Pourquoi le tendre "horrible" s'avère le meilleur pneu en course
Le sprint d'Interlagos a été une question de survie pour les pneumatiques : l'obsession des pilotes a été de surveiller l'usure de leurs gommes plutôt que d'attaquer sans répit.
Vainqueur du sprint du Grand Prix de São Paulo, Max Verstappen a de nouveau prouvé à quel point sa Red Bull RB19 économisait ses pneus, mais le Néerlandais a quand même dû passer en mode gestion dès son tour de sortie des stands : "Il n'y a pas un tour où j'ai attaqué à fond. On ne peut pas. C'est impossible".
Après la course, un certain nombre de pilotes ont reconnu que la gestion du composé tendre avait été assez extrême pour ces 24 tours. Alexander Albon s'est même lamenté : "[La dégradation] est juste énorme. La sensation de pilotage est horrible, à vrai dire".
Le pneu tendre étant loin d'être idéal, l'on pouvait logiquement présumer que les 17 pilotes ayant opté pour celui-ci avaient commis une erreur. Le medium aurait théoriquement dû proposer une meilleure longévité malgré un niveau de performance légèrement moindre. Les trois concurrents ayant choisi le composé à bandes jaunes (Nico Hülkenberg, Kevin Magnussen et Logan Sargeant) ont toutefois souffert d'une dégradation équivalente et n'ont pas impressionné.
Les écuries étaient donc entre le marteau et l'enclume : le tendre requérait trop de gestion et le medium n'était pas assez performant. Il n'est pas facile d'expliquer pourquoi tout le monde a choisi le premier aux avant-postes, mais Pirelli estime qu'il s'agit d'un cocktail de circonstances.
"Nous aussi étions surpris du nombre d'écuries qui ont décidé d'utiliser le tendre", confie Simone Berra, ingénieur en chef de Pirelli. "Nous en analysons les raisons, mais il semble que le tendre ait été vraiment constant. Je crois que le gain du medium au tendre est qu'il y a un niveau d'adhérence plus élevé en général. On glisse moins avec le tendre et on génère moins de surchauffe, alors on peut gérer un petit peu mieux les températures."
Cette situation a été exacerbée par le fait que l'asphalte était vert à la suite de la tempête de vendredi soir, qui a lavé la piste de toute sa gomme, et par les températures élevées. "Nous pensons que cela a affecté la glisse du medium et généré plus de surchauffe et de dégradation. Mais nous n'avons pas une vision claire de l'ensemble de la grille. On avait juste Haas et un pilote Williams [en mediums], alors nous n'avons pas une image claire de ce qui s'est vraiment passé."
"Nous ne savons pas quel niveau de performance les autres écuries auraient pu avoir avec le medium. Ce qui devrait être dit est qu'avec ces températures que nous avions, 47°C ou 48°C au début de la séance, nous nous attendions à ce que des pneus plus durs soient choisis. Mais je pense que c'est plutôt l'état de la piste qui a contraint les équipes à utiliser le tendre."
Charles Leclerc (Ferrari) en bataille avec Oscar Piastri (McLaren)
Un Grand Prix à trois arrêts ?
Les conclusions du sprint pourraient entraîner des stratégies agressives pour le Grand Prix. Berra estime que les pilotes disposant de tendres neufs pour la course – notamment Max Verstappen, Charles Leclerc, Lance Stroll, Fernando Alonso et Lando Norris – pourraient être avantagés par rapport aux autres (Lewis Hamilton, George Russell, Sergio Pérez et Carlos Sainz).
"Le medium pourrait être meilleur avec l'évolution de la piste et toutes les voitures qui mettront de la gomme sur la trajectoire", analyse l'Italien. "Actuellement, la meilleure stratégie est d'utiliser le tendre pour le premier relais et bien sûr d'avoir davantage d'adhérence pour le départ avant de passer en medium. Puis on peut décider d'utiliser un second medium pour aller au bout, ou bien le tendre."
Une stratégie à trois arrêts pourrait même être envisagée par ceux qui ont plusieurs trains de tendres neufs à leur disposition, à savoir Valtteri Bottas, Zhou Guanyu, Daniel Ricciardo et Logan Sargeant. "Ce n'est que trois ou quatre secondes plus lent, en utilisant principalement les pneus tendres, surtout pour les pilotes qui ont encore deux trains neufs de pneus tendres. On verra, ça pourrait être une possibilité si l'on veut attaquer davantage, moins gérer le pneu et essayer d'être plus agressif."
"Un arrêt, c'est bien plus lent : sept à neuf secondes plus lent. Cela requiert d'utiliser le composé dur, qui n'est pas vraiment [idéal]."
Les pneus restants pour chaque pilote
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