Vowles : "Sargeant savait depuis longtemps qu'il était en danger"
James Vowles, directeur de l'écurie Williams, est revenu sur les moments positifs et négatifs d'une saison 2024 en dents de scie pour l'écurie britannique : de la signature de Carlos Sainz, au départ de Logan Sargeant, en passant par l'arrivée de Franco Colapinto.
Photo de : Andrew Ferraro / Motorsport Images
Après une première saison relativement satisfaisante sous les couleurs de Williams, avec une septième place au championnat du monde des constructeurs, James Vowles vit une campagne 2024 plutôt mouvementée. Entre le surpoids de ses monoplaces en début de saison, les problèmes de châssis manquant lors du Grand Prix d'Australie, l'arrivée de Carlos Sainz en 2025 et le départ de Logan Sargeant, remplacé par Franco Colapinto pour les neuf dernières manches, le directeur de l'écurie britannique était sur tous les fronts.
Engagé par Williams pour redresser l'équipe et la ramener sur le devant de la scène, Vowles est conscient qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir pour y arriver. Cette saison, malgré le gros coup d'éclat en Azerbaïdjan avec les deux monoplaces terminant dans les points, Williams est neuvième du classement constructeurs, où le double podium d'Alpine à Interlagos a fait mal.
"Quand on me pose la question, êtes-vous satisfait de la première moitié de la saison ? On répond clairement 'non'", a déclaré Vowles à Motorsport.com. "Nous avions tellement de potentiel et de performances dans la voiture que nous n'avons pas su les exploiter, et c'est frustrant. Mais je pense que tout n'est qu'une étape vers l'objectif à long terme. C'est ainsi que je vois les choses."
Carlos Sainz quittera la Scuderia Ferrari pour rejoindre Williams en 2025.
Photo de: Glenn Dunbar / Motorsport Images
"Carlos est un renfort fantastique, mais il n'est qu'une des 1000 choses que nous devons faire sur notre chemin vers le retour aux avant-postes. Il s'agit d'ajouter de la performance à la voiture et de démontrer concrètement à nous-mêmes, et non au monde entier, que nous sommes capables de développer une voiture avec succès face à un peloton très féroce aujourd'hui."
"Donc, parce que j'ai cette base de 2026-2027 et que j'essaie juste de mettre en place quelques fondamentaux, vous vous détachez en quelque sorte de tout ce que vous faites à ce stade. Cela semble étrange, mais cela vous donne la base dont vous avez besoin, pour ne pas vous laisser emporter par les hauts et les bas de tout cela, parce qu'il y en a beaucoup."
Le départ de Sargeant a été "difficile"
Alors que beaucoup ne voyait pas Logan Sargeant continuer au-delà de 2024 chez Williams, son aventure s'est terminée prématurément à l'issue du Grand Prix des Pays-Bas. Sans progrès face à son coéquipier Alexander Albon depuis ses débuts en F1, l'accident de Zandvoort a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase pour James Vowles, qui a dû prendre l'une des décisions les plus difficiles, humainement.
"Je savais ce que cela impliquait quand j'ai choisi de faire ce travail, mais si vous regardez sur toute la grille, il y a très peu de directeurs d'équipe qui ont changé leur pilote en milieu d'année", a-t-il déclaré. "C'est difficile à faire. Mais ce qui me motive, c'est l'ouverture et l'honnêteté. Logan savait depuis longtemps qu'il était en danger et qu'il connaissait ses objectifs."
La Williams FW46 de Logan Sargeant accidentée lors du Grand Prix des Pays.
Photo de: Simon Galloway / Motorsport Images
"J'ai préféré lui dire de manière très crue : 'Voilà où tu n'es pas assez performant, et c'est entre tes mains. Je t'aiderai autant que possible. Mais si nous n'y arrivons pas, c'est là que nous ferons des changements'. Je me sens donc à l'aise avec moi-même, je sais que j'ai donné toutes les chances à Logan et que je l'ai soutenu en même temps. Mais ma responsabilité n'est pas envers un seul membre de l'équipe, elle est envers 1000 personnes qui sont ici tous les week-ends, jour après jour."
L'impact de Colapinto
Après le départ de Logan Sargeant, c'est Franco Colapinto, que personne n'attendait, qui a été promu pour terminer les neuf dernières manches de la saison aux côtés d'Alex Albon. Aux yeux des spectateurs, du paddock et sans doute à ceux de l'écurie elle-même, le départ douloureux de Logan Sargeant a vite été oublié en raison des performances impressionnantes de l'Argentin.
Capable de marquer des points à deux reprises, Colapinto s'est montré directement à l'aise au volant de la Williams, lui valant les éloges des pilotes et des écuries et se retrouvant en capacité de déjà bouleverser la grille 2025. Son actuel patron, James Vowles, a fait un parallèle entre ce qui est arrivé à l'Argentin et son propre parcours en F1.
"J'ai été diplômé il y a 30 ans", a déclaré Vowles. "Quelqu'un m'a fait confiance et m'a donné des opportunités tout au long de ma carrière, et je suis là aujourd'hui. Franco était quelqu'un que je connaissais avant même qu'il ne rejoigne Williams. Il n'avait pas d'entraînement, il a sauté dans la voiture et a fait ce qu'il pouvait avec. Il est sacrément rapide, il méritait une chance et j'ai pu voir quelque chose que le reste du monde ne pouvait pas voir. Il l'a fait, et c'est un facteur de bien-être."
Franco Colapinto, Williams Racing, célèbre son arrivée dans les points (huitième) en Azerbaïdjan.
Photo de: Sam Bloxham / Motorsport Images
"Mon cœur et celui de Williams, et c'est pourquoi nous sommes si bien alignés, c'est d'investir dans les générations futures", a ajouté Vowles. "Franco incarne fondamentalement cela. Nous faisons de même au sein de l'usine avec de brillants diplômés que nous faisons progresser dans l'organisation et à qui nous donnons leur chance. C'est gratifiant parce que c'est vraiment au cœur de ce que je veux. Je veux que les générations futures ne me poussent pas hors de mon rôle, mais qu'elles me mettent au défi au point de devoir lâcher les rênes de quelque chose dont je suis responsable."
La remarque à Mick Schumacher
Alors que James Vowles a prouvé la valeur de son travail sur la piste, l'un des récents épisodes concernant le patron de l'écurie Williams s'est passé en dehors de la piste lors de sa sortie sur Mick Schumacher, estimant que le jeune allemand n'était pas "spécial" mais juste "bon".
Une sortie qui a fait les gros titres à l'issue du Grand Prix d'Italie, lorsque Vowles a justifié son choix de se tourner vers Colapinto plutôt que Schumacher. Après des excuses publiques envers l'ancien pilote Haas et sa famille, Vowles est revenu sur ces évènements et a admis que ces derniers lui avaient donné une bonne leçon pour faire plus attention à ses propos.
"C'est difficile parce que, pour moi, ce n'est clairement pas ce que je voulais dire, et c'est pourquoi je suis allé m'excuser immédiatement auprès de lui, de sa famille et de tous ceux qui l'entouraient", a-t-il déclaré. "J'étais dévasté à l'époque, parce que cela m'a montré le pouvoir de quelques mots, et que je dois être beaucoup plus diligent dans ce que je fais et comment je le dis. C'était une leçon d'apprentissage qui, je l'espère, restera avec moi pour toujours."
Propos recueillis par Jonathan Noble
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