Razgatlioglu perdu et "en colère" contre une Yamaha trop limitée
À Austin, Toprak Razgatlioglu s'est agacé contre une Yamaha rétive dans les phases de freinage, et qui cumule des faiblesses dans de nombreux domaines face à la concurrence.
Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
Toprak Razgatlioglu fait ses débuts en MotoGP dans le plus difficile des contextes. Le Turc doit découvrir une catégorie avec des machines très différentes des Superbikes avec lesquelles il a fait l'essentiel de sa carrière et s'est forgé un riche palmarès, et il le fait sur une Yamaha elle-même en retrait et en plein développement, car conçue autour d'un tout nouveau V4.
Les essais hivernaux ont vite tourné à la désillusion pour Razgatlioglu, sans que l'on sache vraiment si son adaptation douloureuse est liée à son apprentissage du MotoGP ou aux soucis propres à la Yamaha. "On semble progresser à chaque week-end de course, mais le mauvais côté c'est qu'on ne le montre pas", a-t-il déploré à Austin.
Le petit point pris lors de la course principale, son premier dans le championnat, n'a pas vraiment redonné le sourire à Razgatlioglu. Le pilote Pramac a beau avoir devancé les autres pilotes Yamaha, les seuls auxquels il est pertinent de le comparer actuellement, dont un Fabio Quartararo qui s'est visiblement lancé dans des expérimentations infructueuses, il exprimait toujours une certaine confusion.
"Je ne comprends pas comment fait sa moto pour s'arrêter, parce que mon pneu avant n'arrête pas de se bloquer au freinage", expliquait Razgatlioglu après l'arrivée. "Je n'essaye plus de retarder mes freinages, sinon la moto ne s'arrête pas."
En début de week-end dans le Texas, Toprak Razgatlioglu a détaillé ces difficultés au freinage. Lui qui a quitté le WorldSBK avec une réputation de freineur redoutable, capable de ralentir sa moto tout en la malmenant jusqu'à faire soulever la roue arrière, il est actuellement incapable de faire la même chose avec la Yamaha. À Austin, les problèmes se sont principalement concentrés sur deux gros freinages, et l'incompréhension a alors tourné à l'agacement.
"Je fais toujours une erreur aux virages 11-12 parce que la moto ne s'arrête pas. Je ne sais pas pourquoi, on essaye de comprendre. Et dans le virage 12, après la ligne droite de retour, le pneu avant se bloque tout le temps au freinage, c'est très étrange. Il n'y a que ces deux virages ! Si je m'arrêtais [bien] dans ces deux virages, mon chrono serait nettement meilleur."
Toprak Razgatlioglu éprouve des difficultés au freinage avec la Yamaha.
Photo de: Gold and Goose Photography / LAT Images / via Getty Images
"Je suis très en colère contre la moto", reconnaissait Razgatlioglu. "Je ne sais pas pourquoi mais la moto ne s'arrête pas à ces endroits-là. J'arrivais en étant vraiment parfait. J'étais même à la limite parce que j'essayais de rester derrière Marc Márquez et Joan Mir, je poussais à la limite, mais j'ai besoin de pouvoir arrêter la moto."
"Normalement, je suis toujours fort pour ça, mais le package n'est pas prêt, je pense, parce que la moto ne m'aide pas, je ne m'arrête pas et on perd beaucoup de temps. Oui, je sais, je suis fort dans le premier secteur, mais ensuite on ne sait pas [pourquoi je le suis moins]. Et après, les virages 11 et 12 sont très mauvais."
La Yamaha cumule les faiblesses
Pour expliquer ces freinages compliqués, Toprak Razgatlioglu a décrit des difficultés à tous les échelons, que ce soit l'avant de la Yamaha, l'usure excessive du pneu arrière mais aussi la gestion du frein moteur par l'électronique.
"Le grip n'est pas suffisant à l'avant et quand je m'incline pour prendre un virage, on dirait qu'il faut mettre plus de poids sur l'avant mais je ne sais pas comment le faire. On pilote toujours sur l'arrière et ce n'est pas bon parce qu'après quelques tours, il commence à patiner, la moto ne tourne plus. Mais ils le savent et il faut juste trouver comment progresser. Je fais confiance à mon équipe."
"Dans certains virages, on a besoin de stopper la moto", a insisté Razgatlioglu. "Là, je perds le pneu avant quand je freine en bout de ligne droite. Il faut qu'on arrange ça."
Toprak Razgatlioglu (Pramac Racing)
Photo de: Yamaha
"Et, ensuite, même si c'est un peu mieux ici, il y a des virages où il faut qu'on se concentre plus sur le frein moteur. Parce que j'utilise le frein arrière, mais parfois pas suffisamment. Si je sens moins de frein moteur, l'arrière pousse sur l'avant, j'utilise le frein arrière et ça ne marche pas parce qu'il y a trop de grip ici, l'arrière pousse tout simplement."
Razgatlioglu reconnaît en faire parfois trop pour essayer de compenser le temps perdu, ce qui est rarement efficace : "Pourquoi est-ce que je suis tombé [en Essais] ? Parce que j'ai freiné un petit peu tard, j'essayais de réduire mon retard, mais dans la dernière partie la moto ne s'est pas arrêtée."
"Je poussais pour m'arrêter et prendre le virage, mais c'était facile de faire une erreur. Les autres pilotent de façon très fluide et facile, alors que je me bats avec la moto à chaque virage et à chaque freinage pour rester sur la trajectoire. C'est sûr, j'apprends, c'est bien pour l'avenir."
Et le freinage n'est pas le seul point faible de la Yamaha : "Il faut en faire plus que les autres, parce qu'ils ont un meilleur turning, un meilleur grip, ils attaquent, sur les freins aussi, parce qu'on essaie toujours de freiner tard pour revenir sur eux. Mais on perd surtout du temps en ligne droite et on essaie de revenir sur eux, c'est très difficile."
Toprak Razgatlioglu a constaté les faiblesses de sa moto à Austin.
Photo de: Steve Wobser / Getty Images
"J'ai suivi les Aprilia [en Essais] et ils font un écart de deux, peut-être trois dixièmes", a relevé Razgatlioglu. "C'est incroyable en ligne droite. Sur les trois premiers rapports, c'est parfait. Première, seconde, troisième – mais quand je passe la quatrième, l'Aprilia est vraiment forte."
Razgatlioglu semble donc désormais plus limité par sa moto que par un manque de maîtrise du MotoGP. Après le sprint du GP des Amériques, il a confié avoir découvert peu de choses sur le fonctionnement de la M1 mais avoir surtout pu mesurer les différences avec d'autres machines.
"On pilote à la limite, tout le monde le fait, et je n'ai pas appris beaucoup de choses mais j'ai juste compris où les autres marques, comme Ducati, sont rapides, dans quel virage, quel secteur. J'ai juste vu ça."
Avec Léna Buffa
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