Carlos Sainz, le sauveur d'équipes ?
Avec sa saison 2025 remarquable, Carlos Sainz confirme la réputation qu'il s'est bâtie depuis ses débuts en F1 : celle d'un pilote ingénieux, capable de relancer une équipe. Assez discret et peu explosif, l'Espagnol possède un style de pilotage unique, centré sur l'analyse et l'optimisation. Plongée dans les coulisses de son rôle clé.
Photo de: Mark Sutton / Formula 1 via Getty Images
Durant ses 11 années passées en Formule 1, Carlos Sainz s'est forgé une certaine réputation. Partout où il est passé, dans toutes les équipes avec lesquelles il a couru, un sentiment reste : celui d'un pilote intelligent, calme, constant, et surtout, qui semble n'apporter que du bon.
L'exemple le plus parlant reste sa saison 2025 avec Williams. En grande difficulté depuis quelques années, l'équipe britannique a vécu une véritable renaissance la saison dernière en passant de la neuvième place du championnat constructeurs en 2024, à la cinquième place un an plus tard.
Avec 137 points inscrits en 2025, Williams a signé sa meilleure saison depuis 2016. Elle y a même obtenu deux podiums, une première depuis 2015, tous deux grâce à Carlos Sainz. Un souffle de renouveau dans les couloirs de Grove, que beaucoup mettent sur le dos de l'Espagnol, à commencer par son directeur d'équipe, James Vowles.
Ce n'est pas la première fois que Sainz est instigateur du retour d'une écurie historique aux avant-postes. Son passage chez McLaren de 2019 à 2020 a été similaire et ses saisons chez Ferrari de 2021 à 2023 ont également montré ses qualités de pilote capable de stabiliser, remettre en ordre et faire progresser une écurie.
Intelligence et structure : le fil conducteur d'une carrière
Carlos Sainz a commencé sa carrière en F1 chez Toro Rosso en 2015. Membre de l'académie Red Bull, il a quitté le giron autrichien trois ans plus tard. Après une pige chez Renault fin 2017, il rejoint à plein temps l'équipe l'année suivante. Il est déjà perçu comme un pilote capable de faire évoluer et grandir l'équipe, principale raison de sa signature par le directeur de l'équipe, Cyril Abiteboul.
Encore un peu jeune, Sainz apprend surtout pendant son passage par l'écurie française. Néanmoins, il arrive à se hisser au niveau de son expérimenté coéquipier, Nico Hülkenberg, et parvient à signer quelques bons résultats au volant d'une Renault pas encore prête pour les avant-postes. Il signe notamment l'un des meilleurs résultats de l'équipe avec une cinquième place en Azerbaïdjan.
Peu spectaculaire en termes de résultats, le passage de Carlos Sainz chez Renault reste marqué par son impact sur le développement de l'équipe, un rôle salué par les membres de l'écurie, et tout particulièrement par son coéquipier.
Carlos Sainz au volant de la Renault dans les rues de Bakou en 2018.
Photo de: Sutton Images
En 2019, Sainz rejoint McLaren. Le chantier est cette fois colossal : l'équipe britannique sort d'une des pires séries de résultats de son histoire. Pendant ses deux saisons avec McLaren, Sainz se distingue par ses retours méthodiques et son approche intelligente du développement de la voiture.
Lors de sa première saison à Woking, il maximise ce qu'il peut avec une voiture encore difficile. Il ne fait que très peu d'erreurs et signe même le premier podium de l'équipe depuis 2014 au Brésil. Son calme et sa structure apportent une stabilité nouvelle à McLaren. En 2020, la voiture a progressé, il joue aux avant-postes et passe même à deux doigts de remporter une course, chassant Pierre Gasly jusqu'au bout à Monza.
La dynamique interne chez McLaren semble saine, symbolisée notamment par la très bonne relation entre les deux pilotes, Carlos Sainz et Lando Norris, qui se tirent vers le haut. La progression de l'équipe est rapide et l'impulsion donnée par l'Espagnol sera le premier pas de McLaren vers son retour vers le succès. Une impulsion entretenue par Norris resté fidèle, puis concrétisée quelques saisons plus tard. Le départ de Sainz vers Ferrari fera d'ailleurs verser quelques larmes à McLaren, qui lui dédiera une vidéo émouvante avant qu'il ne rejoigne Maranello.
Son passage chez Ferrari fait prendre à Carlos Sainz une nouvelle dimension. Lorsque l'Espagnol pose ses bagages en Italie, la Scuderia sort d'une saison difficile, où elle a signé son pire résultat au championnat depuis 1980. Mais, la situation reste très différente de ce qu'a connu Sainz jusque-là dans sa carrière.
