Ce début de saison plus controversé que jamais pour la Formule E

La nouvelle saison du Championnat du monde de Formule E a commencé un peu plus tard que prévu en Arabie saoudite, mais le temps perdu a clairement été rattrapé avec de multiples rebondissements sur la piste et en dehors. Pour bien des raisons, c'était une manche d'ouverture explosive, et cela pourrait avoir des répercussions.

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Quand on y réfléchit, ce premier week-end de la septième saison de Formule E – l'E-Prix de Diriyah – avait tout de ce qui fait le sport automobile : la domination de Mercedes, un dépassement déjà mythique, un record amélioré par un Sam Bird victorieux, des coéquipiers champions qui s'accrochent, deux accidents effroyables et des polémiques sportives et politiques.

Comme toujours en Formule E, tout est fait pour favoriser l'imprévisibilité – des moteurs ayant la même puissance et un format qualificatif défavorisant les mieux placés au championnat, qui roulent avec de moins bonnes conditions de piste. Cependant, dès la fin de la première course, une question était déjà posée aux pilotes par les journalistes : l'écurie Mercedes allait-elle dominer la Formule E comme elle domine la F1 ?

Certes un poil prématurée, cette question était néanmoins légitime. Nyck de Vries avait signé le meilleur temps des deux séances d'essais libres, de la phase de groupes des qualifications et de la Super Pole, avant de mener la course de bout en bout dans la nuit saoudienne, avec un calme olympien. Ce n'était tout simplement jamais arrivé lors des 69 premiers E-Prix du championnat tout électrique, et cela lui a valu de nombreux éloges, notamment de la part d'Ian James, directeur d'équipe chez Mercedes.

Nyck de Vries, Mercedes Benz EQ celebrates with his trophy

Divers problèmes techniques et erreurs opérationnelles avaient dissimulé l'étendue du talent de De Vries en 2019-20, le Néerlandais ne s'étant classé que onzième du championnat tandis que son coéquipier Stoffel Vandoorne arrachait la deuxième place de justesse, toutefois loin derrière le champion António Félix da Costa.

Sur une piste de Diriyah au dénivelé inhabituel et aux virages rapides, il n'était souvent possible que de dépasser au gros freinage du virage 18... mais Edoardo Mortara (Venturi), lui, a réalisé un double dépassement à couper le souffle, parfait au millimètre près. Parti de la première ligne, Pascal Wehrlein (Porsche) était en difficulté et était pourchassé par Mitch Evans (Jaguar). Mortara les a rattrapés grâce aux 35 kW supplémentaires du mode attaque et s'est immiscé dans un trou de souris entre Evans et Wehrlein, dans une manœuvre décisive pour sa deuxième place à l'arrivée, que certains ont comparée à celle de Mika Häkkinen sur Michael Schumacher, avec le retardataire Ricardo Zonta au milieu, au Grand Prix de Belgique 2000.

Ce n'était pas la seule similitude avec des événements spadois. Alex Lynn (Mahindra) a fermé la porte à Sam Bird (Jaguar) au premier virage pour défendre sa sixième place, causant un accrochage entre les deux pilotes. Ils se sont retrouvés nez à nez, et Bird, gesticulant, a pu exprimer à Lynn le fond de sa pensée. Suspension cassée, le pilote Mahindra a été contraint à l'abandon, tandis que la Jaguar a fini par rentrer au stand pour abandonner. Bird est alors allé dire ses quatre vérités à Lynn, mais leurs collègues étaient là pour empêcher une réédition de l'altercation entre Michael Schumacher et David Coulthard au Grand Prix de Belgique 1998.

Alex Lynn, Mahindra Racing, M7Electro, se bat avec Sam Bird, Panasonic Jaguar Racing, Jaguar I-Type 5

Au moins Bird a-t-il été placé dans le dernier groupe pour les qualifications de la deuxième course, avec les meilleures conditions de piste, tandis que plusieurs candidats au titre allaient se retrouver en fond de grille, dont son coéquipier Mitch Evans.

Le Néo-Zélandais a longtemps été le principal adversaire d'António Félix da Costa pour le sacre l'an passé, avant un E-Prix de Berlin catastrophique pour Jaguar, qui a même fini seulement septième du championnat des équipes. L'écurie britannique n'était donc pas du bon côté de la pitlane, et quand Evans a pris la piste dans le premier groupe des qualifications, il s'est retrouvé coincé derrière la Nissan d'Oliver Rowland, qui a pris tout le loisir de préparer son tour lancé et a tout juste franchi la ligne de départ à temps. Evans a été pris au piège, tout comme l'Audi de René Rast : ils n'ont pas pu effectuer de tour rapide. 

"Cela a été fait délibérément pour nous la faire à l'envers, ce qui n'est pas acceptable", déplore Evans. "Il est sorti juste devant nous. Il allait lentement dans les stands et à la sortie des stands. Le temps d'arriver au virage 5 dans le tour de sortie, nous étions déjà en retard."

Les chances de pole de Bird étaient particulièrement élevées, l'accident d'André Lotterer (Porsche) en essais l'ayant écarté des qualifications, tandis que toutes les Mercedes (y compris les Venturi motorisées par la marque à l'étoile) étaient également absentes. À la toute fin des Essais Libres 3, Edoardo Mortara (Venturi) a subi une défaillance de ses freins et a tiré tout droit dans le Tecpro au premier virage. "J'ai cru que c'était la fin pour moi", a-t-il reconnu.

