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Comment Aston Martin F1 a perdu le fil de sa saison

Après un début de saison 2023 de F1 tonitruant, la fin de campagne semble virer au calvaire pour Aston Martin. Pourtant, Mike Krack assure que l'écurie ne cède pas à la panique en dépit de va-et-vient successifs.

Lance Stroll, Aston Martin AMR23

Cela fait deux courses consécutives qu'au moins une des Aston Martin s'élance des stands avec comme objectif pour l'écurie d'essayer d'en apprendre plus sur ses problèmes actuels. Cela fait également deux courses consécutives que Fernando Alonso abandonne sur un problème de plancher et n'inscrit aucun point.

Dans le même temps, Lance Stroll, en retrait depuis le début de saison et depuis un moment en difficulté au volant de l'AMR23, comme en témoignent ses sept éliminations en Q1/SQ1 sur les huit dernières séances qualificatives, ne connaît que rarement des week-ends tranquilles, quasiment toujours retardé ou privé de roulage par des avaries techniques.

À Mexico, par exemple, le blocage d'un écrou à l'avant lui a coûté du temps de piste et obligé les mécaniciens à recourir à la solution des coups de marteau répétés pour qu'il cède ; une "procédure" d'un autre temps à l'heure de la F1 moderne que n'a pas tenu à montrer l'écurie au monde entier, ses membres formant un mur humain afin d'éviter que les caméras ne la filment.

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Après avoir été le principal rival de Red Bull lors du premier tiers de saison 2023, Aston Martin est désormais derrière Mercedes, Ferrari et McLaren en performance et au classement constructeurs. La structure de Silverstone est ainsi cinquième, une place qu'elle ne perdra pas tant l'écart avec Alpine est important. Et chez les pilotes, Alonso est cinquième également, après avoir longtemps tenu la troisième position, et il s'attend à voir Lando Norris, Charles Leclerc voire George Russell le faire descendre encore plus bas.

La tendance est d'autant plus inquiétante qu'elle ne semble pas connaître de fin. Pire, avec le nouveau package de nouveautés introduit au Grand Prix des États-Unis, il était attendu qu'Aston Martin reparte de l'avant en matière de développement. Las, l'équipe n'a pas réussi à se sortir de l'ornière du format sprint et s'est aperçue rapidement lors de cette course courte que l'AMR23 n'était pas au niveau attendu, ce qui l'a incitée à changer des pièces et des réglages pour les 305 km du lendemain, quitte à partir des stands.

Fernando Alonso, Aston Martin AMR23

Fernando Alonso, Aston Martin AMR23

Alonso avait été rééquipé d'un package aéro similaire à celui du Qatar deux semaines auparavant alors que Stroll avait gardé les évolutions, pendant que les réglages de suspensions des deux hommes étaient modifiés. Pour l'Espagnol, les progrès ont été bons en course mais la casse du plancher a sonné le glas de son épreuve. 

Et si le double Champion espérait pouvoir se relancer à Mexico, il n'en a rien été. Il a peut-être vécu son pire week-end de l'année, avec notamment deux tête-à-queue assez peu communs pour lui avant la course, le tout au volant d'une Aston Martin ne lui inspirant pas confiance, bien loin de ce qui faisait sa force lors des premiers GP.

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Et en course, les espoirs de pouvoir récolter des données intéressantes ont été anéantis dès le premier virage, quand des débris de l'incident entre Sergio Pérez et Charles Leclerc ont endommagé son plancher. Même s'il a tenté de poursuivre la course, la voiture a été retirée après le second départ, quand il est apparu clairement qu'il n'y avait rien à gagner à rester en piste, tout comme au Texas.

Cette fois équipé de son côté de l'ancienne spécification aéro et s'élançant donc des stands, Stroll a progressé dans la hiérarchie mais sa course s'est achevée sur un accrochage avec Bottas dans le stadium, alors qu'il demeurait tout de même à distance des points.

Lance Stroll, Aston Martin AMR23

Lance Stroll, Aston Martin AMR23

Voilà donc Aston avec deux monoplaces capables de rouler mais pas de lui apporter des données fiables. Or, dans cette période difficile, l'équipe veut capitaliser sur ces opportunités. Si les départs depuis les stands ne sont jamais bon signe, dans un contexte où les sprints se multiplient et rognent le temps de roulage en essais libres, ce type d'expérimentation ou de récolte de données est un mal nécessaire.

Toutefois, difficile de l'extérieur de ne pas penser que les incessants va-et-vient entre les différents packages sont le signe d'une écurie qui s'est perdue dans son développement et peine à comprendre ce qui marche le mieux. Mais du côté du directeur, Mick Krack, on assure qu'il y a une véritable réflexion derrière ces expériences, et pas un mouvement de panique.

