Pedro Acosta, le "Superman" de KTM qui redéfinit le pilotage

Si l'intéressé reste relativement stoïque sur le sujet, le pilotage de Pedro Acosta intrigue en MotoGP. Mais quelles sont les spécificités de la nouvelle star de KTM ? Décryptage avec des rivaux décontenancés, et qui ne se sentent pas véritablement capables de le copier...

Pedro Acosta, Red Bull GASGAS Tech3

Photo de: GasGas Factory Racing

Les résultats de Pedro Acosta, exceptionnels pour un rookie, lui ont valu les louanges de ses pairs ces dernières semaines. Déjà à la lutte avec les leaders et meilleur représentant de KTM au championnat, l'Espagnol ne cesse d'épater par ses performances, mais ces dernières ne sont pas uniquement le signe d'un pilote déjà dans le coup, mais bien celles d'un homme qui apporte sa propre approche du maniement de la moto, très singulière sur la grille.

Peu loquace lorsqu'il est interrogé sur le sujet, avec des réponses souvent brèves afin d'éluder les débats, Acosta cherche même à nier des spécificités dans sa façon de contrôler la KTM. "On ne fait rien de différent des autres pilotes KTM", assurait-il à Jerez, précisant vouloir surtout apprendre des pilotes les plus expérimentés de la marque : "Jack [Miller] et Brad [Binder], vous ne pouvez pas imaginer l'expérience qu'ils ont sur la moto."

Si l'intéressé évite d'entrer dans le détail, ses patrons chez KTM sont dithyrambiques et décrivent un pilotage sans égal. "Le garçon est tout simplement incroyable", résumait Pit Beirer, grand patron de KTM Motorsports, interrogé par le site officiel du MotoGP à Jerez. "Ce qu'il fait avec notre moto est juste incroyable. Si on regarde ce qu'il fait dans les données, il pilote cette moto comme il le veut. Les autres pilotes ont du mal et il est sur la bonne voie."

"Même [le samedi en course sprint au GP d'Espagne] avec toutes les chutes, tout le monde se plaignait et il est juste revenu en disant 'Ouais, il y avait des zones humides, il ne fallait pas rouler dessus', il est très calme et il pilote ce qu'on aime tous, des motos. Il prend du plaisir et c'est rafraichissant pour nous. C'est notre Superman !"

Une "nouvelle façon d'entrer en courbe" selon Bagnaia

Mais que Pedro Acosta fait-il si différemment ?  Pour ses concurrents, le Champion en titre du Moto2 se distingue surtout par sa façon d'aborder les virages, avec des différences visibles dès le freinage, phase dans laquelle Brad Binder juge son futur coéquipier particulièrement impressionnant.

"Je glisse un peu, il glisse aussi quand il en a besoin mais il est très bon pour maintenir l'arrière en contact [avec le sol] et vraiment très bien arrêter la moto", a analysé le pilote KTM. "C'est l'un de ses gros points forts. Sa façon de piloter la moto est super propre, il ne fait pas beaucoup d'erreurs, il est vraiment précis. C'est une chose sur laquelle on doit travailler."

Pedro Acosta, Red Bull GASGAS Tech3

Pedro Acosta

Photo de: Rob Gray / Polarity Photo

Particulièrement fan du style amené par Pedro Acosta, Pol Espargaró juge la façon dont son jeune compatriote conserve de la vitesse dans les freinages est très difficile à reproduire. "Normalement, en arrivant à 130 m et en voyant qu'on est à 340 km/h, l'instinct est de freiner super fort, mais la façon dont il maintient l'accélérateur et freine... Chez Yamaha, j'ai vu Valentino [Rossi] qui gardait 20% de l'accélérateur en freinant, et c'est une chose que je n'ai jamais été en mesure de faire", a reconnu le pilote d'essais de KTM. "En fait, j'ai essayé une fois au Mugello et j'ai failli me tuer au premier essai parce que j'ai gardé les gaz en freinant ! Mais c'est dur à faire."

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Ce qui caractérise encore plus le pilotage d'Acosta est la séquence qui suit le freinage, avec une capacité à "jeter" la moto dans le virage. "Ce qu'il fait incroyablement bien, c'est qu'il plante le pneu avant et arrive à garder beaucoup de vitesse d'entrée, il garde un très bon rythme", a précisé Binder, affichant encore une volonté de s'inspirer de lui : "C'est sûr que c'est une chose sur laquelle il faut travailler."

Pour Pecco Bagnaia, cette approche des virages est totalement inédite. "Il apporte une nouvelle façon d'entrer en courbe, avec plus de vitesse d'entrée", a analysé le double champion du MotoGP. "Il fait la différence avec ça parce que dans la dernière partie du freinage, il arrive à faire tourner la moto. Il semble qu'il fait surtout une différence en entrée de courbe, pas seulement [au freinage] mais en entrant avec plus de vitesse."

"C'est clair, sa façon de faire tourner la moto est incroyable", a ajouté Nicolas Goyon, team manager d'Acosta dans l'équipe Tech3, qui voit son pilote profiter d'une grande confiance dans sa façon de solliciter le pneu avant : "La seule chose que l'on voit, c'est qu'il prend beaucoup d'angle sur la moto, il sollicite beaucoup le pneu avant mais je pense vraiment que c'est une question de confiance. Il a une très bonne confiance dans la moto, une très bonne confiance avec l'avant de la moto, c'est tout, sa façon de piloter fait la différence." 

