Quelle importance faut-il vraiment accorder aux qualifs des 24H du Mans ?
Alors que les Hypercars restantes s'élanceront ce jeudi soir pour l'Hyperpole, les avis restent partagés sur l’importance réelle d'une bonne position sur la grille de départ des 24 Heures du Mans.
Photo de: Andreas Beil
Elles étaient 21 hier après-midi lors des essais qualificatifs, elles ne seront plus que 15 à s'élancer en piste ce jeudi soir pour l'Hyperpole. Cette séance nocturne déterminera le reste de la grille de départ de la 93e édition des 24 Heures du Mans.
Pour rappel, le format de l'Hyperpole a évolué depuis l'année dernière. Elle est désormais divisée en deux phases (H1 et H2) : la première sert à sélectionner les huit meilleures voitures qui se disputeront ensuite les meilleures positions sur la grille en H2.
Pourtant, alors que la pression monte en amont de cette Hyperpole, et que tous semblent impatients de découvrir qui signera la pole position de la classique mancelle 2025, partir en tête sur une course de 24 heures reste loin d'être une priorité absolue pour beaucoup d'écuries.
Revenons un an en arrière. En 2024, c'est la Porsche n°6 de Kévin Estre qui avait signé la pole... avant de perdre la tête au premier tour de course, pour finalement terminer quatrième à l'arrivée. À l'inverse, la Toyota n°7, reléguée en queue de peloton après avoir vu ses temps annulés en Hyperpole à la suite d'un drapeau rouge causé par Kamui Kobayashi, avait entamé la course en 23e position pour franchir la ligne d'arrivée sur le podium, à la deuxième place.
"Honnêtement, pour moi, il n'y a pas vraiment [d'excitation pour les qualifications]", a confié Mathieu Jaminet, pilote de la Porsche n°5, à Motorsport.com. "Ce n'est pas vraiment la chose qui m'importe. La qualif sur une course de 24 heures... On l'a vu l'année dernière, on a fait la pole et on n'était même pas en tête à la fin du premier tour. Pour moi, ça n'a pas d'importance."
Kévin Estre a signé la pole position lors des 24H du Mans 2024, avant de la perdre au premier tour.
Photo de: Emanuele Clivati | AG Photo
"Mais c'est toujours sympa de rouler au Mans en pneus neufs et avec peu de carburant. C'est sûr que partir devant est toujours beaucoup plus simple, c'est bien de rester accroché au wagon de tête, d'avoir le rythme. Mais si tu as le rythme en course, en réalité tu reviens vite devant et ça n'a pas un impact si énorme que ça. Après, c'est sûr que les premières heures sont plus faciles quand tu pars dans le top 5, mais il faut le rythme pour y rester. Ce qui dicte les choses, c'est de voir qui a le rythme dans les trois ou quatre premières heures."
Le poleman de 2024, Kévin Estre, au volant de la Porsche n°6 - qui a été disqualifiée des qualifications hier soir pour ne pas avoir respecté le poids minimal - partage l'opinion de son voisin de garage, tout en reconnaissant la portée symbolique de la pole au Mans. "On ne va pas faire 35 simulations de qualifs, il faut se concentrer sur la voiture de course", a-t-il expliqué.
"On a vu l'année dernière que c'était un super moment, ça donne un point de plus au championnat, ça donne la banane à tout le monde dans l'équipe, et en tant que pilote c'est incroyable de faire la pole au Mans. Mais ça a tenu un demi-tour l'année dernière... Donc on sait l'importance que ça a, mais il ne faut pas se focaliser là-dessus, on ne va pas compromettre notre travail pour la course."
Alpine ne perd pas de vue non plus son objectif final, assumant pleinement de tout miser sur la performance de dimanche. "Pour le public [les qualifications sont] sympa. On a tendance à dire que les choses sont bien faites et que ça incite à [le faire], mais il ne faut pas se tromper de sujet", a déclaré Philippe Sinault, le directeur d'Alpine Endurance Team, à Motorsport.com.
"Le vrai sujet, c'est la course, donc on va jouer le jeu, mais notre objectif n'est pas de faire la pole. La priorité c'est de préparer la course, d'avoir la voiture pour la course. On va faire un petit update, on va essayer de la rendre un peu plus agressive pour la qualif. Mais si on on peut avoir les voitures dans le premier tiers de la grille, c'est bien pour éviter tout encombre et pour éviter de se retrouver avec trop de retard d'emblée."
Il faudra essayer de partir devant parce que les départs sont de plus en plus mouvementés. Il y a des pilotes qui prennent quand même beaucoup de risques au départ.
D'un autre côté, certains pilotes y voient un véritable intérêt sportif. Pour Norman Nato, au volant de la Cadillac n°12, la qualification prend une dimension stratégique essentielle dans un plateau aussi dense et compétitif : plus on démarre haut, moins on a de chance de se faire bousculer au départ et de terminer sa course dès le premier tour.
"On a le potentiel pour rentrer dans le top 15, mais c'est tellement serré aujourd'hui qu'il ne faut pas se louper", avait déclaré le Français à Motorsport.com, avant les essais qualificatifs de mercredi - lors desquels la n°12 a pu se qualifier pour l'Hyperpole avec le meilleur temps. "La qualif va être importante, j'espère qu'on passera parce qu'on a le potentiel, mais il faudra essayer de partir devant parce que les départs sont de plus en plus mouvementés et maintenant c'est presque des courses sprint."
La Cadillac n°12 de Jota.
Photo de: Nikolaz Godet
"Il y a des pilotes qui prennent quand même beaucoup de risques au départ. C'est important de partir devant parce que tu minimises les chances d'être en plein milieu du peloton et c'est là que c'est le plus chaud. Quand tu pars aux alentours du top 6, là tu es quand même un peu mieux protégé. Quand tu es autours du top 10, c'est là où c'est le plus mouvementé. Et si tu es derrière, bah là... tu as plus à gagner qu'à perdre."
"Tu es toujours content de partir devant, si tu peux, à cause des mouvements au départ. Après oui, sur 24 heures, ça n'est pas ça le plus important. Tu es quand même content de partir au moins dans le top 6. Le pire, c'est d'être en plein milieu du peloton. Si tu as fait une mauvaise qualif et que tu pars vraiment derrière, le mieux c'est de rester en retrait pour éviter de t'accrocher."
"Tu n'as pas envie d'être au milieu, mais tu as vite fait d'y être vu le nombre de voitures qui sont rapides. Tu ne te retrouves pas tout le temps là où tu voudrais donc, oui, il faut quand même jouer la qualif un maximum. Et puis, bon, on est tous là aussi pour montrer le potentiel de nos voitures et le but c'est quand même de jouer la qualif à 100%. Donc oui, c'est important."
Avec Basile Davoine
Les plus belles photos de mercredi aux 24 Heures du Mans
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