Pourquoi Red Bull ne peut toujours pas se fier à 100% à ses outils
Le directeur technique de Red Bull, Pierre Waché, maintient une bonne dose de scepticisme alors que son écurie cherche à éviter une répétition des problèmes de développement de 2024.
Photo de : Zak Mauger / Motorsport Images
Entre les écarts de plus en plus faibles qui séparent les écuries de Formule 1 et le fait de s'appuyer sur une soufflerie plus ancienne, Red Bull sait qu'elle n'est pas encore sortie d'affaire au moment où elle s'attaque aux problèmes de développement qui se posent à elle.
Dans une certaine mesure, les soucis d'équilibre qui ont contribué à faire dérailler Red Bull dans sa quête du titre constructeurs 2024 ont coïncidé avec des problèmes de corrélation, l'équipe ayant du mal à faire concorder les résultats obtenus en conditions réelles avec les données issues de sa soufflerie, de son simulateur et de ses modèles informatiques.
Ces problèmes d'équilibre ont commencé à nuire à Red Bull à partir de Miami en mai, au moment où McLaren introduisait d'importantes évolutions qui ont contribué à mettre en évidence les faiblesses relatives de l'écurie de Milton Keynes. Il a fallu attendre les expériences sur les réglages lors du Grand Prix d'Italie en septembre pour que la structure autrichienne commence enfin à récolter des indices plus décisifs sur ce qui se passait et sur la manière d'y remédier, préludes à des modifications indispensables introduites à Austin qui ont permis à la RB20 d'être plus "connectée" pour Max Verstappen et Sergio Pérez.
Ce déclin a également montré à Red Bull qu'elle ne pouvait pas se fier entièrement à ses outils de développement, qui comprennent notamment une soufflerie datée qui sera remplacée par une toute nouvelle, en cours de construction.
"Lorsque vous avez un problème de corrélation, il est certain que vous êtes un peu perdu", a reconnu Pierre Waché, directeur technique de Red Bull, à Motorsport.com. "Vous ne pouvez plus faire confiance à vos outils. Et lorsque cette confiance disparaît, il faut trouver un moyen de modifier les outils pour rétablir la corrélation. Vous êtes alors perdu et vous avez des doutes sur tout ce que vous faites. Ce n'est pas vraiment être perdu, mais c'est douter des résultats que vous donnent vos outils."
Selon Waché, ces problèmes de corrélation ne seront "jamais totalement résolus", car il est impossible d'obtenir une correspondance à 100% entre le monde réel et le monde virtuel. Mais ce qui a compliqué les choses pour les équipes au cours des 12 derniers mois, c'est que le cycle réglementaire actuel entre dans sa dernière saison et que les possibilités d'amélioration sont de plus en plus réduites, ce qui exige ainsi un degré de précision plus élevé à l'usine. Les problèmes de corrélation significatifs peuvent donc avoir un impact plus important quand les équipes sont à la recherche de ces derniers dixièmes.
"Lorsque vous avez la même réglementation pendant un certain temps, les gains commencent à être très réduits et les exigences en matière de précision sont encore plus élevées", a déclaré Waché. "Vous recherchez de petites choses. Du côté de l'aérodynamique, et c'est la même chose pour la suspension, vous cherchez deux ou trois points d'appui au niveau du plancher, de la carrosserie, etc. Ça affectera le reste de la voiture et même certaines zones que vous n'avez pas testées en soufflerie, simplement parce que vous ne pouvez pas les tester en CFD [mécanique des fluides numérique]. C'est à ce stade que ça devient dangereux."
Pierre Waché aux côtés d'Helmut Marko, conseiller Red Bull.
Photo de: Mark Sutton / Motorsport Images
"Le différentiel [de gain de performance] que vous essayez de mesurer est petit, et ensuite vous avez un problème de corrélation parce que vous ne pouvez pas reproduire certains phénomènes physiques."
Cela explique en partie pourquoi les choses ont mal tourné pour Red Bull en 2024. Certaines de ses nouveautés auraient dû lui permettre de gagner de l'appui aérodynamique, mais en réalité, elles se sont accompagnées d'effets secondaires indésirables qui ont affecté l'équilibre de la voiture.
"Par définition, vous travaillez avec un modèle plus petit [en soufflerie] et non avec la [voiture] réelle, mais pour être honnête, toutes les autres équipes ont le même problème", a ajouté Waché.
McLaren a produit une bonne voiture depuis Miami. Pendant les deux ans et demi qui ont précédé, ils n'étaient pas impressionnants.
En effet, Red Bull n'a pas été la seule équipe touchée par des difficultés de développement. Ferrari, Aston Martin et Racing Bulls sont autant d'exemples d'écuries qui, à divers moments de la saison 2024, ont dû faire face à des évolutions qui ne leur ont pas apporté les bénéfices que le monde virtuel leur promettait.
Une équipe qui a semblé échapper à ces pièges est McLaren, qui a fait mouche à chaque fois qu'elle a apporté des améliorations aux F1 pilotées par Lando Norris et Oscar Piastri.
"L'année dernière, oui", a admis Waché. "Mais je ne sais pas. Au début de l'année, ils n'étaient nulle part. L'année d'avant, ils n'étaient nulle part. En 2022, ils n'étaient nulle part. McLaren a produit une bonne voiture depuis Miami. Pendant les deux ans et demi qui ont précédé, ils n'étaient pas impressionnants."
Le GP de Miami a marqué le début d'un tournant dans la saison 2024 de F1.
Photo de: Alexander Trienitz
"Je ne sais pas où ils en sont, mais surtout je ne sais pas pourquoi ils n'ont pas trouvé de performance avant, et si c'était dû à la corrélation ou à autre chose, je ne suis pas dans leur équipe. Mais pour nous, le fait est qu'il est plus difficile de trouver de la performance supplémentaire désormais, encore plus avec les outils que nous avons à notre disposition."
Ainsi, la nouvelle soufflerie Red Bull n'étant pas prévue avant 2026, dans quelle mesure l'équipe a-t-elle pu améliorer sa corrélation au moment où elle conjugue le développement 2025 avec le travail sur les toutes nouvelles monoplaces pour l'année prochaine ?
"Elle a progressé dans des domaines que nous comprenons", a répondu prudemment Waché. "Mais en Formule 1, vous êtes toujours à la merci d'un nouveau problème. C'est la réalité et c'est la raison pour laquelle nous en sommes là, pour essayer d'anticiper les problèmes que nous aurons. Il est dangereux de faire aveuglément confiance au système. Je ne dis pas que nous ne devons pas le faire, mais il faut veiller à tout mettre en perspective et à ne pas reproduire en piste exactement ce que l'on teste."
D'un point de vue plus philosophique, une bonne dose de scepticisme est cruciale pour les équipes de développement, et les problèmes de corrélation auxquels Red Bull a été confronté au cours des 12 derniers mois sont un bon rappel du fait qu'avoir des doutes et remettre en question les résultats des tests fait partie d'un état d'esprit constructif.
"Une équipe ne peut être bonne que lorsqu'elle a des doutes et qu'elle n'est jamais sûre d'elle. Si vous êtes sûr de vous, alors vous savez que vous avez échoué", a déclaré Waché. "Pour être honnête avec vous, ce que nous avons vécu l'année dernière, en tant qu'ingénieur, je le trouve très positif."
"Quand vous gagnez, vous ne vous préoccupez jamais vraiment des problèmes ou des détails de la même manière que lorsque vous avez des difficultés en piste. Lorsque vous n'êtes plus les plus rapides, vous vous penchez dessus et vous apprenez. Et plus vous apprenez, plus vous investissez pour l'avenir."
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