Pour exploiter toute cette vitesse conservée en courbe, Acosta se permet d'utiliser chaque centimètre carré du circuit, ce qui marque aussi une différence avec les autres pilotes. "Ce qui m'a le plus choqué, c'est d'abord qu'il utilise toute la piste, de l'intérieur à l'extérieur", a détaillé Pol Espargaró. "C'est incroyable et c'est très difficile."

Pedro Acosta, Red Bull GASGAS Tech3

Pedro Acosta

Photo de: Rob Gray / Polarity Photo

Questionné sur cette spécificité de son pilotage, Acosta livre une réponse désarmante, estimant simplement faire le nécessaire pour tirer le meilleur de la KTM. "On voit que c'est une façon dont la moto aime être pilotée", a-t-il remarqué. "Au final, j'essaie de prendre le meilleur chez tout le monde et de l'assembler. Pour moi, c'est assez facile de copier ces choses, tour après tour. Quand tout est sous contrôle, je peux copier des choses. Il semble que la moto veut être pilotée comme ça, avec plus de douceur. C'est pour ça que les sensations sont assez bonnes."

Un pilotage impossible à reproduire ?

L'explication d'Acosta n'est peut-être pas aussi simple puisque les autres pilotes s'interrogent sur la façon de reproduire son style. Pour Pol Espargaró, c'est même presque impossible. En plus de l'aspect technique comme le freinage, le corps d'Acosta lui permet de piloter différemment. Espargaró fait une taille quasi identique à celle de celui qui lui a succédé chez Tech3, mais ils ont une morphologie très différente, si bien qu'un copié-collé de son pilotage lui parait inconcevable. "Il gère tous ces transferts [de masse] d'une façon [incroyable]", a analysé Espargaró. "Son corps, la façon dont il fait tourner la moto, c'est assez intéressant. Ces deux choses sont impressionnantes."

"Il a un corps qui fait qu'il a la partie supérieure du corps assez basse, ses bras aussi", a-t-il ajouté. "D'une façon ou d'une autre, il arrive à sortir de la moto d'une façon que je ne peux pas faire génétiquement parce que je suis plus court que lui. Même si je voulais essayer, je ne pourrais pas, mais sa façon de sortir son corps de la moto est assez unique. Je pense aussi que ça aide pas mal à faire tourner la moto en milieu de courbe." 

Il y a des barrières que l'on ne peut pas dépasser, qui vont plus loin que le talent et l'effort. Pedro a une façon de piloter qui ne peut pas être copiée.

Jack Miller s'était dit impressionné par la capacité de Pedro Acosta à "sortir" de la moto pour se rapprocher du sol. "Je dois retourner faire du Pilates !" s'amusait-il en début de saison, ne se sentant pas capable de faire la même chose. Mais selon Pol Espargaró, ces particularités relèvent de l'inné et il est vain de tenter de reproduire le pilotage d'Acosta.

"Si on parle de critères intellectuels, Acosta est un génie", a-t-il confié au podcast de l'édition espagnole de Motorsport.com. "Ce que Pedro fait ne peut pas être copié. Lors du Shakedown en Malaisie, pendant la pré-saison, sa façon de transférer les masses sur la moto, de freiner... On ne peut pas apprendre ces choses. Au fil des ans, on réalise que les styles de pilote évoluent, et on réalise qu'il y a des barrières que l'on ne peut pas dépasser, qui vont plus loin que le talent et l'effort. Pedro a une façon de piloter qui ne peut pas être copiée."

Pedro Acosta, Red Bull GASGAS Tech3

Pedro Acosta

Photo de: Rob Gray / Polarity Photo

"Je suis d'accord avec Jack : peu importe les efforts, Brad ou aucun autre pilote d'usine qui essaiera de copier Acosta n'y arrivera pas, c'est impossible. Pedro a un pilotage unique, une façon unique de faire tourner la moto avec son corps, qui lui est propre."

Je suis certain qu'il va continuer à devenir plus rapide, ce qui est effrayant pour nous, mais on a beaucoup de chance parce qu'on peut étudier les données.

Et Acosta a beau être le nouveau venu dans le clan KTM, les pilotes de la marque cherchent à analyser ses spécificités. "Je pense qu'il fait un travail irréel", a jugé Binder. "C'est cool d'avoir une personne de plus à qui se comparer, aussi parce que nos réglages sont assez différents.

"Il apprend incroyablement vite, comme on l'a tous vu", constatait de son côté Miller au micro de Canal+ à Jerez, avant de savoir qu'il devrait lui céder sa place en 2025. "Je suis certain qu'il va continuer à devenir plus rapide, ce qui est effrayant pour nous, mais on a beaucoup de chance parce qu'on peut étudier les données, essayer de comprendre et d'apprendre de lui. On apprend de lui aussi bien que possible." 

Acosta, lui, reste loin de ces débats et cherche surtout à adapter sa façon de piloter aux besoins du MotoGP, où l'aérodynamique et l'électronique ont plus de place que dans les autres catégories. "C'est sûr que j'ai changé des choses, mais pas tant", a-t-il expliqué au sujet de son adaptation, précisant que mesurer le chemin parcouru "n'est pas [son] travail" et qu'il préfère chercher des pistes de progrès, toujours avec la même limpidité : "On se concentre surtout pour voir quelles sont les priorités durant un week-end de course et ce dont on a besoin pour être rapides." 

"Tous les jours, vous avez vu depuis le Qatar que je suis beaucoup plus doux, que je me fais moins de frayeurs pendant les séances", a-t-il souligné. "J'ai l'impression que je ne fais qu'un avec la moto. On progresse."

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