est plus rude. Mais nous voyons que nous progressons", note Massimo Meregalli. "Nous ne sommes probablement pas encore là où les autres sont, parce que l'on voit parfois clairement que nous sommes en difficulté là où les autres ne le sont pas."
"L'ambition est de commencer à figurer de manière très régulière dans le top 10 pendant la seconde partie du championnat. Car, objectivement, nous savons où nous nous situons, nous savons que ça n'est pas facile, et ce serait déjà remarquable."
Le directeur de l'équipe détaille d'ores et déjà les prochaines étapes telles qu'elles sont planifiées : "Le développement est planifié. Après l'Autriche, nous irons directement à Misano avec les pilotes d'usine. Nous devrions tester le package de la deuxième homologation aéro. S'il fonctionne, nous l'homologuerons pour les GP à Misano. Voilà pour l'aérodynamique."
"Ensuite, les choses restent ouvertes pour la spec moteur pour le moment. S'il y a la possibilité de faire un autre step, nous le ferons. Avec l'électronique, je m'attends à ce que nous commencions à évaluer différentes choses, que nous les gardions ou pas. Nous savons donc que nous n'allons pas nous ennuyer !"
Propos recueillis par Juliane Ziegengeist
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