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Interview

Martins, un choix "évident" pour Sinault : "Je suis sûr de mon coup"

Philippe Sinault n'est pas du genre à recruter un pilote sur sa seule pointe de vitesse. Quand on vient en endurance, il faut savoir adopter une approche de la course basée sur le partage autant que la performance, et c'est ce qu'il a perçue chez Victor Martins, qu'il va accompagner cette année dans ses débuts en WEC, avec Alpine.

#36 Alpine Endurance Team Alpine A424: Jules Gounon, Frédéric Makowiecki, Victor Martins

Photo de: Alpine

Les prochains jours verront les débuts en endurance de Victor Martins, jusqu'ici grand espoir de la monoplace. Le Francilien a derrière lui un joli bagage en Formule Renault, en F3 et en F2, ayant longtemps construit un parcours qui semblait être la voie royale vers la Formule 1. Mais à 24 ans, Martins a décidé, non pas de refermer définitivement ce chapitre, mais de saisir l'opportunité qui se présentait à lui en WEC où il compte bien poursuivre sa quête de performance.

Pour Philippe Sinault, qui mettait en avant lors de la présentation de l'Alpine A424 aux couleurs de 2026, des choix de line-up "actés et volontaires", le recrutement de Victor Martins s'est imposé naturellement. "Le choix de Victor a été assez évident", explique le team principal à Motorsport.com.

"On l'avait déjà identifié comme éligible au programme endurance, pas uniquement sur sa vitesse de pointe parce que, dans ce cas-là, je dirais que beaucoup de pilotes seraient éligibles, et notamment tous les pilotes issus de la F2. Mais c'est [aussi] sur son approche, sa personnalité et puis son niveau de carrière [que l'on] avait envie de travailler avec lui." 

"L'envie est plus liée à son niveau de performance et à sa personnalité, pour être tout à fait honnête. Mais après, il fallait qu'on se lève des doutes", poursuit le responsable de l'équipe, qui a voulu voir Martins dans le bain de l'endurance. Après avoir levé de premiers doutes lors de sa participation au Rookie Test, fin 2024, le patron de l'équipe a été particulièrement attentif à l'attitude du jeune pilote.

Au niveau où est l'endurance aujourd'hui, on ne peut pas y aller en dilettante.

"Ensuite, on a discuté beaucoup sur sa volonté, sur le fait qu'il accepte de mettre en stand-by sa carrière monoplace à très haut niveau pour pouvoir jouer pleinement le jeu de l'endurance, et non pas que ça soit à défaut ou en attente. Au niveau où est l'endurance aujourd'hui, on ne peut pas y aller en dilettante et se dire 'bon, ben, je suis là, en pause, et je vais voir', sinon on va se prendre une fessée collective", prévient Philippe Sinault.

"C'est aussi pour ça que le choix de Victor s'est fait, parce qu'il m'a affirmé sa volonté d'être dans un programme où il pourrait être performant, montrer son niveau de performance et surtout sa volonté d'aider une équipe. C'était déjà le cas quand il était en monoplace, mais c'est encore plus marqué aujourd'hui parce qu'il a des coéquipiers et qu'il doit partager son volant. Il y a un avenir commun qui doit s'écrire. Il a vraiment la personnalité pour ça."

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C'est ainsi que Victor Martins a séduit le patron de l'équipe Alpine et hérité de la place qu'occupait jusqu'alors Mick Schumacher, parti en IndyCar. Le Français a été placé aux côtés de Frédéric Makowiecki et Jules Gounon, qui se chargent de l'intégrer en bonne camaraderie.  

"À la fois après avoir parlé avec lui et après les premiers roulages, j'ai bien vu qu'on avait cette valeur-là, indispensable, qui est le partage", reprend Philippe Sinault. "C'est pour ça aussi que je l'ai mis avec Fred et Jules, qui vont le chaperonner idéalement. C'est le mariage de personnalités qui a fait qu'il soit plus sur la n°36 que la n°35. Mais ça, c'est comme un cuisinier qui a des ingrédients parfaits et qui fait son assaisonnement. Je suis sûr de mon coup, il est là où il faut."

Comment le patron de l'équipe accompagne-t-il ce début de relation au sein de l'équipage ? "On crée l'impulsion, mais après faut les laisser, il faut que ça se fasse naturellement. Quand on a des profils comme ceux de Fred, Jules ou Victor, ça se crée naturellement très vite et ça fonctionne plutôt même très bien et mieux sans moi, c'est évident. Donc ça se passe très bien. Et je ne veux surtout pas être dans leur groupe WhatsApp !"

 

Victor Martins débute peut-être en endurance, mais il a bien l'intention de faire oublier au plus vite son statut de rookie pour s'inscrire dans les ambitions que nourrit Alpine pour cette dernière saison. Le Francilien a même annoncé vouloir arriver à la première course d'Imola, non pas comme un rookie mais comme un pilote qui aurait déjà fait cinq ans en WEC.
  
