Comment les pénalités de Mexico ont montré l'exemple pour la fin de saison
Max Verstappen et Lando Norris se sont de nouveau durement affrontés à Mexico, voyant cette fois-ci le Néerlandais être pénalisé. Et si le pilote Red Bull ne changera pas d'approche pour la fin de la saison, il est vital pour la santé sportive du championnat que de telles sanctions soient préservées.
Il ne reste maintenant que quatre Grands Prix dans cette saison 2024. Le Brésil, cette semaine, sera l'avant-dernier de la tournée américaine avant que la F1 ne s'en aille à Las Vegas pour entrer dans la dernière ligne droite de cette campagne. Quatre épreuves classiques et deux courses sprint pour décider du championnat constructeurs, qui semble maintenant se jouer entre Ferrari et McLaren, et surtout le championnat pilotes entre Lando Norris et Max Verstappen.
La bataille entre les deux hommes fait rage depuis Austin au point que leurs affrontements, et les pénalités qui en découlent, viennent soulever certains points obscurs du règlement de la F1. Samedi dernier, la FIA a annoncé qu'elle allait revoir les directives de pilotage, après une discussion avec les pilotes lors du briefing d'avant-course du vendredi à Mexico.
Les concurrents avaient, entre autres, demandé des clarifications au sujet de ce qui était permis ou non de faire après la pénalité controversée de Norris à Austin, notamment au sujet d'une faille dans le règlement utilisée par Verstappen, qui lui a permis de sortir son adversaire de la piste tout en évitant la pénalité. L'espoir est que la volonté de la FIA de s'engager à modifier les directives de course, et à le faire rapidement, pourrait enfin stopper cette pratique du pilote Red Bull.
Une tactique que Verstappen a réutilisée dimanche, dans le virage 4 du circuit Hermanos Rodríguez au dixième tour du Grand Prix de Mexico. Une fois de plus, cette manœuvre - et celle réalisée quelques secondes plus tard au virage 7 - éclipse la victoire de Ferrari. Toutefois, Frédéric Vasseur, le patron de la Scuderia, se réjouit que l'attention se porte ailleurs, pendant que l'équipe italienne garde le cap sur son nouvel objectif : le championnat constructeurs.
Cette fois, après que la décision sur l'accrochage Verstappen/Norris au virage 12 d'Austin a été expédiée par leurs homologues américains, les commissaires de course de Mexico ont pénalisé le champion du monde en titre de dix secondes (pour le premier incident, avant une deuxième pénalité de dix secondes pour le second) pour avoir forcé le pilote McLaren à sortir hors de la piste, alors que celui-ci se trouvait cette fois devant lui à la corde.
Cette sanction pour la manœuvre du virage 4 constitue à elle seule une décision forte et un exemple à suivre pour les prochaines courses au Brésil et à Las Vegas. En ce qui concerne le nombre de secondes infligées, qui a pu faire controverse également, il a été justifié par des sources de la FIA, expliquant qu'il s'agissait en fait de la sanction standard pour une telle transgression, conformément aux directives de pénalités données aux commissaires.
Max Verstappen.
Photo de: Simon Galloway / Motorsport Images
Pourtant, le conseiller de Red Bull, Helmut Marko, a affirmé de son côté que cette pénalité de 20 secondes était en réalité "une réaction à tous les incidents qui ont eu lieu à Austin". Mais la sévérité objective de cette sanction par rapport aux cinq secondes infligées à Norris pour avoir dépassé en dehors des limites de piste à Austin, s'explique par le fait qu'ici, les commissaires sont censés avoir appliqué les circonstances atténuantes du plongeon de Verstappen à l'intérieur.
Cette fois, alors qu'il ne faisait aucun doute que Norris était en tête après la zone de freinage du virage 4, Verstappen a quand même choisi de l'emmener au large. Après la course, le directeur de Red Bull, Christian Horner, a proposé une nouvelle défense. Pour lui, Norris ne pouvait dans tous les cas pas prendre le virage 4, affirmant qu'il était "15 km/h plus rapide" et qu'il avait freiné "plus tard que dans son tour le plus rapide du Grand Prix", tout en présentant une feuille montrant les données GPS du tour le plus rapide de la course de Norris, superposées à celles de l'accrochage avec Verstappen.
"Il n'aurait pas pris le virage, il serait sorti de la piste", a ajouté Horner. "C'est ce que l'on peut voir sur sa caméra embarquée. Bien sûr, à ce stade de la course, il a probablement 80 kg de carburant en plus qu'au moment où il a fait son tour le plus rapide [au tour 68, quand Norris n'avait pas le DRS comme il l'a fait en attaquant Verstappen]."
