Des hommes d'Horner : ces départs qui ont chamboulé Red Bull depuis deux ans
L'éviction de Christian Horner est le dernier d'une série de départs de figures majeures au sein de l'écurie Red Bull Racing depuis deux ans.
Photo de : Carl Bingham / Motorsport Images
Christian Horner évincé de Red Bull
Red Bull a écarté Christian Horner du poste de directeur qu'il occupait depuis la création de l'écurie de Formule 1, en 2005.
En deux ans, l'écurie Red Bull est passée d'une structure ultra dominatrice, en route pour une saison 2023 où seul le Grand Prix de Singapour allait alors lui échapper, à une équipe qui peine à rivaliser avec la nouvelle référence qu'est McLaren. Plus frappant encore est le fait que sur ces deux années, et particulièrement depuis début 2024, elle a enregistré le départ de plusieurs figures historiques majeures.
L'affaire Horner et les enquêtes qui ont suivi, ainsi que la lutte de pouvoir qu'elle a révélée, ont semble-t-il créé un climat de malaise du côté de Milton Keynes qui a contribué à faire exploser le noyau qui structurait depuis de nombreuses années une équipe qui avait su retrouver, au début des années 2020, sa gloire passée.
Ce mercredi, ce fut justement au tour de Christian Horner, qui a pour sa part été poussé vers la sortie contrairement à la plupart des gens qui sont partis avant lui. Retour sur ces cadres qui ont quitté Red Bull Racing.
Christian Horner, PDG et directeur d'écurie
Photo de: Red Bull Content Pool
Présent dès le premier jour avec la confiance et le soutien de Dietrich Mateschitz, cofondateur de Red Bull, Horner avait seulement 31 ans quand il est entré en 2005 dans le "Piranha Club" de la Formule 1, aux côtés de légendes telles que Jean Todt, Ron Dennis ou encore Frank Williams. Malgré son inexpérience à ce niveau, il a bien vite posé les bases des réussites futures de son écurie en s'entourant d'une équipe compétente et dévouée à la cause, le recrutement phare de cette période étant bien sûr celui d'Adrian Newey, concepteur déjà largement considéré comme l'un des meilleurs de sa génération.
Le pari sera assez vite payant, puisque Red Bull deviendra dès la fin des années 2000 une force sur laquelle compter, en négociant avec brio le cycle réglementaire entamé en 2009. Entre 2010 et 2013, l'écurie et son pilote Sebastian Vettel rafleront tous les titres. Horner imposera alors son style de management et de communication, tout en accompagnant la montée de son équipe au rang des superpuissances de la F1. Après une période difficile en raison du passage aux moteurs turbo hybrides - tout de même marquée par des succès éparses -, le constructeur autrichien rebondira en faisant un nouveau pari, celui de l'alliance avec Honda.
Le titre mondial pilotes sera retrouvé en 2021 avant la domination des saisons 2022 et 2023. Cette dernière année sera particulièrement impressionnante pour Red Bull, qui écrasera comme jamais la F1 avec Max Verstappen. Pourtant, c'est juste après cette campagne que l'édifice bâti par Horner commencera à se fissurer, avec l'éclatement de l'affaire de comportement inapproprié présumé envers une employée. S'il survivra à cette controverse, blanchi par des enquêtes internes, la situation allait se tendre en interne pendant que les performances déclinaient. Pas assez pour perdre le titre pilotes en 2024, mais suffisamment pour définitivement affaiblir celui qui présidait aux destinées de l'écurie depuis plus de 20 ans.
Son départ s'accompagne selon toute vraisemblance de celui de deux autres cadres de l'écurie, bien moins en vue que d'autres personnalités mais qui sont des proches de Horner : Oliver Hughes, directeur du marketing et des affaires commerciales du groupe, et Paul Smith, directeur de la communication du groupe auraient ainsi, selon The Race, été relevés de leurs fonctions.
Adrian Newey, directeur technique en chef
Photo de: Alexander Trienitz
Après avoir déjà contribué aux titres mondiaux glanés par Williams et McLaren dans les années 1990, Newey fit le choix de rejoindre Red Bull en 2006. Il ne lui a fallu que trois années pour aider l'écurie à devenir une candidate au titre avec la RB5, monoplace fondatrice de la lignée des premières championnes du taureau rouge, que seront les RB6-7-8-9. Il fut ensuite victime comme l'équipe tout entière du tournant raté de l'ère des V6 turbo hybrides, à la fois en raison des lacunes de Renault mais aussi parfois de son propre département châssis et d'une corrélation défaillante.
La suite de sa carrière chez Red Bull le verra se mettre un peu plus en retrait, quelque peu lassé par la prééminence des moteurs sur l'aérodynamique, tout en participant à des projets extérieurs à la F1. Finalement, il faudra attendre le passage à des moteurs Honda pour que Newey retrouve l'opportunité de participer à la conception - avec Pierre Waché en directeur technique à part entière à compter de 2018 - de monoplaces jouant le titre, avec les succès rencontrés entre 2021 et 2024.
Toutefois, et alors qu'il avait prolongé son engagement auprès de Red Bull courant 2023, l'affaire Horner et la lutte de pouvoir interne l'ont visiblement incité à quitter la structure en mai 2024. Comme un symbole, l'annonce de ce départ - dont la date fut critiquée par Newey lui-même en raison de sa coïncidence avec les 30 ans de la mort d'Ayrton Senna - eut lieu au moment précis où la RB20 allait commençait à montrer des signes de faiblesse.
