Analyse

Pourquoi l'union Pramac-Yamaha s'impose à toutes les parties concernées

Avec l'arrivée de Marc Márquez dans l'équipe officielle Ducati et le départ de Jorge Martín vers Aprilia, une alliance entre Yamaha et Pramac semble désormais être la meilleure solution pour satisfaire les intérêts des deux constructeurs, mais aussi au-delà.

Franco Morbidelli, Pramac Racing

Quelques journées très mouvementées la semaine dernière ont acté le passage de Marc Márquez dans l'équipe d'usine Ducati et le transfert de Jorge Martín chez Aprilia pour la saison prochaine. Ces deux décisions vont avoir une influence décisive sur les plans de l'équipe Pramac Racing pour l'avenir, elle qui envisage sérieusement de mettre un terme à son partenariat avec Ducati, scellé en 2005.

Le team italien est aujourd'hui en concurrence directe avec l'équipe du constructeur, au point d'avoir remporté l'an dernier le championnat des équipes et de mener actuellement celui des pilotes. Mais malgré la qualité du matériel qui lui est fourni, Paolo Campinoti réfléchit à une nouvelle alliance, cette fois avec Yamaha.

Le constructeur d'Iwata est privé d'équipe satellite depuis deux ans, bloqué à seulement deux motos sur la grille. Lin Jarvis, sur le départ, s'est fixé pour dernière mission de rétablir une situation plus équilibrée, avec une équipe partenaire pouvant soutenir le développement. Il ne lui échappe pas que, malgré les avantages apportés par les concessions, le nombre de motos engagées en course est un support déterminant, ce que Ducati a prouvé en réussissant à faire la différence grâce à la quantité de données emmagasinées avec huit motos sur la grille.

Yamaha traverse l'un des pires moments de son histoire dans le championnat. Avant-dernier constructeur du plateau aujourd'hui, il ne devance que Honda. Seulement, contrairement au HRC, Yamaha prend de nouvelles directions : la marque a recruté deux anciens de Ducati l'hiver dernier, Max Bartolini pour sa gestion technique et Marco Nicotra à l'aéro. La nouvelle approche et la dynamique qu'ils apportent ne faisant pas tout, eux aussi apprécieraient que le nombre de M1 en piste soit doublé afin d'obtenir plus de données à analyser.

Lin Jarvis a fait prolonger Fabio Quartararo, maintenant il lui reste une dernière mission à réussir.

Lin Jarvis a fait prolonger Fabio Quartararo, maintenant il lui reste une dernière mission à réussir.

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Quand il estimait, au micro de Motorsport.com, que ramener une équipe satellite à Iwata "serait la meilleure chose à faire pour le championnat et aussi pour Yamaha", Lin Jarvis pensait que tout serait "réglé avant le Mugello". Nous étions alors à Austin, et c'est là, d'après nos informations, et sans que Jarvis ait eu d'influence directe sur le sujet, que les relations entre Pramac et Ducati ont commencé à se tendre sérieusement.

Paolo Campinoti a entre les mains la possibilité de prolonger de deux ans l'accord qui lie Pramac à Ducati et qui garantirait à son équipe le maintien du soutien du constructeur avec deux Desmosedici de dernière spécification, identiques à celles pilotées par Marc Márquez et Pecco Bagnaia. Pour autant, Ducati, qui a le souci de contenir ses dépenses en MotoGP, lesquelles ont à nouveau explosé, estime qu'il existe des options plus intéressantes. La plus séduisante serait celle qui placerait VR46 à la place de Pramac. Et voilà précisément ce qui dérange Campinoti, qui estime ne pas mériter un tel traitement de la part de Ducati avec qui son équipe a partagé tant d'années de galère quand les résultats n'étaient pas au rendez-vous.

"Le risque [de perdre Pramac] est bien réel", a confirmé Gigi Dall'Igna, directeur général de Ducati Corse, dans l'une des rarissimes interviews qu'il ait données, à Sky Sport en Italie, au moment de l'officialisation de Márquez. Quelques jours plus tôt, pendant le GP d'Italie, Gino Borsoi, team manager Pramac, tenait pour acquis que son équipe aurait bien deux GP25 la saison prochaine… mais le directeur sportif du constructeur, Mauro Grassilli, s'était empressé de préciser quelques heures plus tard que Pramac n'avait pas encore officiellement fait valoir sa clause contractuelle.

"Nous avons beaucoup travaillé depuis le début de la saison pour avoir Pramac les deux prochaines années. Évidemment, nous sommes très heureux de ce que Gino a dit hier. Nous n'avons pas encore la confirmation écrite, nous espérons l'avoir aussi vite que possible", a déclaré Mauro Grassilli. Or, d'après les informations de Motorsport.com, le renouvellement du contrat liant les deux parties est automatique, Pramac doit seulement informer le constructeur d'une éventuelle volonté de le rompre, et ce avant la fin du mois de juillet. Et étant donné la colère qui l'anime, il ne serait pas surprenant que Paolo Campinoti attende la dernière minute pour révéler ses plans à Ducati.

La relación entre Paolo Campinoti, propietario de Pramac, y Gigi Dall'Igna, director general de Ducati, se ha deteriorado hasta el punto de ser inexistente

La relation entre Paolo Campinoti, propriétaire de Pramac, et Gigi Dall'Igna, directeur général de Ducati Corse, s'est dégradée au point d'être aujourd'hui inexistante.

Photo de : Gold and Goose / Motorsport Images

Les événements des deux dernières semaines sont venus s'ajouter à l'équation. Maintenant que Jorge Martín a lié son avenir à celui d'Aprilia, après un imbroglio ayant vu Marc Márquez snober magistralement Pramac, et sans négliger la lassitude de Campinoti, il ne serait pas surprenant que la possibilité d'accepter la proposition de Yamaha ait pris bien plus de poids que celle de rester chez Ducati dans l'esprit du patron italien.

C'est d'autant plus possible que conserver la Ducati officielle signifierait pour Pramac devoir réaliser un investissement important, et ce sans avoir la certitude de se battre pour les podiums, les victoires et le titre. Car sans Martín, et donc sans Márquez pour compenser son départ, il va falloir que Pramac cherche un pilote de talent pour accompagner Fermín Aldeguer. Celui-ci, qui court aujourd'hui en Moto2, détient un contrat avec Ducati pour faire ses débuts en MotoGP l'année prochaine avec la première équipe satellite de la marque.

Tout ce scénario pousse certains à considérer que l'investissement comporterait un certain risque pour Pramac. De l'autre côté, sa situation oblige Yamaha à offrir des conditions beaucoup plus avantageuses à tous points de vue, et il est de notoriété publique que la proposition faite par Iwata a de réels arguments financiers.

Au milieu de tout cela se trouve le team VR46. Celui-ci a changé de stratégie, alors qu'il y a encore quelques mois, Uccio Salucci revendiquait son désir de jouer un rôle plus important au sein du groupe Ducati. Aujourd'hui, le directeur et son team manager, Pablo Nieto, misent sur la discrétion, bien conscients que le temps et les crispations joueront en leur faveur. Récupérer le statut d'équipe B de Ducati voudrait dire pour VR46 aligner Fermín Aldeguer, qui était déjà dans le radar de l'équipe l'an dernier, et offrir à ses pilotes de meilleures conditions que celles actuelles pour espérer retrouver les avant-postes.

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