Toutefois, non seulement la trajectoire de Norris sur sa caméra embarquée indique qu'il aurait bien pris le virage s'il n'avait pas été forcé à sortir, mais les données de traçage GPS que Motorsport.com a vues sur d'autres tours de Norris, contredisent les propos de Horner. Norris n'a en réalité pas freiné beaucoup plus tard qu'il ne l'a fait au tour 9 ou au tour 11 où, dans les deux cas, il a pris le virage.
Il faut noter également que le Britannique n'a pas utilisé de frein moteur lors de l'accrochage avec Verstappen - il a freiné dès qu'il a relâché l'accélérateur à l'approche du virage 4 et, comme lors de l'incident d'Austin, Verstappen a semblé relâcher l'accélérateur différemment des autres tours plutôt que ses freins. C'est son coup de volant à droite qui a envoyé Norris dans l'herbe.
La décision de pénaliser lourdement Verstappen est-elle une conséquence de l'affrontement d'Austin ?
Photo de: Red Bull Content Pool
Après le Grand Prix de Mexico, Verstappen, plutôt détendu dans la zone d'interview du paddock souriant et plaisantant avec un attaché de presse de Red Bull, n'a pas été très bavard pour répondre aux questions des journalistes au sujet de ses pénalités.
Il a toutefois souligné l'incohérence des décisions des commissaires lors des deux derniers week-ends : "En fin de compte [au briefing des pilotes], tout le monde parle pour soi. Les règles peuvent-elles être améliorées ? Peut-être que oui, peut-être que non. C'est toujours la même chose. Je veux dire que je pilote comme je pense devoir le faire. La semaine dernière, ça allait, cette semaine, 20 secondes de pénalité. C'est comme ça. La vie continue."
Et il a raison. À Austin, soit Verstappen aurait dû être sanctionné pour avoir forcé Norris à sortir de la piste, soit aucune pénalité n'aurait dû être infligée. Mais, étant donné que les règles sur les dépassements hors piste sont plus claires, une sanction infligée aux deux pilotes semble être la solution privilégiée, d'après ce que l'on a entendu dans le paddock au Mexique.
Cette incohérence est précisément la raison pour laquelle il est si important de définir la limite avant la manche du Qatar, qui se tiendra début décembre. C'est à ce moment-là que les changements apportés aux directives de pilotage seront à nouveau présentés aux pilotes par la FIA.
Étant donné que le directeur de l'Association des pilotes de Grand Prix (GPDA), George Russell, a déclaré que "19 pilotes sur 20" étaient d'accord sur le fait qu'il fallait modifier en conséquence les directives de pilotage, les changements proposés par l'instance dirigeante devraient donc être approuvés par l'association des pilotes.
Verstappen dispose toujours d'une belle avance sur Norris à quatre manches de la fin du championnat.
Photo de: Mark Sutton
Bien que Verstappen possède une certaine avance de 47 points sur Norris au championnat, la course au Mexique a montré que le Néerlandais n'arrêtera pas pour autant de faire la course avec son rival, surtout vu la forme retrouvée des Ferrari.
Si cela ne fait guère de doute, l'élément le plus inquiétant est la façon dont Horner a suggéré que les choses n'iraient pas en s'arrangeant, expliquant que c'était la réaction de Verstappen lors du "premier clash" avec Norris, qui avait causé le deuxième incident, plus grave et moins maîtrisé par le pilote Red Bull. "Je pense que [le deuxième incident est dû à] la frustration de Lando qui n'a pas rendu sa place", a-t-il déclaré. "Les choses, elles ne font qu'escalader."
De l'autre côté, le patron de McLaren, Andrea Stella, a révélé après coup que l'équipe avait dit à Norris qu'elle approuvait et "confirmait" la façon dont il faisait la course : "Ce n'est pas à vous d'aller là-bas et de vous faire justice vous-même, vous faites la course d'une manière juste et sportive." Même Verstappen n'a pu défendre sa deuxième attaque face à la presse, se contentant de dire que "le virage 7 était ce qu'il était".
En arrivant à São Paulo le week-end prochain, et avec le fantôme de la course amère entre Verstappen et Hamilton en 2021 qui va planer au-dessus de cette 21e manche de la saison 2024 de F1, le débat autour de ces dépassements va inévitablement revenir sur le tapis. Toutefois, un exemple a été donné au Mexique et il est essentiel pour la santé sportive future de la F1 qu'il soit réitéré.
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