Pourquoi la F1 s'engage sur le long terme pour remplir un calendrier de 24 GP
Alors que l'intérêt pour l'organisation de Grands Prix de Formule 1 reste à son plus haut niveau, le PDG du championnat, Stefano Domenicali, est revenu sur l'approche derrière un calendrier déjà bien chargé.
Photo de : Steven Tee / LAT Images via Getty Images
Le calendrier de Formule 1 étant limité à 24 courses et la discipline continuant à enregistrer une croissance de ses indicateurs clés, y obtenir une place semble plus difficile que jamais.
La popularité de la F1 a suscité un regain d'intérêt de la part de villes, de pays et de gouvernements candidats à l'organisation, certains étant plus crédibles que d'autres.
Cependant, les responsables politiques qui annoncent prématurément qu'un accord autour d'un Grand Prix est déjà conclu ont peu de chances d'impressionner les responsables de la discipline.
Tout au plus, cela suggère que signer un un accord pourrait ne pas être une si bonne idée si le candidat à l'organisation sous-estime l'ampleur et la viabilité à long terme de l'organisation d'un épreuve à l'ère de Liberty Media, ou si la F1 est simplement utilisée comme outil pour acquérir une influence politique au niveau national.
Les commentaires des responsables indiens selon lesquels le Grand Prix reviendrait en 2027 ont surpris la direction de la F1 et ont été rapidement écartés, et des affirmations tout aussi fantaisistes émanent régulièrement d'Afrique du Sud.
Un retour de la F1 en Argentine ne semble pas non plus se profiler à court terme, Buenos Aires s'essayant d'abord à accueillir, avec succès, le MotoGP sur l'Autódromo Juan y Oscar Gálvez, récemment rénové. Un regain d'intérêt pour la F1 touche actuellement ce pays criblé de dettes grâce à la présence de Franco Colapinto, mais comme rien ne garantit que le pilote Alpine 2026 soit encore sur la grille lorsque l'Argentine sera prête à accueillir une course, la présence d'un pilote du cru ne peut à elle seule constituer une base solide pour un Grand Prix.
Ce que la direction de la F1 souhaite réellement voir dans un nouveau marché, c'est un plan financièrement viable qui lui donne la confiance nécessaire pour conclure un accord à long terme.
Ce n'est pas un hasard si, ces dernières années, la F1 s'est orientée vers des accords à très long terme sur les marchés clés, la majeure partie du calendrier étant au moins assurée jusqu'en 2032. Le très populaire Grand Prix d'Autriche sur le Red Bull Ring a même été prolongé jusqu'en 2041, tandis que Melbourne, Madrid, Bahreïn ou Montréal resteront au calendrier pendant au moins une décennie supplémentaire.
La F1 se rendra en Autriche jusqu'en 2041.
Photo de: Andy Hone/ LAT Images via Getty Images
C'est une situation gagnant-gagnant qui offre à une société cotée en bourse comme Liberty Media davantage de stabilité et des revenus garantis, mais qui aide également les promoteurs locaux et les pouvoirs publics à amortir des investissements importants dans les infrastructures sur une plus longue période. Il est en effet difficile pour un organisateur d'accepter de construire un tout nouveau paddock sans avoir la garantie qu'il sera utilisé plus d'une poignée de fois.
"L'un des aspects importants n'est pas le pic [d'intérêt] sur une seule année", a déclaré Stefano Domenicali, PDG de la F1, quand il a été interrogé par Motorsport.com sur la conquête de nouveaux marchés. "Il s'agit de savoir comment nous pouvons avoir l'assurance que, lorsque nous nous implantons dans un nouvel endroit, il existe une vision sur plusieurs années et qu'il y a un marché pertinent."
"Nous ne pouvons pas nous rendre dans un endroit où l'on observe peut-être un pic fantastique pendant une année, mais où, l'année suivante, [on se demande] quel est le business plan ? Quelle est votre base de fans ? Quelle situation commerciale vous donne la certitude de pouvoir être là pendant cinq ou dix ans ?' Nous avons donc besoin de voir cette preuve."
La F1 doit s'investir pour voir les GP investir
Le détenteur des droits commerciaux de la F1 affirme que celle-ci continue de susciter un vif intérêt à l'échelle mondiale de la part de promoteurs potentiels et que, avec un plafond strict de 24 courses, le marché reste favorable aux vendeurs.
Cela signifie que le championnat peut non seulement exiger des droits de licence élevés, mais aussi atteindre ses autres objectifs en matière de mobilité, d'hospitalité, de divertissement et de développement durable.
"Il y a beaucoup d'intérêt de la part d'autres régions, mais nous sommes assez bien placés au niveau des personnes qui nous font confiance en termes d'investissement à long terme, ce qui, selon nous, est une bonne chose", a ajouté Domenicali.
"C'est quelque chose que j'ai toujours dit lors des conférences téléphoniques avec les investisseurs lorsqu'ils me demandaient pourquoi nous concluions des accords à si long terme : tout d'abord, je le fais parce que nous croyons dans ces marchés. Mais ensuite, c'est parce que nous pouvons demander au promoteur d'investir. Sinon, avec un contrat de trois ans, comment pourriez-vous inciter le promoteur à investir ?"
"Par exemple, vous verrez que Miami va construire une nouvelle zone d'accueil dans les deux prochaines années. Nous poussons l'Australie, vous le verrez l'année prochaine, à construire un nouveau paddock et de nouvelles installations, car nous étendons le contrat à long terme. Il en va de même pour la Hongrie et Austin."