Comme à chaque transfert chez le Cheval cabré, on ne donnait pas cher de Carlos Sainz pour sa première saison. Il rejoint une équipe très exigeante, face au golden boy adulé par toute l'Italie : Charles Leclerc. Pourtant, à l'issue de sa première saison en rouge, Sainz termine devant Leclerc au classement. Une fois de plus, l'Espagnol se distingue par sa constance et sa précision, prouvant qu'il n'est pas seulement un bâtisseur d'équipe : il peut également être un leader et performer.
L'agressivité technique de Ferrari, qui lui porte souvent préjudice en piste, est tempérée par Sainz et permet à la Scuderia de changer un peu son approche des courses. En plus d'apporter son bagage technique désormais bien connu à l'équipe italienne, Sainz montre un nouvel aspect de sa palette de pilotage : la stratégie.
Carlos Sainz célèbre sa victoire au GP de Singapour 2023.
Photo de: Zak Mauger / Motorsport Images
Pilote intelligent, Carlos Sainz sait que la stratégie de course n'est pas le point fort de Ferrari. Il prend donc les choses en main. Cette approche se concrétise lors de sa victoire à Singapour en 2023 – la seule course remportée par une autre équipe que Red Bull cette saison – où il garde volontairement Norris dans son DRS dans les derniers tours pour se protéger des Mercedes derrière eux.
Après quatre saisons chez Ferrari, Sainz quitte Maranello, remplacé par Lewis Hamilton. Il plie bagage avec quatre victoires à son actif et la satisfaction d'avoir su performer dans l'une des équipes les plus exigeantes de la F1, tout en la remettant partiellement sur les rails. À ce jour, il reste le dernier pilote Ferrari à avoir remporté une course, au GP de Mexico en 2024.
Un pilote-ingénieur : moins instinctif, plus méthodique
Au fur et à mesure de sa carrière, un constat se dégage à propos de Carlos Sainz : c'est un pilote intelligent. Assez discret en piste, il n'a pas le profil explosif d'un Charles Leclerc ou d'un Max Verstappen. Il est plus calme, moins flamboyant, plus analytique. Un aspect de sa personnalité qui se traduit par ses messages radio ou ses interviews d'après-séances et courses, souvent très techniques et détaillés. C'est un pilote qui pense comme un ingénieur, et c'est là que les équipes le voient comme un vrai atout.
Carlos Sainz, Williams
Photo de: Peter Fox / Getty Images
Ses retours sont en général exhaustifs et concrets. Cela permet aux ingénieurs de comprendre rapidement les problèmes de la monoplace et de changer de direction au plus vite. Il est le genre de pilotes à prendre le temps d'explorer sa voiture et ses réglages, quitte à perdre quelques dixièmes. Là où certains cherchent la performances tout de suite, Sainz construit ses week-ends, c'est pour cela qu'on le voit généralement plus performant le dimanche.
Cette approche à néanmoins quelques limites. Il peut parfois avoir besoin de plus de temps pour s'adapter à une voiture instable, ce qui a notamment été le cas chez Williams où il a pris toute la première partie de saison à comprendre la FW47. Il est parfois moins fulgurant sur un tour que des pilotes plus instinctifs, ce qui peut montrer une certaine faiblesse lors des qualifications.
Que ce soit chez McLaren, Ferrari ou chez Williams désormais, Carlos Sainz a toujours été considéré comme un pilote très technique, apprécié pour sa capacité à travailler avec les ingénieurs et son approche réfléchie de la performance de la voiture. Au delà de son bagage technique, Sainz est un pilote qui semble apporter une certaine sérénité, une positivité et une stabilité aux équipes qu'il côtoie. Un vrai plus dans une discipline parfois très toxique, où la pression étouffante peut vous embrouiller l'esprit.
Véritable impact ou simple timing chanceux ?
Malgré l'impact visible de Carlos Sainz dans les différentes équipes qu'il a rejointes, il reste difficile de résumer la progression de ces écuries et le travail de milliers d'employés à un seul pilote. Par exemple, la saison 2025 de Sainz chez Williams n'aurait pas été possible sans les améliorations apportées à la monoplace par l'équipe de Grove.
Bien qu'il ait certainement contribué à la faire progresser au cours de la saison, Sainz n'était pas impliqué dans le développement de la FW47 en 2024 – une voiture qui avait déjà montré sa compétitivité dès les premières courses de 2025, grâce notamment aux très bons résultats d'Alexander Albon.
Si le parcours de Carlos Sainz illustre à quel point un pilote peut influencer la dynamique et la performance d'une équipe, il ne faudrait pas oublier que la Formule 1 reste un sport profondément collectif. Derrière chaque progrès, chaque podium ou victoire, se cache le travail de centaines d'ingénieurs, mécaniciens, stratèges et techniciens.
Sainz peut guider, structurer et optimiser, mais la réussite d'une équipe repose sur l'ensemble de ses membres. Son rôle de "sauveur" doit donc être compris comme celui d'un catalyseur, capable d'exploiter le potentiel d'une équipe déjà en mouvement, plutôt que d'un artisan unique capable de tout transformer à lui seul.
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