Antonelli mène le championnat mais est-il plus rapide que Russell ?
Kimi Antonelli compte neuf points d'avance sur George Russell dans la course au titre 2026 de F1. Toutefois, les écarts entre eux sur la piste sont très ténus. Analyse.
Photo de: Sam Bagnall / Sutton Images via Getty Images
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Il n'était absolument pas surprenant que George Russell soit désigné favori par les bookmakers pour le titre 2026 de Formule 1 avant même le début de la saison, compte tenu des performances de Mercedes lors des essais de pré-saison.
Peu de gens s'accordaient sur la hiérarchie ensuite : une combinaison de Charles Leclerc, Max Verstappen, Lando Norris et Oscar Piastri occupait les deuxième et troisième places dans les pronostics d'avant-saison, et certains bookmakers ayant même ajouté Fernando Alonso à la liste des favoris.
Kimi Antonelli, quant à lui, n'a jamais vraiment fait partie de ce débat. Pourtant, il se tient aujourd'hui à la première place du championnat pilotes avec neuf points d'avance, et deux victoires contre une pour Russell. Certes, Russell a connu des contretemps lors des premières manches, mais les performances d'Antonelli suggèrent que le jeune Italien mérite bien son avance précoce.
Lorsqu'Antonelli a fait son arrivée en F1 l'année dernière, il a été accueilli avec autant d'enthousiasme que de scepticisme. Mercedes a dû trouver un équilibre délicat pour gérer les attentes ; ses dirigeants s'attendaient à ce que cet espoir de longue date devienne un futur champion potentiel, mais ont tenu à ne pas lui mettre la pression dès le début.
L'équipe souhaitait permettre à Antonelli de mûrir sous les projecteurs de la F1, sachant que le championnat regorge de diamants bruts qui n'ont jamais été suffisamment polis pour devenir champions.
Bien que Russell reste le favori, Antonelli s'est révélé beaucoup plus proche de lui que prévu. Mais sont-ils vraiment au même niveau, et quel pilote est le plus rapide ? Examinons la question - en gardant à l'esprit que l'échantillon de données pour 2026 n'est pas particulièrement vaste pour l'instant.
Sur un tour : léger avantage pour Russell
L'avance de Russell en qualifications au cours des trois premières manches représente environ un dixième au tour.
Photo de: Clive Mason / Getty Images
À l'heure actuelle, les deux pilotes Mercedes ne sont pas très loin l'un de l'autre. La manière la plus simple d'évaluer leur rythme sur un tour est d'utiliser les "super temps", qui consistent à prendre le meilleur tour réalisé par un pilote et à le comparer, en pourcentage, au meilleur temps absolu.
En Australie, Russell a décroché la pole position, Antonelli terminant à un peu moins de 0,3 seconde, créant un écart de 0,373% entre les deux. Et, bien qu'Antonelli ait décroché la pole du Grand Prix de Chine (aidé en cela par les problèmes de Russell lors de la Q3), les temps des qualifications sprint ont été plus rapides. Dans cette séance, Russell s'est à nouveau imposé avec un peu moins de 0,3 seconde d'avance, soit cette fois-ci un écart de 0,313%. La pole d'Antonelli au Japon s'est jouée sur une marge similaire, lui permettant de devancer son coéquipier plus expérimenté de 0,336%.
Au total, l'écart de Russell par rapport au meilleur temps théorique (100 %) s'élève à 0,112%, tandis qu'Antonelli est à 0,230% du meilleur temps théorique. En prenant l'hypothèse un meilleur tour idéal qui serait de 1'30"000, Russell signerait ainsi un temps de 1'30"101 contre 1'30"207 pour Antonelli. Il s'agit là d'un écart infime de 0"106, qui peut très facilement être comblé par une sortie de virage un peu meilleure ou quelques km/h de vitesse de pointe en plus en ligne droite.
En course : Antonelli devant pour moins d'un dixième
Il est un peu plus difficile de comparer le rythme de course pur, car les deux pilotes Mercedes se sont tous deux retrouvés pris dans le peloton lors des premiers tours. Les départs laborieux sont un problème récurrent qui semble endémique à l'équipe ; même McLaren, pourtant équipée d'un moteur Mercedes, n'a pas connu autant de difficultés au départ au Japon (même si elle n'en est pas souvent arrivée à ce stade sur ce début de saison 2026...).
