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MotoGP GP de Grande-Bretagne

Pol Espargaró épuisé par son retour en piste

Pol Espargaró admet avoir ressenti une grande fatigue mentale après avoir fait son retour au guidon de sa MotoGP, vendredi à Silverstone. Devant combattre sa peur de la chute, il a aussi dû réhabituer son corps meurtri au pilotage de son bolide. Une journée exténuante pour lui.

Pol Espargaro, Tech3 GASGAS Factory Racing

Le plus dur est passé pour Pol Espargaró, qui a bouclé sans encombre la première journée d'essais du Grand Prix de Grande-Bretagne, vendredi. Le pilote espagnol avait été accidenté dès la journée d'ouverture de la manche portugaise, au lancement du championnat fin mars, et il a ensuite dû prendre le temps de bien récupérer en pansant de multiples blessures. Il attendait donc le verdict de la piste avec une grande nervosité.

S'il s'est dit "énormément" soulagé d'avoir passé cette journée, cela n'a clairement pas été une partie de plaisir pour lui. "Ça a été très, très stressant. Je crois que ça a été l'une des journées les plus stressantes de toute ma carrière !" témoignait-il, vendredi soir.

La difficulté principale a été mentale, Espargaró expliquant avoir été pris d'un gros coup de fatigue après l'expérience de la première séance, tant son cerveau a été mis à mal par ce qu'il a eu à gérer. "Sur cette piste rapide, où l'on change de direction à une vitesse tellement haute, mon cerveau n'était pas aussi rapide que tout ce qui arrivait. Je voulais en faire plus, mais aux premiers essais en particulier, mon cerveau n'était pas encore prêt, il ne fonctionnait pas assez vite pour toutes les informations que je recevais. On réalise alors à quel point cette moto est rapide et à quelle vitesse tout arrive. C'est dingue, dingue !" a-t-il expliqué.

"Mentalement, je suis détruit parce que c'est comme si on s'en demandait beaucoup sans en être capable", a-t-il poursuivi, avouant sans peine la peur qu'il a eu à affronter en reprenant le guidon. "Ce n'est pas seulement une question de pilotage. Je dois faire face à certains moments où j'ai l'impression que je vais partir en highside, et beaucoup de choses viennent alors à l'esprit qu'il faut bloquer. Ce n'est pas facile du tout. Et puis quand j'ai fait un tour rapide − enfin, plus ou moins rapide − Bezzecchi a fait un highside devant moi alors que j'étais sur le point de me lancer dans mon tour. Dans ces moments-là, il faut faire face à ses inquiétudes et ce n'est pas facile du tout."

Je ne dors jamais entre les séances et là j'ai dû faire une sieste d'une heure entre les séances parce que j'étais épuisé. Mon cerveau était fini.

Pol Espargaró

"J'ai eu du mal dans le tour de sortie, surtout avec ce pneu dur et le vent froid. J'avais du mal à sentir le pneu dans le tour de sortie. Or, ma chute est arrivée dans un tour de sortie, c'est quelque chose qui est très clair [dans mon esprit], et Bezzecchi aussi a eu une énorme chute dans son tour de sortie. Je ne voulais donc pas faire d'erreur. Heureusement, ça allait plutôt bien avec le pneu tendre. Par contre, avec le pneu dur que j'ai essayé ce matin, quand je suis rentré au stand et que je suis ressorti, il fallait que je pousse pour le faire monter en température, mais je ne l'ai pas fait. J'ai fait deux tours et je suis rentré sans faire de time attack parce que j'avais peur."

"C'est quelque chose qui va venir en roulant", a ajouté Pol Espargaró, qui pour le moment, a dû y aller graduellement. "Ce matin, […] j'étais détruit, franchement. Je ne dors jamais entre les séances et là j'ai dû faire une sieste d'une heure entre les séances parce que j'étais épuisé. Mon cerveau était fini. Cet après-midi, c'était plus naturel, mais physiquement, je n'arrivais pas à faire les changements de direction suffisamment vite. Heureusement, la moto est une fusée !"

Pol Espargaro, Tech3 GASGAS Factory Racing

Pol Espargaró a fini la journée en bas de classement, mais l'essentiel était ailleurs.

Depuis plus de quatre mois, Espargaró n'avait pratiquement pas reproduit d'effort comparable à celui du pilotage d'une MotoGP. S'il avait repris le guidon de sa KTM RC16 le mois dernier, c'était pour une simple démonstration à Goodwood, beaucoup moins exigeante physiquement que les 33 tours qu'il a bouclés aujourd'hui à Silverstone.

Impatient de s'y remettre malgré son inquiétude, il a été soulagé de rapidement constater qu'il n'avait pas réveillé de douleurs préoccupantes malgré les fractures dont il a souffert, notamment aux vertèbres.

"Franchement, on était tous un peu dans l'expectative", a confirmé Hervé Poncharal au micro de Canal+ après la première séance, "parce que ça [faisait] depuis Portimão, c'est à dire fin mars, qu'il [n'avait] pas roulé sur une MotoGP. Il a fait un petit run à Goodwood mais c'était juste une petite ligne droite."

"Honnêtement, après les EL1, mon plus gros 'souci' et ce qu'on voulait surtout savoir, c'est s'il avait mal à la nuque, parce que c'était le premier commentaire quand il a commencé à rouler sur des motos de série, s'il était fatigué, s'il avait des problèmes de ressenti sur la moto. Il m'a dit 'je me sens super bien, je j'ai eu aucune fatigue, aucune douleur'."

"Physiquement, je ne suis pas prêt"

La fatigue est donc venue après, en revanche le pilote espagnol n'a pas fait état de problèmes physiques particuliers liés à ses blessures. Son corps doit malgré tout se remettre à la hauteur. "Physiquement, je ne suis pas prêt", assurait le pilote à l'issue de la journée. "Il y a des muscles qui font que vous avez l'air super dans le miroir, bien pour les photos d'été, mais ensuite en arrivant ici vous réalisez à quel point c'est dur ! Et il y a des muscles que l'on n'entraîne qu'en roulant. C'est donc quelque chose qui demande du temps."

Si le pilotage est un peu moins physique sur le mouillé, l'Espagnol aimerait néanmoins du temps sec pour limiter les risques et aussi préparer le prochain Grand Prix, en Autriche, où il met un point d'honneur à réaliser une bonne performance. En attendant, il veut dissiper ses peurs petit à petit, à force de rouler. Il sera donc de retour en piste aujourd'hui pour la journée la plus intense, avec 30 minutes d'essais libres, les qualifications puis sa première course sprint au programme.

Quid du travail sur sa KTM ? "Honnêtement, je ne me suis absolument pas concentré sur les réglages", balayait-il vendredi. "Je n'ai rien changé entre la première et la deuxième séance. Je leur ai juste dit de me mettre des pneus neufs et de me laisser rouler. Je ne suis pas assez rapide pour ressentir ce que j'ai besoin de ressentir. Je ne veux rien changer, pas même pour être plus en confort. Il ne s'agit pas d'avoir du confort, mais d'être rapide. Je ne veux pas me sentir en confort, je veux être rapide, et il vaut mieux rester comme ça, comme les pilotes d'usine."

"Ça a été la journée la plus difficile pour moi. Je savais que j'allais souffrir, beaucoup, et ça a été le cas. J'étais super nerveux, j'avais énormément d'acidité dans l'estomac à cause du stress et de la tension. Demain, ce sera une meilleure journée", concluait Pol Espargaró vendredi soir, désormais tourné vers l'avenir plutôt que vers ses quatre derniers mois de souffrance.

Avec Vincent Lalanne-Sicaud

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