Il s'agit de récolter des données et de les analyser pour parvenir à une conclusion logique. "Je pense que lorsqu'on est perdu, on jette les dés et on tente des choses qui ne sont pas raisonnables", a-t-il déclaré. "Et ce n'était pas le cas. Je veux dire que nous avons des discussions d'ingénierie très précises, en soupesant les options les unes par rapport aux autres."

"Et même si nous souhaitons courir, nous ne voulons pas partir de la pitlane, il est très important que nous comprenions les résultats issus des données, et que parfois nous prenions des décisions pragmatiques. Ce n'est pas facile, mais je pense que c'est la bonne façon de progresser."

"Les voitures sont complexes et vous essayez de les améliorer en permanence. Lors de la course [d'Austin], nous étions assez satisfaits de la façon dont ça s'est passé. Et tout fonctionnait comme nous l'avions prévu. Mais ensuite, vous arrivez ici, et vous n'êtes pas au niveau où vous pensiez devoir être, ou la voiture ne fait pas ce que vous attendiez d'elle."

"Vous devez découvrir pourquoi, parce qu'il y aura d'autres circuits avec plus de [virages à] basse vitesse ou des caractéristiques différentes.Il est donc important de bien comprendre ce que vous faites. Et la meilleure solution est de revenir à quelque chose que l'on connaît, de comparer à quelque chose que l'on connaît. Je pense que c'est toujours, d'un point de vue technique, la meilleure approche."

Mike Krack sur le muret des stands Aston Martin.

Mike Krack sur le muret des stands Aston Martin.

Au-delà de ces difficultés, Krack veut insister sur l'idée que régler les voitures en général pour le tracé de Mexico, dont les particularités sont atypiques dans le paysage de la F1 avec sa très haute altitude, n'est pas une sinécure.

"Passer d'Austin à ici, ce n'est pas si simple. On a vu les Alpine en difficulté hier, on a vu les Ferrari en difficulté jusqu'aux EL3. Et il y avait d'autres voitures qui étaient très loin devant. Ce n'est donc pas facile de tout comprendre : comment la piste évolue, comment les conditions changent, quand on apporte des évolutions. Cela requiert du temps et de l'analyse."

Même si les ingénieurs ont souvent des réticences à revenir en arrière après le travail effectué pour parvenir à la production de pièces qui sont censées être meilleures que les précédentes, Krack assure, alors que le GP de São Paulo se présente déjà, qu'Aston Martin ne s'impose aucune contrainte et demeure ouvert.

"Nous sommes vraiment une super équipe de ce côté-là. Nous sommes ouverts d'esprit, les gens travaillent très, très bien ensemble – au centre de contrôle, dans les zones qui analysent les données – et nous nous en tenons aux faits. Il n'y a personne qui soit fier, la fierté n'est pas un obstacle."

"Nous n'avons pas encore décidé de la spécification pour le Brésil", a-t-il ajouté. "Nous allons étudier les données, les analyses, et définir une spécification qui nous donne des certitudes. Nous ne prendrons pas de risques excessifs, étant donné que nous n'avons qu'une séance qui pourrait être vraiment gâchée par la météo."

Forcément, après un début d'année aussi tonitruant, voir Aston Martin lutter pour sortir de Q1 et enchaîner les week-ends sans inscrire beaucoup de points constitue un constraste encore plus saisissant, notamment au sein d'une écurie qui avait terminé septième l'an passé, tout en étant en nette progression fin 2022.

Fernando Alonso, Aston Martin AMR23

Fernando Alonso, Aston Martin AMR23

L'équipe n'a jamais vraiment caché que la réussite du début de saison était un peu arrivée comme une surprise. Et le maintien d'une telle dynamique dans un environnement qui évolue grandement, que ce soit en matière de moyens, de personnel, de matériel ou encore de structuration n'est pas forcément une tâche aisée face à des écuries plus habituées à évoluer à ces niveaux.

Mais Lawrence Stroll, qui est à la tête de la structure et a lancé les grands investissements pour en faire un poids lourd de la F1, aura du mal à se contenter d'une telle situation, comme le reconnaît d'ailleurs Krack. "Lawrence n'est pas content. Mais nous ne sommes pas contents non plus. Personne n'est content. Quand on commence si bien la saison et qu'on perd en compétitivité, personne n'est content."

"Mais nous n'avons pas besoin qu'il nous le dise. Nous sommes une écurie compétitive, et nous devrons travailler de manière collaborative et ouverte d'esprit pour nous en sortir. Mais comme je l'ai déjà dit, nous ne sommes pas trop fiers pour prendre des décisions, quelles qu'elles soient."

Avec Benjamin Vinel

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