VIDÉO - Entretien exclusif avec Stefano Domenicali, patron de la F1
L'exemple de Budapest est pertinent car il a naturellement été plus difficile de garantir ces investissements à long terme en Europe que dans les États pétroliers ou d'autres marchés émergents. Le nombre de courses sur le Vieux continent a été remis en question, Barcelone et la Belgique ayant tour à tour été menacées, tandis que les organisateurs du Grand Prix des Pays-Bas ont estimé qu'une prolongation du contrat au-delà de 2026 représentait un risque financier trop important.
La F1 a toutefois réussi à prolonger certains de ses piliers européens comme Silverstone, Monza et Monaco, et l'ajout de contrats à plus court terme, comme celui du Portugal - qui s'est engagé pour 2027 et 2028 afin de reprendre la place de Zandvoort - ou encore de la Turquie, lui confère une certaine flexibilité pour compléter davantage le calendrier de 24 courses jusqu'à ce que certaines de ces épreuves de plus long terme se concrétisent.
Les promoteurs potentiels qui semblent avoir adopté la bonne approche jusqu'à présent sont la Thaïlande et la Corée du Sud, qui ont élaboré des plans pour des courses urbaines, respectivement à Bangkok et à Incheon.
Bien qu'aucun de ces deux pays ne semble particulièrement proche d'une concrétisation, les récents bouleversements politiques en Thaïlande ayant retardé les choses, ils ont tous deux présenté des projets qui semblent solides, comprenant des investissements importants, qu'ils soient publics ou privés. Le projet d'Incheon dépend également du résultat des prochaines élections municipales, ce qui souligne encore davantage à quel point il peut être délicat pour la F1 de trouver le bon moment pour conclure un accord.
La F1 à l'équilibre idéal en Amérique du Nord
Même si le développement aux États-Unis reste un objectif majeur pour la F1, avec beaucoup d'enjeux liés à son nouveau contrat de diffusion avec Apple, Domenicali a douché les espoirs d'ajouter encore plus de courses dans le pays, malgré l'intérêt manifesté par des villes telles que New York, Chicago et San Francisco.
Bien que la F1 soit désireuse d'y étendre sa présence si l'occasion se présente, elle organise déjà cinq courses en Amérique du Nord au sens large, à savoir à Miami, Montréal, Austin, Mexico et Las Vegas.
"Je pense qu'il y a beaucoup d'intérêt aux États-Unis de la part d'autres villes, et cet intérêt ne cesse de croître", a déclaré Domenicali, soulignant que tout ajout ne serait, de manière réaliste, possible que si l'une des courses existantes venait à disparaître. Parmi les courses nord-américaines, c'est le contrat renouvelé de Mexico qui expire en premier - en 2028 -, bien que les autorités locales souhaitent vivement travailler à une nouvelle prolongation.
"Nous devons rester prudents. Bien sûr, si à l'avenir nous n'avions plus le Mexique ou si d'autres choses se produisaient dans cette région du monde, nous pourrions y réfléchir. D'ailleurs, ils souhaitent renouveler leur contrat. Mais ajouter davantage de courses à l'heure actuelle ne serait, selon moi, pas équilibré."
Il faudrait la disparition d'un GP en Amérique du Nord avant que d'autres ne soient envisagés par la F1.
Photo de: Andy Hone/ LAT Images via Getty Images
L'établissement d'une relation à long terme confère également à la F1 davantage de marge de manœuvre pour mieux optimiser le calendrier sur le plan géographique, alors qu'elle s'efforce d'atteindre ses ambitieux objectifs en matière de CO2.
L'un de ses souhaits de longue date, désormais exaucé, était d'intervertir les dates du Canada et de Monaco afin que le premier puisse être associé à Miami, évitant ainsi des trajets de fret supplémentaires à travers l'Atlantique. L'écart de deux semaines entre les deux courses signifie toutefois que le personnel doit tout de même effectuer ce trajet supplémentaire ; ainsi, les discussions visant à rendre les déplacements plus durables semblent davantage axées sur la logistique que sur le personnel.
Si l'on ajoute à cela des facteurs tels que le climat local, les jours fériés et les fêtes religieuses, ainsi que la nécessité d'une pause hivernale et estivale, on comprend aisément pourquoi l'élaboration d'un calendrier de 24 courses s'apparente à un puzzle extrêmement complexe. Les voisins géographiques tiennent également à espacer leurs courses afin d'éviter une concurrence directe sur leur clientèle respective.
Domenicali considère que le calendrier actuel de la F1 offre désormais un juste équilibre entre les exigences commerciales et logistiques, qui tirent souvent dans des directions opposées.
"Je pense que nous avons déjà fait un grand pas en avant en matière d'optimisation du calendrier, même s'il ne faut pas oublier qu'il ne s'agit pas seulement de respecter les contraintes logistiques, mais aussi de prendre en compte l'aspect commercial de chaque épreuve", a-t-il déclaré.
"On peut dire que, d'un point de vue logistique, il serait possible d'organiser les quatre courses au Moyen-Orient à la suite les unes des autres, ainsi que les courses américaines, mais d'un point de vue commercial, cela ne serait pas viable. C'est pourquoi je pense qu'en termes d'équilibre, nous avons déjà fait un grand pas en avant cette année en plaçant le Canada après [Miami]."
"Je pense donc que, d'un point de vue logistique, le calendrier est correctement défini, compte tenu des contraintes commerciales."
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