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Opinion

Verstappen ne perd pas le titre en Espagne, mais son geste entache sa saison

Refaire l'histoire en en connaissant la fin n'a pas beaucoup de sens, mais la gravité du geste de Max Verstappen au GP d'Espagne demeure une sacrée tache sur une saison 2025 de F1 qui compte parmi ses meilleures.

Lando Norris, McLaren, Max Verstappen, Red Bull Racing

Photo de : Andrej Isakovic / AFP via Getty Images

Le film "L'Enfer du Dimanche" ("Any Given Sunday" en version originale) d'Oliver Stone - qui dépeint la saison d'une équipe de football américain - est particulièrement connu pour une scène : un discours de motivation en forme de montée en puissance quasi lyrique prononcé dans le vestiaire avant un match décisif par Al Pacino, qui joue le coach vieillissant de l'équipe que l'on suit.

Dans celui-ci, il dit - selon la version française doublée par le regretté José Luccioni : "Dans ces deux jeux, la vie ou le football, la marge d'erreur est si réduite - je veux dire, vous êtes un demi-pas en retard ou en avance et vous ne marquez pas, vous êtes une demi-seconde trop lent ou trop rapide et vous la manquez de peu. Les centimètres qu'il faut gagner, ils sont partout, autour de nous. Ils sont dans chaque opportunité de jeu, à chaque minute, à chaque seconde. [...] Parce qu'on sait que quand on ajoutera tous ces centimètres, c'est ça qui fera cette putain de différence entre gagner et perdre !"

La même logique s'applique évidemment à la Formule 1. Aujourd'hui, après 24 courses d'une saison de neuf mois, des gens essaient d'ailleurs de trouver LE moment - ce demi-pas ou cette demi-seconde - où l'un a gagné et l'autre a perdu, comme si cela pouvait apporter une réponse réconfortante ou donner une explication simple à une équation complexe.

Les opportunités d'inscrire ces deux points qui ont manqué à Max Verstappen - tout comme les opportunités pour ses rivaux d'en inscrire plus -, elles étaient effectivement partout, à chaque minute, mais l'important c'est qu'aujourd'hui, elles ne sont plus nulle part. C'est fini, c'est perdu. Le pétage de plombs d'Espagne, le harponnage d'Autriche, le tête-à-queue de Grande-Bretagne, l'erreur de Q1 à Interlagos, la glissade de Kimi Antonelli au Qatar, même le fait que Liam Lawson n'ait pas été écarté de la route du Néerlandais en Hongrie...

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On peut toujours s'amuser à réécrire l'histoire - et c'est un exercice qui peut être très stimulant - mais, comme les amateurs d'œuvres sur le voyage dans le temps le savent très bien, déplacez une chaise de quelques centimètres dans le passé et peut-être que le monde n'aura plus le même visage à votre retour dans le présent. Nous connaissons tous la fin d'une histoire déjà écrite de A à Z, changer un seul paramètre aurait peut-être changé tous ceux d'après. Alors, à quoi bon n'en modifier qu'un...

En cela, Max Verstappen a donc raison quand il a répondu au journaliste du Guardian, en conférence de presse d'après course à Abu Dhabi, qu'il oubliait "tous les autres trucs qui sont arrivés dans [sa] saison" en posant une question sur le rôle dans cette défaite de la collision volontaire du GP d'Espagne avec George Russell. 

Puis, visiblement agacé, le Néerlandais a ajouté, en allant jusqu'à prendre son interlocuteur à parti : "La seule chose que vous mentionnez, c'est Barcelone. Je savais que ça allait arriver. Et là, vous souriez bêtement. Je ne sais pas. Oui, ça fait partie de la course, au final. On apprend de ses erreurs. Le championnat compte 24 manches. J'ai aussi reçu beaucoup de cadeaux de Noël avant l'heure dans la seconde moitié, donc vous pouvez aussi vous poser ces questions."

Un geste difficile à oublier... même pour Verstappen

Max Verstappen après l'arrivée du GP d'Espagne.

Max Verstappen après l'arrivée du GP d'Espagne.

Photo de: Steven Tee / LAT Images via Getty Images

Néanmoins, il est tout de même difficile de mettre ce moment sous le tapis ou de le classer dans les "faits de course", dans l'analyse d'une saison qui - bien que sportivement impressionnante - restera entachée par ce moment indigne de son statut. Nous l'avions déjà largement mentionné dans un autre article d'opinion à l'époque, mais la sanction (10 secondes de pénalité, soit la pénalité standard pour une collision) semblait, sur le coup, bien dérisoire à la vue de l'évidence de ce que venait de commettre Verstappen. 

D'autant plus quand, trois semaines plus tard, la FIA a publié les lignes directrices sur les pénalités qui sont censées guider les commissaires (et ce depuis le début de la saison). Il est ainsi indiqué en page 3 que "provoquer une collision avec une intention apparemment délibérée ou irréfléchie" était passable d'un stop-and-go de 10 secondes (donc d'un passage par les stands + une immobilisation sans possibilité d'intervenir sur la voiture de 10 secondes), pouvant être transformé en 30 secondes de pénalité après la course si elle n'a pas le temps d'être réalisée en course.

Surtout, cette infraction, une fois caractérisée pouvait se monter à 4 points de pénalité sur la licence, au lieu des 3 points qu'il a reçus ce jour-là. Or, Verstappen comptait 11 points de pénalité après la manche catalane. Pour rappel, à 12, c'est une suspension automatique pour la course suivante...

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L'histoire ne se refait pas, mais que l'on mentionne avant tout Barcelone comme un moment important de la saison du Néerlandais n'est pas fortuit - lui-même en parlait d'ailleurs comme de la seule "critique" qu'il estimait avoir à s'adresser il y a un peu moins d'un mois. A-t-il perdu le titre ce jour-là sur ce coup de sang invraisemblable ? Ou, au contraire, la mansuétude des commissaires lui a-t-elle en fait laissé indûment plus de chances de le remporter ?

Encore une fois, ce n'est pas le sujet, mais ne faisons pas comme si ce qui s'était passé ce jour-là n'était qu'une péripétie de plus ou qu'un simple incident de course.

C'est une tache difficilement effaçable, un geste incompréhensible pour tout pilote mais surtout pour un champion de son envergure et rien, pas même la colère qui l'animait à ce moment-là, ne l'excuse. Par la suite, et c'est là que l'on préfère "Super Max", il se sera montré sous son meilleur jour de nombreuses fois, profitant du regain de forme de Red Bull pour inverser de façon spectaculaire la tendance, de façon d'ailleurs rarement problématique ou polémique, jusqu'à être en lice pour le titre à la dernière course.

Aurait-il mérité d'être champion ? Là encore, chacun aura son avis, mais c'est une question bien futile. Un championnat ne se mérite pas, il se gagne. Verstappen l'a perdu pour deux points. À bien des égards, c'est un dénouement paradoxal - prévisible dans la défaite mais inattendu dans sa faible ampleur -, tout aussi paradoxal que de voir le meilleur pilote et l'un des plus intelligents de la discipline perdre bêtement ses nerfs et des points sur une action aussi grossière. 

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