La monoplace endommagée d'Edoardo Mortara, Venturi Racing, Silver Arrow 02, sur une dépanneuse

C'était un incident similaire à celui de Daniel Abt à Mexico la saison dernière, a fait remarquer l'Allemand, qui avait lui aussi eu besoin d'une intervention médicale. Heureusement, l'on a appris avant même que l'ambulance ne quitte le paddock que Mortara était conscient, capable de communiquer et de bouger tous ses doigts.

Directeur d'équipe chez Mercedes, Ian James a été remarquablement ouvert au sujet de cette défaillance du groupe propulseur fourni à Venturi, indiquant à notre micro : "Il y a deux problèmes ici. L'un est la défaillance du système de freinage avant pour quelque raison que ce soit. L'autre est qu'en cas de défaillance du système avant, un système de secours prend le relais. On a vu que la voiture d'Edo que ça n'a pas été le cas."

Il s'agissait finalement d'un problème de logiciel, immédiatement identifié et réglé par les ingénieurs. Cependant, la FIA a jugé que "le compétiteur ne peut pas prouver au délégué technique de la FIA que la voiture est sûre". Les Mercedes et les Venturi n'ont donc pas été autorisées à participer aux qualifications ; c'était une première altercation politique et sportive.

Mais si De Vries, Mortara et Vandoorne n'étaient pas là pour donner du fil à retordre à Bird, c'est Robin Frijns qui a joué les trouble-fêtes. La première journée avait été catastrophique pour le pilote Envision Virgin, qui a eu un accident en Essais Libres 2 et a déclenché un capteur de force g qui a contraint McLaren à changer sa batterie ; il a donc manqué les qualifications, avant de remonter de la 24e à la 17e place.

En raison d'une réduction du nombre de pass autorisés pour le personnel de chaque équipe à des fins de réduction des coûts notamment, le directeur technique d'Envision Virgin, Chris Gorne, a passé le week-end à la base de Silverstone. Comme souvent lors des douze derniers mois, tout s'est joué lors d'un appel vidéo.

"Nous avons fait un débriefing sur Zoom pendant deux heures avec l'équipe à Silverstone pour discuter, car il fallait que nous changions quelque chose", révèle Frijns. "Nous ne pouvions pas faire une autre journée comme ça. Nous avons fait un changement drastique. Nous sommes allés complètement dans l'autre sens [au niveau des réglages]."

Sam Bird, Panasonic Jaguar Racing, Jaguar I-Type 5, devance Robin Frijns, Envision Virgin Racing, Audi e-tron FE07

L'effet a été dévastateur. Frijns a signé la pole avec trois dixièmes d'avance sur la surprise Sérgio Sette Câmara, ce dernier avec l'ancien moteur Penske. Bird n'était que troisième sur la grille de départ. Cependant, Frijns a eu des difficultés dans sa gestion de l'énergie et n'a pu résister à Bird et sa science de la course. Comme lors de l'édition précédente de l'E-Prix de Diriyah, Bird a eu un accident lors d'une épreuve et a triomphé dans l'autre, devenant le seul pilote de Formule E victorieux lors des sept saisons du championnat, contre cinq pour Lucas di Grassi, quatre pour Sébastien Buemi et Jean-Éric Vergne.

En parlant de Vergne, DS Techeetah a une nouvelle fois eu des problèmes dans la gestion de son redoutable line-up de pilotes. Le Français et son coéquipier António Félix da Costa se sont touchés dans leur bataille pour le podium, et Vergne a bien failli finir dans le mur. Le tricolore a néanmoins obtenu cette troisième place... avant de recevoir une pénalité fort sévère de 24 secondes pour ne pas avoir utilisé son deuxième mode attaque, alors que la course a été définitivement interrompue au drapeau rouge quand il restait deux minutes et 41 secondes + 1 tour au compteur.

Cependant, dans l'absolu, ce n'est finalement qu'un détail. Car alors qu'Alex Lynn bataillait avec Mitch Evans, le pilote Mahindra s'est retrouvé pris au piège entre la Jaguar et le mur, et a malheureusement connu un vol plané similaire à celui de Mark Webber après un contact avec Heikki Kovalainen au Grand Prix d'Europe 2010. Contrairement à Webber toutefois, il a atterri à l'envers, avant de glisser jusqu'à heurter le Tecpro.

Alex Lynn, Mahindra Racing, M7Electro upside down

Evans s'est immédiatement garé à proximité pour vérifier que son compère allait bien. "Il a accroché ma roue arrière et a eu un accident d'avion, c'était vraiment affreux", a-t-il déploré à notre micro. "À un moment, je l'ai vu passer au-dessus de moi. Je l'ai vu aller dans le mur et je suis sorti [de la voiture] pour m'assurer qu'il était OK."

Et pour couronner le tout, une coalition militaire menée par l'Arabie saoudite a intercepté un missile au-dessus de Riyad. Ça, nous le savons. Les rebelles houthis du Yémen en ont été tenus responsables, et les articles locaux ont suggéré que la présence du prince héritier Mohammed ben Salmane sur la grille de départ avait fait de la Formule E une cible. Mais ça, nous n'en savons rien. Les feux d'artifice ont en tout cas conclu de manière paniquée et quelque peu déconcertante une semaine qui aura marqué l'Histoire du championnat tout électrique.

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