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Interview

Victor Martins et le WEC : "Le début d'une super aventure, j'espère !"

Son adaptation au WEC, son rêve du Mans, l'arrêt du programme Alpine : rencontre avec Victor Martins à l'aube d'un nouveau chapitre de sa carrière en WEC.

#36 Alpine Endurance Team Alpine A424: Victor Martins

Photo de: Alpine

Dans quelques jours, Victor Martins reprendra la piste pour un nouveau test avec l'équipe Alpine en préparation de sa première saison en WEC. Le Francilien, qui opère à 24 ans un changement de cap, mais sans renoncer à son rêve de Formule 1, a récemment accordé un long entretien à Motorsport.com.

Nouveaux circuits, nouvelle auto, nouvelles méthodes : il a pris le temps de décrypter ce challenge auquel il se confronte, en toute franchise. Il aborde ce chapitre avec l'envie de bien faire et de s'adapter pleinement, désireux de faire ses preuves dans un nouveau championnat tout en restant ouvert à ce que l'avenir lui réservera.

Y a-t-il des choses en WEC qui t'ont déjà surpris, des éléments spécifiques ? Peut-être notamment le fait de partager une voiture, ce qui n'est pas forcément si simple quand on vient de la monoplace 

Ce qui m'a surpris, c'est déjà le plaisir que je prends dans la voiture depuis le début. Quand on vient du monde de la monoplace, qu'on doit partager la voiture avec deux autres pilotes, on se dit que le temps de roulage va être réduit, [on se demande] peut-être à quel point on peut être impactant envers les ingénieurs sachant que c'est une grosse équipe. J'ai quand même à faire avec un nombre de personnes qui est équivalent à une équipe de F1. Donc il y a plein de choses auxquelles on pense, et finalement quand on met le pied dedans, c'est là qu'on se dit que c'est génial comme catégorie. Et puis, ça reste un championnat du monde !

Mais ce qui m'a le plus surpris, positivement, c'est à quel point je prends du plaisir dans la voiture. Jusqu'à maintenant, je n'ai eu que deux essais et je pense que quand il y aura des qualifs, des courses et de la compétition, ce sera encore mieux, mais déjà de rouler dans la voiture, avec l'aéro, la performance et toutes ces choses-là, j'ai été surpris.

Pour ce qui est de travailler avec deux autres pilotes, c'est génial. En plus, j'ai la chance d'être avec deux Français [Jules Gounon et Frédéric Makowiecki, ndlr], je les connaissais un petit peu, ils ont beaucoup d'expérience et ils m'apportent plein de choses, que ce soit au quotidien ou même techniquement, dans les retours que je peux donner à l'équipe.

Vous échangez beaucoup entre les séances de travail ?

Oui, on échange par WhatsApp tous les jours ! On essaie de créer une bonne cohésion parce que c'est important. On parle de plein de choses, même au niveau technique, de comment on peut rendre la voiture meilleure, comment on peut aussi garder tout le monde hyper motivé et concentré sur les bonnes choses pour qu'on performe en arrivant à la première course.

Mon objectif principal, c'est d'arriver à la première course comme un pilote qui est dans la catégorie depuis cinq ans.

Est-ce que tu t'es fixé un objectif pour cette première saison en WEC 

Mon objectif principal, c'est d'arriver à la première course comme un pilote qui est dans la catégorie depuis cinq ans, de ne pas avoir ce temps d'adaptation au trafic, à la performance sur un tour, même si elle est beaucoup moins importante qu'en monoplace, et d'avoir une constance et une régularité comme un pilote qui est dans la catégorie depuis cinq ans.

Ça, c'est mon premier objectif, et je pense que j'ai aujourd'hui le bon soutien, le bon temps dans la voiture, pour justement m'adapter et être prêt pour la première course, que ce soit au simulateur ou dans les essais qu'on a faits, l'échange avec Fred et Jules. Ça, c'est mon premier objectif. Et après, c'est de gagner une course, si on peut, et d'être le plus souvent aux avant-postes et sur des podiums. Bien sûr, Le Mans… Si on pouvait faire un de ces résultats là-bas, ça serait top !

L'équipage #36 Alpine Endurance Team : Jules Gounon, Frederic Makowiecki et Victor Martins, avec Philippe Sinault, team principal Alpine Endurance Team

Victor Martins avec Philippe Sinault et ses deux coéquipiers, Jules Gounon et Frédéric Makowiecki

Photo de : Alpine

Est-ce qu'il y a un circuit ou une course que tu attends particulièrement 

J'hésite entre São Paulo ou Fuji… Ce sont deux pays dans lesquels je ne suis jamais allé, donc deux circuits que je n'ai jamais faits. Allez, je dirais le Japon. Et Le Mans, évidemment, ça n'est même pas une question ! Fuji et São Paulo, ça ne va pas arriver maintenant, on va passer par l'Europe d'abord, mais là je connais déjà les circuits, donc c'est différent.

Même si tu connais ces circuits européens, tu vas y vivre une nouvelle expérience avec une nouvelle voiture et un autre type de course. 

Bien sûr, ça va être hyper intéressant. Vu que je n'ai pas l'apprentissage des circuits, je vais pouvoir vraiment me concentrer à fond sur tous les autres paramètres qui sont importants pour performer personnellement et collectivement.

Le but, c'est de m'inscrire sur le long terme dans un programme comme le WEC.