"Pour être tout à fait honnête, je ne sais pas si c'est la bonne approche", nous répond Philippe Sinault lorsque nous l'interrogeons sur ces propos. "Par contre ce que je sais c'est qu'avec tout le bagage que l'on a, que ce soit l'équipe ou ses équipiers, il est en train de gagner beaucoup de temps."

"Et c'est un garçon qui a une vraie intelligence situationnelle, c'est à dire qu'il a d'ores et déjà compris les règles du jeu, il a bien intégré ce qu'il faut faire et ce qu'il ne faut pas faire. Après, je dirais que c'est à lui de nous prouver qu'il sait les appliquer. Mais une des raisons pour lesquelles il est là, c'est aussi pour cette intelligence situationnelle dont il fait preuve, et qu'il nous a montrée."

L'équipage #36 Alpine Endurance Team : Jules Gounon, Frederic Makowiecki et Victor Martins, avec Philippe Sinault, team principal Alpine Endurance Team

Philippe Sinault avec l'équipage de l'Alpine n°36 : Victor Martins et Jules Gounon, Frederic Makowiecki.

Photo de : Alpine

Martins et Sinault : ce qu'ils attendent l'un de l'autre

En les rencontrant le mois dernier, Motorsport.com a mis Victor Martins et Philippe Sinault face à face pour les faire sortir quelques instants de leur zone de confort. Nous leur avons adressé une question mutuelle : qu'attendent-ils l'un de l'autre à titre personnel pour la saison à venir ?

Pour le pilote, à l'aube de cette première année en endurance, c'est avant tout le partage qui compte. Avide d'emmagasiner tout ce qu'il peut, il est bien conscient de la richesse des enseignements que peut lui transmettre Philippe Sinault, l'un des hommes les plus expérimentés de la discipline.

"J'attends qu'on discute tout au long de l'année, qu'il partage son expérience de l'endurance, des succès qu'il a eus avec Signatech, avec Alpine", a ainsi commencé à lister Victor Martins face à son nouveau patron d'équipe. "Et qu'on ait toujours cette bonne relation honnête, précise, claire sur les objectifs de l'équipe, sur ce qui l'attend de moi. Qu'on ait une relation hyper honnête, quand ça se passe bien, quand ça se passe mal."

Ces mots ont directement fait écho avec les attentes de Philippe Sinault à l'égard de sa recrue, car lui aussi compte particulièrement sur la franchise afin de bâtir leur relation.

"Ce que j'attends de toi, comme tu l'as dit, c'est le partage et le dialogue, parce que c'est la clé de la performance, et particulièrement en endurance", lui a donc répondu le patron de l'équipe.

"C'est vrai dans toutes les catégories, dans tous les sports de haut niveau, mais particulièrement en endurance parce que le facteur humain est vraiment présent. Il faut composer avec différents profils, différents talents qui nous entourent. Et c'est la cohésion, la bonne communion et la communication avec tous ces gens-là qui font qu'on arrive à un résultat performant."

Philippe Sinault, Alpine Endurance Team Principal

Philippe Sinault mène la dernière saison d'Alpine en WEC.

Photo de : Alpine

Mais Philippe Sinault ne veut pas que de bons sentiments : il entend bien se faire challenger par un pilote ambitieux ! "Après, moi ce que j'attends de Victor, c'est que tous les matins, quand je le vois dans le box, il nous pousse à l'excellence. Je veux le voir dans ses yeux. Je veux qu'il me bouscule, je veux qu'il me stimule, c'est ça que j'attends d'un pilote."

"Je sais qu'il a un niveau d'exigence très élevé parce qu'il vient de catégories que je connais bien, les catégories monoplace, qui sont très exigeantes en termes d'attentes et de délivrable de la part des ingénieurs et des pilotes, où rien n'est laissé au hasard, donc ce niveau d'exigence et cette précision dans ses attentes, ça va être primordial pour nous."

Je veux qu'il me bouscule, je veux qu'il me stimule, c'est ça que j'attends d'un pilote.

"En plus, il arrive, donc c'est important pour nous d'avoir quelqu'un qui nous bouscule, qui nous agite, qui nous stimule. Honnêtement, le regard est hyper important pour moi, et quand je le vois arriver dans le box, je sens ça, donc tant que j'ai ça, ça va m'aller et ça va nous permettre de donner le meilleur de nous-mêmes."

Message reçu de la part de Victor Martins, qui a bien l'intention lui aussi d'exceller. "J'attends forcément qu'on soit performants, qu'on ait toutes les armes pour pouvoir jouer devant, pour pouvoir se sentir bien dans la voiture", reprend le pilote. "Qu'on ait une bonne relation, entre les ingénieurs, les mécaniciens, les pilotes, que toute la cohésion du groupe soit bonne."

"Et que tout le monde soit focus et déterminé à tout donner en une année, parce que ça va être hyper important pour tout le monde, pour chacun de nous, pour notre futur, et d'arriver au Mans préparé à gagner."

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