Les marques du WSBK - Les outsiders

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Les marques du WSBK - Les outsiders
Rodolphe Coiscaud
Par : Rodolphe Coiscaud
27 janv. 2017 à 18:54

Le Championnat Superbike est sans conteste la catégorie qui a accueilli le plus grand nombre de constructeurs, et ce depuis ses premiers tours de roues. Si la plupart des aventures n’ont pas connu de suite, les machines engagées restent des modèles uniques.

Commençons par la plus exotique : Bimota ! Connu pour intégrer différents moteurs dans ses châssis, le constructeur italien peut s’enorgueillir d'avoir remporté une victoire en Grand Prix avec Jon Ekerold avant de connaître le succès en Superbike. Les courbes imaginées par Massimo Tamburini brillèrent en Superbike avec Davide Tardozzi qui remporta les cinq premières courses sur la YB4 à moteur Yamaha au début de la saison 1988. Bimota effectua ensuite un retour au début des années 2000 avec une structure créée par Virginio Ferrari et le sulfureux Prince Malik, parti précipitamment du paddock F1 où il était associé à TWR.

L’expérience eut la même destinée qu’en Formule 1 mais non sans triomphe puisqu’Anthony Gobert eut le temps de signer une improbable victoire au Japon sur la SB8R, avant que l’équipe ne disparaisse sans atteindre la mi-saison. De retour avec l’équipe Alstare en 2014, le constructeur ne put justifier la construction des 125 unités requises par le règlement du modèle BB3 à moteur BMW. Après que l'équipe n'eut marqué aucun point au Championnat, l’aventure s’arrêta nette.

Les années 2000 ont quant à elles fourni un certain nombre de nouveautés comme avec Benelli et son 3 cylindres. Propriété à l’époque de la famille Merloni, qui détient entre autres la marque d’électroménager Indesit, Benelli voulu se relancer sur le marché de la moto avec un modèle sportif et arriva en cours de saison 2001. Mais le manque de ressources se fit cruellement sentir, d’autant que les ventes ne suivaient pas. L'équation de référence Ducati ne fut donc pas si simple à reproduire pour le constructeur transalpin qui se retira à la fin de la saison 2002.

Peter Goddard, Benelli
Peter Goddard, Benelli

En cette période propice au lancement de start-up, le géant malaisien Petronas se jeta à l’eau. Le pétrolier sponsorisait alors Sauber en Formule 1 et décida de couper un moteur de F1 en deux, pour l’installer dans un châssis en aluminium. Ainsi naquit la FP1 dans une équipe au nom retentissant, le pétrolier recrutant ni plus ni moins que Carl Fogarty à qui il confia la destinée de l’aventure Foggy Petronas. Mais voilà, l’angle d’inclinaison du 3 cylindres était à l’opposé de ses concurrents et du sens de la marche, soit orienté vers l’arrière, ce qui transforma sa mise au point en cauchemar, voire en incendie à plusieurs reprises. Pour le développement, la société suisse Suter, connue pour ses Moto2 et la Kawasaki de MotoGP, laissa la place aux Britanniques de chez Ricardo, spécialiste des boîtes de vitesses.

Les ressources n’étant pas le talon d’Achille de Petronas, nombre de pilotes de premier plan se relayèrent. Mais ni Troy Corser, Gary McCoy ou Chris Walker, entre autres, ne réussirent à hisser la machine vers les sommets au cours des quatre saisons disputées, malgré deux poles et deux podiums dont une seconde place. Une preuve par la piste que le transfert de technologies F1 vers la moto n’était pas synonyme de réussite.

Le Team Foggy Petronas observe Corsers signer son meilleur résultat à ce jour
Le Team Foggy Petronas observe Corser signer son meilleur résultat à ce jour

L’arrivée de BMW quelque temps plus tard eut comme un effet de duplicité. Parti de la F1 et de chez Sauber (!), la structure technique débarqua en 2009 dans un paddock Superbike pas tout à fait habitué à accueillir de tels moyens. Mais le constructeur allemand comprit que les ex-camions utilisés en F1 et leur chargement ne suffiraient pas à prendre l’ascendant en Superbike. Comme pour Petronas, les investissements étaient au rendez-vous pour les Bavarois, dont le modèle de route connut un certain succès. Un seul podium vint récompenser Troy Corser sur les trois premières saisons, et BMW revut ensuite son engagement afin d’éviter de rejoindre la liste des disparus. La S1000RR a su garder sa place dans le championnat depuis, à travers le programme récompensant les pilotes de la marque dans les différents championnats. Ainsi, les équipes privées se sont relayées, l’importateur italien a lui aussi tenté sa chance – et si la victoire fut atteinte à plusieurs reprises par le duo Melandri/Davies, il manque encore aujourd’hui quelque chose à BMW pour devenir un favori pour le titre.

Le Superbike possède sans aucun doute une bonne attractivité pour les marques, les budgets y restant raisonnables. C’est ce qu’a également compris MV Agusta. Impossible pour la marque fétiche de la famille Castiglione, reprise après la crise financière à Harley-Davidson, de se passer de compétition lorsqu’on défend l’excellence, la vitesse, et les modèles mixant le luxe et le mythe. Incapable de tenir un programme MotoGP, la firme de Varèse a réussi son implantation en Superbike tout en obtenant un certain retour. Le véloce Leon Camier est monté en puissance en 2016 malgré de nombreuses contraintes, dont celle d’être le seul pilote de la marque, et a surtout tutoyé de près le podium l’an dernier avec trois quatrièmes places. La marque a devancé Aprilia au championnat, une huitième position signifiant l’entrée dans le top dix.

Leon Camier, MV Agusta
Leon Camier, MV Agusta

La principale force de la série a aussi été d'avoir accueilli les motos d’Erik Buell lors des saisons 2014/2015, mais l’EBR 1190RX et son twin partaient avec le lourd handicap de se confronter aux meilleures hyper sportives du marché, ce qui n’a jamais été un trait caractéristique de la marque détenue dans le passé par Harley-Davidson.

Buell, aujourd’hui en liquidation, cherchait lui aussi un souffle novateur pour relancer sa marque dans une industrie devenue élitiste, et où la compétition reste une forte vitrine pour démontrer son savoir-faire.

L’exemple fut aussi entrepris sérieusement par le constructeur de Milwaukee, qui aligna un concept unique avec la VR 1000 dans les années 90 du championnat américain. Avec son cadre aluminium et le fameux twin si cher aux belles customs chromées, Harley recruta des pilotes parmi les meilleurs comme Scott Russell, Miguel Duhamel ou encore Doug Chandler. L’aventure prit fin en 2001 et l’envie de bitume n’a pas semblé être ravivée depuis.

Dans un championnat qui tente de se relancer avec une nouvelle réglementation cette saison, laisser la porte ouverte à différents types de constructeurs reste sans aucun doute un plus afin de pouvoir affirmer la véritable identité du Superbike, pour le bonheur également de tous les passionnés.

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