Au-delà des résultats, et après ton parcours, qu'est-ce que tu attends que cette première saison en WEC à titre personnel et dans ta carrière de pilote 

J'en attends de travailler avec un constructeur qui va me permettre de continuer à me développer en tant que pilote, techniquement ; les retours que je vais devoir donner à l'équipe parce que dans un programme constructeur, ils ont une certaine attente au niveau du pilote, pour donner des bons retours, être toujours présent, être professionnel. J'espère encore pouvoir me développer sur toutes ces choses-là.

Et après, personnellement, de kiffer cette saison, de prendre plaisir à être pilote professionnel. Dans le sport auto, c'est toujours compliqué de mettre un statut, mais jusqu'à l'année dernière, en étant en F3 puis en F2… On investit de l'argent dans ces saisons pour atteindre la F1, on n'est pas professionnel, on ne gagne pas d'argent, on ne vit pas de ça. Aujourd'hui, j'ai un statut professionnel, et si je suis performant, que je donne des bons retours, si je coche toutes les cases qu'un pilote professionnel a besoin de cocher, je sais que je vais avoir une longue carrière. C'est le début d'une super aventure, j'espère !

#36 Alpine Endurance Team Alpine A424: Victor Martins

Victor Martins sera bientôt de retour en piste.

Photo de : Alpine

Qu'est-ce qui te motive le plus à ce stade de ta carrière : prouver ta valeur, t'installer sur la durée dans un championnat ou simplement profiter de l'opportunité qui se présente d'être en WEC 

Il y a différentes façons de le voir. Ce qui va nous mener à gagner, à faire des podiums, c'est que je ne pense pas qu'à moi. On est trois pilotes, donc il ne s'agit pas de vouloir à tout prix me démarquer de mes deux autres coéquipiers. Oui, au quotidien, tous les jours quand je vais à la salle de sport et que je monte dans la voiture, il s'agit de donner le meilleur de moi, mais pour qu'on ait le meilleur résultat possible collectivement.

Je vais toujours l'aborder de la même manière, c'est-à-dire que je vais penser à ma carrière, à ma performance, au potentiel que je vais devoir montrer, mais je sais qu'il faut que, dans plein de circonstances, je pense à l'équipe, au bien de l'équipe et à la moyenne de ce qu'on peut donner en performance entre les trois pilotes. Je pense que j'ai deux coéquipiers très bien pour me le faire comprendre et m'aider à avoir directement cette approche.

Pour ce qui est du championnat, je sais que si l'équipe performe, je vais forcément être lié à ça. Je sais qu'en WEC, beaucoup de constructeurs, les ingénieurs, tous les gens qui gravitent autour du championnat regardent aussi la performance du pilote. Quand un constructeur prend un pilote, c'est parce qu'il a vu ce qu'il faisait en piste, comment il était avec les ingénieurs, quel retour [il donnait]. Je sais que c'est hyper important et je vais faire de mon mieux.

 

Le but, oui, c'est de m'inscrire sur le long terme dans un programme comme le WEC. Mais après, comme j'ai dit, et je n'ai pas de problème à ça, je garde toujours en tête, de côté, l'objectif d'un jour aller en F1. Le WEC est le championnat le plus haut en endurance, la F1 dans le 'sprint'. Il y a deux ou trois catégories dans le monde qui font que si on veut être un pilote complet et l'un des meilleurs, on veut aller dans ces catégories-là. Verstappen dit ouvertement aujourd'hui qu'il serait motivé et intéressé à l'idée de faire les 24H du Mans ou d'aller faire du GT, et je ne vois pas le problème, inversement, de toujours avoir l'objectif d'aller en F1. Après est-ce que ça va être possible ? Je ne sais pas. Aujourd'hui non, mais par contre je pense qu'il n'y a pas de problème à l'avoir dans la tête.
 
Pour terminer, on ne peut pas ne pas évoquer la situation de l'équipe. Comment as-tu vécu l'annonce de l'arrêt du programme Alpine ? Et comment arrives-tu à te projeter sur ta saison dans ce contexte-là 

Ce n'est pas facile. Il faut qu'on reste soudés tous ensemble. Je pense que le mieux que l'on a à faire, c'est de rester motivé, de performer encore plus, d'avoir les armes pour le faire. Que ce soit avant ou après que ça a été annoncé, au quotidien on ne le sent pas, il n'y a pas d'impact. On est tous focus sur la même chose.

Par rapport à tout le côté développement que le programme avait sur un long terme, on doit peut-être mettre le focus plus à court terme pour pouvoir performer et, sur différents paramètres de développement de la voiture, être plus concentré sur [les résultats] à deux ou trois mois. Mais ça ne change rien. Il y avait des rumeurs, on le voyait et ce n'est pas ce qui m'a empêché de vouloir venir dans le programme, ça ne m'a pas bloqué.

Alpine me permet de me montrer, de devenir professionnel, d'être dans un championnat du monde, donc je n'ai pas de problème avec ça. C'est sûr que ça serait mentir de dire que je ne suis pas déçu que ça s'arrête, parce que j'aurais voulu faire une bonne partie de mon aventure en endurance avec Alpine, mais on le vit bien. On est tous focus pour donner le meilleur de nous. Quoi qu'il arrive, ça ne peut que nous servir, que ce soit pour la marque ou pour moi, personnellement, pour le futur de ma carrière.

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