Yamaha a saisi la faille avec Pramac, "laissé tombé" par Ducati

Pramac a senti que son projet avec Ducati n'avait plus de sens quand Marc Márquez a été préféré à Jorge Martín, censé incarner l'avenir de la marque. Yamaha a sauté sur l'occasion.

Jorge Martin, Pramac Racing

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Il y a seulement quatre semaines, Pramac affirmait sa volonté de rester avec Ducati, qui attendait cependant une confirmation formelle. L'équipe a finalement décidé de quitter le constructeur pour Yamaha, alors que la moto japonaise est nettement moins performante que la Ducati en ce moment. Le choix interroge naturellement, et Paolo Campinoti a expliqué sa décision.

Au moment de l'annonce, le propriétaire de Pramac a balayé l'argument financier, puisqu'il s'attend à des résultats moins bons et une baisse des revenus en provenance de ses sponsors. Campinoti a surtout évoqué une rupture de confiance entre lui et Ducati après les épisodes des dernières semaines.

"Ce n'est pas une journée totalement heureuse", a-t-il confié au site officiel du MotoGP, se disant "très triste" de "mettre fin à une relation ininterrompue depuis nombreuses années avec Ducati" : "On abandonne des sensations personnelles, des émotions que l'on n'oubliera jamais."

Comment les deux parties en sont-elles arrivées à cette rupture ? Le refus catégorique de Marc Márquez de rejoindre Pramac a joué son rôle au Mugello, tout comme la joie exprimée dans le garage Ducati quand Jorge Martín a été doublé par Enea Bastianini, ce que Campinoti a mal compris, l'Espagnol étant censé avoir un statut de pilote de la marque.

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Mais c'est surtout l'arrivée de Márquez chez Ducati et donc le fait que Martín soit, pour la troisième fois en autant d'années, passé à côté d'une promotion qui a fait douter Campinoti, qui ne voyait plus de sens dans le projet faisant de Pramac le passage obligé avant d'intégrer le vaisseau amiral.

"Nous nous sommes dits que notre période avec Ducati était probablement terminée. Il y a eu certains choix que nous ne partagions pas, avec lesquels nous n'étions pas d'accord. Être le junior team de Ducati était notre rêve, faire venir des pilotes dans l'équipe rouge était notre mission. On l'a accomplie beaucoup, beaucoup de fois."

Jorge Martin, Pramac Racing

Jorge Martín n'a pas été choisi par Ducati pour 2025

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

"Cette année, nous n'avons pas été déçus, ce n'est pas le bon terme, mais nous avons senti qu'on nous laissait tomber, parce que nous pensions que Martín était le meilleur candidat pour Ducati. On a vu ce changement de stratégie qui ne nous convenait plus, il y avait cette autre possibilité qui est une excellente opportunité, donc nous avons décidé de la saisir."

La promotion de Márquez et non Martín a donc été "l'un des déclencheurs" du divorce selon Campinoti : "Si on ne fait pas son travail avec passion, avec des objectifs... Notre objectif était de mener de jeunes pilotes au niveau supérieur. Et quand on échoue, que ce que l'on fait n'est pas reconnu à sa juste valeur, c'est probablement que l'on ne fait pas les bonnes choses. Nous avons vu cette bonne opportunité, ils partagent la même ambition que nous et c'est le moment où nous avons décidé qu'il était temps de changer."

Yamaha a vu la relation entre Pramac et Ducati se déliter

Yamaha ne pouvait rêver d'une meilleure occasion pour retrouver une équipe satellite. Pendant des semaines, tous les partenaires potentiels semblaient inaccessibles mais dès qu'il a vu Pramac douter de ses liens avec Ducati, Lin Jarvis a plongé dans la faille. "Je dirais que cela n'a pas été facile", a reconnu le directeur général de Yamaha Motor Racing. "Cela a été le résultat de nombreux mois de discussions, négociations, explications du projet, etc."

"Je pense que c'est le résultat d'une chose importante : nous sommes tous là pour la compétition donc évidemment, les résultats sont importants, mais au final, il y a cinq constructeurs, on a 22 pilotes sur la grille, et tout le monde ne peut pas gagner. Il faut des projets dans lesquels on croit et il faut être à l'aise avec son partenaire, il faut pouvoir travailler ensemble pour construire une chose avec un intérêt commun."

Je pense que nous étions au bon endroit au bon moment

"Ils ont été avec Ducati pendant de nombreuses années, ils ont connu de grands succès ensemble mais il manquait quelque chose dans cette relation, ce qui les a ouverts à une proposition de notre part pour travailler ensemble, et nous avons expliqué très franchement notre projet, en disant de manière très réaliste où nous sommes, ce que nous sommes prêts à investir. Heureusement, je pense que nous étions au bon endroit au bon moment. Nous avons saisi cette opportunité et je suis très reconnaissant qu'ils aient cru en nous, qu'ils nous aient fait confiance, et qu'ils aient décidé de nous rejoindre."

Fabio Quartararo, Yamaha Factory Racing

Il y aura deux Yamaha de plus sur la grille en 2025

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Vendredi, Campinoti a évoqué un accord sur sept saisons, une durée que Jarvis ne préfère pas évoquer, les derniers épisodes montrant qu'une association peut toujours se rompre plus tôt que prévu, puisque Pramac était sous contrat avec Ducati jusqu'en 2026 mais disposait d'une option pour changer de motos : "C'est un accord pluriannuel, je n'affirme pas que c'est un contrat de sept ans parce que chaque contrat a certaines choses [pour le défaire], il faut que chaque partie soit à l'aise avec les autres. Notre intention est totalement de rester avec ce nouveau partenaire pour de nombreuses années. La constance est très importante maintenant."

Pramac se lance dans un nouveau défi puisqu'il faudra aider Yamaha à se rapprocher des premières places. Jarvis n'a pas cherché à cacher la réalité de la situation à son nouveau partenaire, et se réjouit d'une entente dans la durée qui permettra de mesurer les progrès : "Nous ne sommes pas performants actuellement, nous le savons, donc cela n'allait forcément pas être un projet à court terme, parce qu'ils abandonnent le constructeur qui domine actuellement."

"Ils savent que ce sera un processus de reconstruction avant que l'on puisse vraiment, je l'espère, récolter les fruits de notre travail. Je suis très heureux d'avoir ces bonnes sensations de confiance et de conviction, ils savent dans quoi ils s'engagent. C'était difficile, ce n'est pas évident d'avoir une équipe de pointe et qui est avec le constructeur en tête, qui nous rejoint alors que nous avons fini quatrième au championnat des constructeurs, mais nous avons des plans, nous leurs avons expliqués, et ils ont suffisamment confiance en nous. Nous avons une bonne sensation et nous allons de l'avant."

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