En début d'année 2025, alors qu'il avait entretemps rejoint Aston Martin en tant qu'associé à la gestion technique, il déclarera pour Auto Motor und Sport : "Si vous m'aviez dit, il y a 12 mois, que j'allais quitter Red Bull pour finalement repartir de zéro, j'aurais répondu : 'Non, vous êtes fou'. Mais pour diverses raisons, j'ai estimé que je n'aurais pas été en accord avec moi-même si j'étais resté chez Red Bull. La première décision difficile a donc été de savoir si j'allais rester ou non chez Red Bull. J'en suis arrivé à la conclusion que, en étant honnête envers moi-même, je ne pouvais pas, et après avoir pris cette décision, il s'agissait de savoir quoi faire ensuite."
Jonathan Wheatley, directeur sportif
Photo de: Red Bull Content Pool
Un peu moins en vue qu'Horner et Newey, Wheatley n'en a pas moins été une part importante des succès de son écurie. Arrivé en 2006, après avoir été chef mécanicien chez Benetton puis Renault, en même temps que Newey mais également que d'autres noms qui deviendront essentiels comme Rob Marshall, Paul Monaghan ou Peter Prodromou, le Britannique fut d'abord team manager avant de devenir, en 2014, directeur sportif.
À ce poste, qu'il occupait depuis le muret des stands, il a notamment supervisé la machine infernale qu'est devenue l'équipe des arrêts au stand de Red Bull, tout en gérant l'interface entre l'écurie et les instances sportives.
Courant 2024, à 57 ans, il souhaitait gravir un échelon supplémentaire dans sa carrière mais la présence de Christian Horner au poste de directeur d'écurie rendait difficile toute progression en interne. Aussi il fallait donc chercher en dehors du cocon Red Bull et c'est vers Stake Sauber, qui deviendra Audi en 2026, que Wheatley a décidé de voguer pour participer à la refondation de l'écurie, en qualité de directeur, sous l'égide de Mattia Binotto.
Son départ a été l'occasion d'une refonte chez Red Bull et d'une série de promotions internes, avec notamment un rôle plus important et général accordé à Gianpiero Lambiase, l'ingénieur de course de Max Verstappen, devenu responsable de la compétition
Will Courtenay, responsable de la stratégie
Photo de: Mark Thompson / Getty Images
Déjà présent chez Jaguar dès 2003, Courtenay est demeuré au sein de la structure en dépit du rachat par Red Bull. Ingénieur stratégie puis analyste entre 2005 et 2010, il deviendra responsable de la stratégie en course en juin 2010, poste qu'il occupe encore actuellement mais qu'il sera amené à quitter prochainement pour rejoindre McLaren.
Cette annonce eut en effet lieu peu après le Grand Prix de Singapour 2024, l'ingénieur se préparant à occuper le rôle de directeur sportif chez McLaren. Toutefois, contrairement à ce qui a été fait pour Wheatley, qui rejoint une écurie qui ne joue pas dans la court de Red Bull, la structure autrichienne n'était pas vraiment décidée à accélérer le processus. Courtenay devrait donc rester jusqu'à la fin de son contrat, à savoir la mi-2026, avant une période de préavis qui pourrait donc repousser son arrivée à Woking en 2027.
Lee Stevenson, chef mécanicien
Photo de: Dan Istitene / Getty Images
Ce n'est pas forcément un membre aussi haut placée que les précédents, mais c'est une figure connue du public : Stevenson avait annoncé en mars 2024 son départ de Red Bull, après 18 années passées au sein de l'écurie. Commençant sa carrière dans la discipline chez Jordan en tant que mécanicien, il débarquera chez Red Bull en 2006 en tant que quatrième mécanicien. De là, il gravira les échelons jusqu'à devenir le premier mécanicien sur la voiture de Daniil Kvyat en 2015.
Début 2016, quand Verstappen remplacera le Russe, l'entente entre les deux hommes sera très bonne et il conservera ce rôle jusqu'en 2020 où, à sa demande, il sera promu au poste de chef mécanicien de soutien, avant d'être pleinement nommé chef mécanicien en 2023. S'il a bien quitté Red Bull par la suite, il n'a en revanche pas délaissé son poste : en fait, il est désormais le chef mécanicien de l'écurie Stake Sauber, où il a depuis retrouvé Wheatley.
Rob Marshall, ingénieur en chef
Photo de: Mark Sutton / Motorsport Images
Marshall n'entre pas vraiment dans la vague de départs "post-affaire Horner" puisque l'annonce de son transfert chez McLaren avait eu lieu dès mai 2023 en vue de 2024. C'est tout de même un départ majeur dans le clan Red Bull puisqu'il a passé 17 ans au sein de l'écurie de Milton Keynes. Arrivé en 2006, il occupera aux côtés de Newey le poste de designer en chef jusqu'en 2015, avec un rôle clé dans les succès du début des années 2010.
Par la suite, il sera promu ingénieur en chef et participera à la renaissance de l'écurie, tout en s'impliquant dans d'autres projets de l'entreprise. "Son influence nous manquera", avait déclaré Horner après l'annonce de son départ pour devenir directeur technique ingénierie et design. Une influence que beaucoup estiment d'ailleurs cruciale dans les succès récents de McLaren, où son association avec Prodromou, lui aussi ancien transfuge de Red Bull, semble faire des merveilles.
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