Ce que nous pouvons faire, c'est comparer les relais de course où les deux pilotes roulaient avec le clean air, c'est-à-dire avec la voie dégagée. Cela exclut une grande partie de la course au Japon, puisque Russell a passé la majeure partie de son après-midi à se battre avec les McLaren et les Ferrari.
Mais nous pouvons examiner les deux relais en Australie et en Chine, lorsque les deux voitures avaient soit distancé le reste du peloton, soit un écart suffisant pour ne pas être gênées par les voitures devant. À partir du 20e tour en Australie, les périodes de VSC étaient terminées et les Ferrari (qui n'avaient pas encore fait d'arrêt au stand à ce stade) étaient suffisamment loin devant, tandis qu'en Chine, cela ne s'applique qu'à partir du moment où Russell s'est hissé à la deuxième place au 29e tour.
En ce qui concerne la période comprise entre le 21e tour et la fin de la course en Australie - après avoir écarté les 33e et 34e tours, où le VSC était en vigueur -, Antonelli affichait un temps moyen de 1'22"958, tandis que Russell tournait à une moyenne de 1'23"057. Sur l'ensemble de ces tours, Antonelli a été globalement plus rapide de 3,543 secondes que Russell, ce qui équivaut à environ 0,1 seconde par tour.
Antonelli vs Russell, au Grand Prix d'Australie 2026 (tour 21 à 58)
| Tour | Antonelli | Russell | Diff. |
|---|---|---|---|
| 21 | 82.781 | 82.67 | 0.111 |
| 22 | 82.862 | 82.892 | -0.03 |
| 23 | 82.582 | 82.828 | -0.246 |
| 24 | 83.222 | 83.466 | -0.244 |
| 25 | 84.545 | 82.879 | 1.666 |
| 26 | 83.138 | 83.093 | 0.045 |
| 27 | 83.103 | 83.188 | -0.085 |
| 28 | 83.03 | 83.39 | -0.36 |
| 29 | 82.968 | 83.486 | -0.518 |
| 30 | 82.889 | 83.272 | -0.383 |
| 31 | 82.88 | 83.147 | -0.267 |
| 32 | 83.239 | 83.54 | -0.301 |
| 35 | 83.292 | 83.017 | 0.275 |
| 36 | 82.865 | 82.729 | 0.136 |
| 37 | 82.966 | 82.839 | 0.127 |
| 38 | 82.989 | 82.863 | 0.126 |
| 39 | 82.921 | 82.738 | 0.183 |
| 40 | 82.672 | 82.915 | -0.243 |
| 41 | 82.928 | 83.073 | -0.145 |
| 42 | 82.942 | 83.054 | -0.112 |
| 43 | 83.015 | 82.893 | 0.122 |
| 44 | 83.079 | 82.856 | 0.223 |
| 45 | 83.123 | 83.477 | -0.354 |
| 46 | 83.038 | 83.751 | -0.713 |
| 47 | 83.066 | 83.033 | 0.033 |
| 48 | 82.992 | 83.034 | -0.042 |
| 49 | 83.245 | 82.844 | 0.401 |
| 50 | 82.903 | 83.087 | -0.184 |
| 51 | 82.625 | 82.762 | -0.137 |
| 52 | 82.558 | 83.106 | -0.548 |
| 53 | 82.613 | 83.069 | -0.456 |
| 54 | 82.842 | 83.1 | -0.258 |
| 55 | 82.928 | 82.67 | 0.258 |
| 56 | 82.603 | 82.757 | -0.154 |
| 57 | 82.417 | 83.188 | -0.771 |
| 58 | 82.653 | 83.351 | -0.698 |
Pour la Chine, nous prendrons comme référence de départ le 30e tour, le premier tour "propre" où Russell devançait nettement les Ferrari. Nous écarterons aussi l'erreur d'Antonelli au 53e tour, où la nervosité l'a peut-être trahi et lui a valu un blocage des roues à l'épingle ; il s'agit après tout d'une anomalie statistique.
Jusqu'à présent, en 2026, Antonelli dispose d'un avantage infime en rythme de course.
