Analyse

Les effets immédiats de l'arrivée de Marc Márquez chez Ducati

En quatre jours, Marc Márquez a fait plier Ducati, irrité Pecco Bagnaia et sûrement Valentino Rossi, et formidablement boosté ses chances de remporter un titre mondial qui justifierait définitivement la préférence qui lui a été accordée face à Jorge Martin.

Marc Marquez, Gresini Racing

Quiconque pensait que Marc Márquez pouvait avoir perdu de son influence en MotoGP après les épreuves qu'il a traversées peut aller se rhabiller. Bien qu'étant entré dans le cercle restreint des trentenaires, bien que n'ayant plus gagné depuis deux ans et demi et n'ayant plus été en lutte pour le titre depuis 2019, l'Espagnol reste une star et le fait qu'il ait été promu dans la première équipe du championnat pour les deux années à venir le prouve aisément.

Au guidon d'une Ducati depuis sept Grands Prix, un modèle de l'an dernier en l'occurrence, il a montré en piste qu'il était toujours le champion que l'on sait, l'un des plus grands que la course moto ait connus. Compétiteur jusqu'au bout des ongles, il est capable de tout lorsqu'arrive la course, y compris d'effacer deux mauvaises qualifications au Mans et à Barcelone pour accrocher des podiums à une époque où les dépassements seraient censément devenus très compliqués en MotoGP.

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Il n'y a pas que son talent de pilote qui fait sa force. Car quand il descend de sa moto, Marc Márquez est le meilleur pour apporter de la visibilité au MotoGP, ce qu'il a prouvé à maintes reprises au cours des derniers mois, de son premier test sur la Ducati qui a entraîné un suivi exceptionnel, jusqu'aux célébrations de ses podiums dernièrement, où il a offert un tel show que la portée en a été décuplée bien au-delà du championnat. Il est le produit parfait si l'on considère qu'il mêle talent sportif et aura marketing, ce que recherche toute marque. Ducati ne pouvait pas laisser passer une telle opportunité, quitte à remiser au placard sa politique de formation de jeunes talents.

 

Et puis, au-delà des arguments qui ont convaincu le constructeur italien de le promouvoir, la manière dont cela s'est fait montre aussi que Márquez reste bel et bien un homme de pouvoir en MotoGP. Il y a eu du Machiavel dans les événements des derniers jours si l'on se réfère à l'adage selon lequel la fin justifie les moyens. Et cela va maintenant laisser des traces : même si l'Espagnol ne rejoindra sa nouvelle équipe que la saison prochaine, ce transfert est si important qu'il entraîne des effets collatéraux perceptibles dès cette année.

Car en quatre jours, Márquez a réussi à faire plier les dirigeants de Ducati, qui avaient imaginé une stratégie leur permettant de garder à la fois Martín et lui. Le seul plan qui a fonctionné, finalement, c'est celui du #93, qui en refusant publiquement le guidon qui lui était destiné, a obligé les responsables du constructeur à trahir la parole qu'ils avaient donnée à Martín.

"Pramac n'est pas une option pour moi" : une petite phrase simple, prononcée avec fermeté par un pilote qui pouvait faire valoir l'intérêt de la concurrence pour menacer, de façon crédible, de s'en aller. Il n'en fallait pas plus pour faire paniquer les responsables de Ducati, craignant alors de le voir partir pour Aprilia. Face à ce risque, la priorité du constructeur a changé dès l'arrivée de Claudio Domenicali au Mugello samedi : seule la signature de Márquez comptait désormais.

Marc Márquez Ducati

Marc Márquez sera en rouge ces deux prochaines saisons.

Cette signature va beaucoup plus loin qu'il n'y paraît. Au cours de ces quatre jours, entre le moment où Márquez a dit non à Pramac et celui où Mauro Grassilli, directeur sportif de Ducati Corse, a été contraint d'annoncer à Martín que Ducati ne pouvait pas lui offrir ce qu'il lui avait promis, c'est-à-dire dimanche après-midi, l'ancien pilote Honda a fait bien plus que s'assurer la meilleure moto de la grille pour les deux prochaines années.

D'une part, car alors que l'opération se préparait, Pecco Bagnaia, aujourd'hui leader du groupe Ducati, a simplement demandé que celui qui serait choisi pour faire équipe avec lui respecte l'harmonie qui règne dans le box Ducati. Or, au vu de l'imbroglio que Márquez a créé pour arriver à ses fins, le double Champion du monde sent bien que ce ne sera pas le cas.

"Lorsque nous l'avons annoncé à Pecco, il a eu une réaction de champion. Il voit cela comme une grande motivation, pour continuer à grandir en tant que pilote", a déclaré un membre de Ducati à Motorsport.com. Gigi Dall'Igna ne cache pas néanmoins qu'il nourrit quelques inquiétudes au sujet de la gestion sportive qu'il va falloir mener la saison prochaine.

Un risque "réel" de perdre Pramac

À Borgo Panigale, on sait que les événements des derniers jours ont aussi fait des remous chez Pramac, où l'on a très peu apprécié d'être ainsi snobé par le #93. Alors que l'équipe de Paolo Campinoti a entre les mains une offre juteuse de la part de Yamaha, le patron de Ducati Corse admet qu'il existe aujourd'hui une possibilité réelle de perdre celui qui est le team satellite privilégié de Ducati depuis des années.

"Le risque est bien réel. Nous le regretterions, Pramac et Campinoti sont avec nous depuis énormément de temps, ils font partie de notre succès. Tout doit encore être évalué, mais effectivement, le problème existe", a ainsi déclaré Gigi Dall'Igna à Sky Sport en Italie.

Dès lors, il est logique que le team VR46 hérite du statut dont bénéficie aujourd'hui Pramac, si jamais l'équipe décidait véritablement de passer chez Yamaha. Malgré tout, on peut difficilement croire que Valentino Rossi saute de joie face à l'arrivée de Marc Márquez sur la meilleure moto du plateau. Pour deux raisons. D'abord car, tandis que l'Espagnol était chez Honda, l'héritage du Docteur était assuré par un Bagnaia dominateur, ainsi que par une équipe portant sa marque et de plus en plus proche de Ducati donc. Et puis, le pilote de Tavullia a de quoi être pincé à l'idée que son ennemi éternel puisse remporter deux titres supplémentaires (sinon plus) et dépasse son statut de nonuple Champion du monde.

Marc Márquez, Gresini Racing

En coiffant Jorge Martin au poteau, Marc Márquez a donné un coup de pied dans la fourmilière.

Photo de: Gold and Goose / Motorsport Images

Et ce n'est pas tout. Car la finalité, c'est aussi que le choix de Márquez a poussé vers la sortie deux pilotes qui figurent aujourd'hui parmi les quatre premières places du championnat. Et notamment Jorge Martín, vice-Champion du monde en titre et aujourd'hui leader à la fois rapide et mature, qui s'est empressé de signer pour Aprilia, où il trouvera celle qui est considérée comme la deuxième meilleure moto de la grille.

Claudio Domenicali et ses équipes ne seraient évidemment pas ravis si le #1 du champion était récupéré dès la saison prochaine par Noale en cas de victoire de Martín au championnat. De fait, cela aussi pourrait avoir des conséquences immédiates. Car Márquez n'a pas seulement écarté un adversaire coriace dans sa lutte pour ce titre et les suivants, il s'est aussi assuré que, d'ici à la fin de la saison, Ducati n'épargne aucune ressource pour l'aider à coiffer une neuvième couronne, ce qui justifierait définitivement la décision de le choisir, lui, et non Martín.

Mais attention au revers de bâton, car le #89 pourrait aussi avoir plus faim que jamais à l'idée d'entrer dans l'Histoire en remportant le championnat avec une équipe satellite puis en menant Aprilia au sacre par la suite...

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