Photo de: Alastair Staley / LAT Images via Getty Images
Le temps moyen au tour d'Antonelli sur cette séquence, en excluant le tour 53, s'élève à 1'35"869 ; celui de Russell est de 1'35"860. Ainsi, Russell a été à peine plus rapide de 0,2 seconde sur l'ensemble des 26 tours, soit 0,009 seconde par tour.
Antonelli vs Russell, au Grand Prix de Chine 2026 (tour 30 à 56)
| Tour | Antonelli | Russell | Diff. |
|---|---|---|---|
| 30 | 96.166 | 96.438 | -0.272 |
| 31 | 96.108 | 96.207 | -0.099 |
| 32 | 95.983 | 95.977 | 0.006 |
| 33 | 96.443 | 96.107 | 0.336 |
| 34 | 96.021 | 95.852 | 0.169 |
| 35 | 96.037 | 96.162 | -0.125 |
| 36 | 96.014 | 95.914 | 0.1 |
| 37 | 96.159 | 95.531 | 0.628 |
| 38 | 95.526 | 95.529 | -0.003 |
| 39 | 95.494 | 95.497 | -0.003 |
| 40 | 96.15 | 95.636 | 0.514 |
| 41 | 95.343 | 95.641 | -0.298 |
| 42 | 95.93 | 96.661 | -0.731 |
| 43 | 95.936 | 95.644 | 0.292 |
| 44 | 95.332 | 95.542 | -0.21 |
| 45 | 95.528 | 95.677 | -0.149 |
| 46 | 95.282 | 96.407 | -1.125 |
| 47 | 95.501 | 95.668 | -0.167 |
| 48 | 95.706 | 96.095 | -0.389 |
| 49 | 95.523 | 95.87 | -0.347 |
| 50 | 95.659 | 95.681 | -0.022 |
| 51 | 96.011 | 95.531 | 0.48 |
| 52 | 95.275 | 95.547 | -0.272 |
| 54 | 96.176 | 96.457 | -0.281 |
| 55 | 96.378 | 95.695 | 0.683 |
| 56 | 96.929 | 95.4 | 1.529 |
D'après les données dont nous disposons, les performances des deux pilotes se sont avérées très proches lors des premières manches du championnat.
En l'absence de tours de piste simultanés à l'air libre au Japon, nous perdons un autre élément de comparaison, mais disons simplement qu'Antonelli a semblé globalement plus performant tout au long du week-end. Les modifications apportées par Russell aux réglages de sa W17 avant les qualifications ont nui à son comportement, un problème auquel il a dû faire face tout au long du Grand Prix, et sa malchance s'est aggravée lorsque Antonelli a bénéficié de la voiture de sécurité.
Mais la chance peut tourner dans un sens comme dans l'autre et, si Antonelli ne s'était pas embourbé dans le peloton après avoir manqué le départ, on pourrait raisonnablement supposer qu'il aurait pris l'avantage sur son coéquipier.
Au final, l'écart entre les deux pilotes est d'environ un dixième, et cela peut basculer d'un côté comme de l'autre compte tenu du week-end et de leurs forces respectives. Cependant, les capacités d'Antonelli sur les trois premiers circuits du calendrier faisaient peu de doutes ; il a terminé dans le top six sur l'ensemble de ces trois courses l'année dernière, lors de sa saison de rookie.
Le véritable test décisif aura lieu une fois que la saison européenne aura démarré. Russell possède une vaste expérience sur ces pistes, tandis qu'Antonelli a eu du mal à y trouver ses marques l'an passé en raison du passage de Mercedes à un package de suspension qui a privé le jeune pilote de son aisance avec la voiture.
Si Antonelli veut devenir le plus jeune champion de F1 de l'histoire et rejoindre la star du tennis Jannik Sinner à la tête de la vague actuelle de jeunes talents du sport italien, il devra exorciser certains démons en Europe.
Russell, quant à lui, doit se montrer à la hauteur et affirmer son autorité en tant que pilote leader de Mercedes s'il veut tirer parti de la meilleure opportunité qui se présente à lui jusqu'à présent. À l'heure actuelle, il n'y a pratiquement rien qui les sépare.
Russell et Antonelli sont au coude à coude… pour l'instant.
Photo de: Sam Bloxham / LAT Images via Getty Images
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