L’exploit est-il encore permis à Monaco ?
Chaque année, lorsque se profile le Grand Prix de Monaco, les superlatifs refont surface. Considérée comme le "Joyau de la couronne" de la saison F1, l’épreuve ne manque pas d’alimenter l’impatience des pilotes mais également de tous les fans.
Les déclarations des pilotes avant ce rendez-vous suffiraient à en prendre conscience s’il le fallait encore, tant elles vont toutes dans le même sens. Kevin Magnussen parle d’un Grand Prix "unique", où l’on retrouve "une immense histoire de la F1 et cela rend l’expérience entière grandiose", quand d’autres comme Sergio Pérez évoquent leurs rêves de gosse regardant leurs illustres aînés affronter ce circuit tortueux.
Par son côté forcément atypique, par sa piste anachronique qui offre tous les ingrédients qui ne peuvent pas être retrouvés sur des tracés modernes, le parcours qui serpente dans les rues de la Principauté fait l’objet de toutes les attentions.
On le sait, Monaco marque très souvent également le point de rencontre de très nombreuses réunions stratégiques et autres rencontres déterminantes en coulisses. Mais il est ici question de sport. Car, qui dit circuit atypique, dit course hors-norme dans bien des cas. Les exemples ne manquent pas dans l’Histoire et c’est à coup sûr ce qui fait aussi de ce Grand Prix une manche très attendue - si ce n’est la plus attendue - de l’année.
Il y a certes les images toujours impressionnantes de bolides évoluant entre deux rails devant un décor de rêve. Il y a aussi la prime à la performance que peut offrir un tel tracé. D’aucuns diront la prime à la réussite, voire la prime au destin.
L’après 1996
Comme nous l’avons largement évoqué dans une rétrospective qui lui était consacrée la semaine dernière, c’est un anniversaire qui nous rappelle cette année à quel point Monaco peut être une terre d’exploit. La victoire mémorable d’Olivier Panis en 1996 sur le Rocher résume sans doute à elle seule l’incertitude sportive que peut réserver une course automobile lorsqu’elle est émaillée de tous les rebondissements possibles. À ce titre, il s’agit d’une édition sans égal moderne dans les rues de Monte Carlo, mais qui a toutefois précédé d’autres hauts faits.
Si l’on se penche sur les dix années qui ont suivi l’exploit du Français au volant de sa Ligier, d’autres après lui ont aussi brillé dans ce cadre unique. On pourrait en faire la liste - ni exhaustive ni forcément objective - et prendre conscience qu’il ne s’agit pas toujours de victoire. Encore que l’on pourrait considérer le triomphe de Jarno Trulli en 2004 au volant d’une Renault qui n’avait pas encore un potentiel de monoplace Championne du monde comme l’une de ces performances retentissantes. Et se rappeler aussi qu’il avait alors devancé un autre outsider en la personne de Jenson Button avec sa BAR-Honda. Libre à chacun d’en juger, tout comme pour le rappel des faits qui va suivre.
Petits ou grands exploits, accomplis ou non
On peut aussi se souvenir de la manière dont un Giancarlo Fisichella avait pris l’habitude de se sublimer en Principauté, décrochant ainsi un podium en 1998 (2e à l’arrivée) et en 2000 (3e), à chaque fois avec Benetton. Il y eut également la troisième place obtenue par un Eddie Irvine qui devait pourtant composer avec une Jaguar toujours loin du niveau espéré en 2001. Enfin, comment ne pas citer la superbe course menée par Heinz-Harald Frentzen en 2002 à bord d’une modeste Arrows. A l’époque, le pilote allemand était parvenu à accrocher le dernier point mis en jeu… Faut-il rappeler qu’il fallait alors terminer 6e pour être en droit d’ouvrir son compteur ?
On pourrait conclure la décennie des heureux successeurs de Panis - appelons-les ainsi, non sans forcer quelque peu le trait - par un autre podium, décroché cette fois par David Coulthard en 2006. Avec sa cape de Superman, l’Écossais avait ouvert un autre chapitre pour une équipe Red Bull en route vers les sommets, mais qui n’avait pas encore à l’époque la monoplace victorieuse ni la crédibilité qui est la sienne aujourd’hui dans la catégorie reine.
Enfin, il ne faudrait pas oublier toutes ces performances "éphémères" de ceux qui auront eu moins de chance, et n’auront pas pu aller jusqu’au bout de leur coup d’éclat pour figurer aujourd’hui sur les tablettes de l’histoire.
Impossible de ne pas faire allusion ici à Adrian Sutil, un temps héroïque quatrième du Grand Prix de Monaco 2008 sur une Force India aux performances plus que limitées. À dix tours de la fin, l’Allemand semblait en passe de réaliser l’un de ces faits d’arme dont on parle encore aujourd’hui.
Un exploit fauché en plein vol par l’erreur de Kimi Räikkönen au freinage de la chicane du port, emportant dans sa chute les rêves les plus fous de la nouvelle écurie indienne. Rappelons tout de même que Sutil avait lui-même probablement sabordé son exploit, puisqu’il était sous investigation après avoir dépassé trois concurrents sous drapeau jaune et risquait de toute manière une pénalité conséquente.
Bianchi, le seul en dix ans ?
Même si aucune de ces performances n’a pu sembler aussi retentissante que celle d’un Panis en 1996, on parvient donc aisément à garnir la liste des prestations marquantes en Principauté pendant une grosse dizaine d’années après ce qui reste encore aujourd’hui le dernier succès tricolore en F1. En revanche, si l’on se penche sur les éditions les plus récentes, il est beaucoup plus difficile d’en faire de même.
Ainsi, sur les dix dernières années, le tour de force réalisé par Jules Bianchi en 2014 paraît bien seul, presque comme un cas isolé dans l’histoire fraîche de l’épreuve monégasque. Il y a deux ans, celui à qui tout le monde prédisait un avenir brillant avait impressionné en menant sa Marussia jusqu’à la 9e place d’une course là aussi épique. Le tout avec une monoplace qui n’avait absolument pas le potentiel pour viser les points à la régulière tout au long de la saison, et avec une pénalité de temps dont le Français avait écopé.
Ce jour-là, Bianchi semblait avoir ravivé ce culte du "tout est à possible à Monaco", célébrant sa performance avec autant de bonheur immense que d’humilité. La suite est connue, avec tristesse, mais l’exploit, lui, est indélébile.
Il n’empêche que ce haut fait à mettre au crédit de Bianchi apparaît comme une exception, là où quelques années plus tôt encore, l’incertitude semblait être reine à Monaco. Pour autant, derrière le titre provocateur de cet éditorial, peut-on vraiment en tirer des conclusions ? L’exploit à Monaco est-il vraiment devenu impossible ? Ou, au contraire, n’est-ce pas la rareté qui valorise ce que l’on appelle parfois peut-être trop facilement un exploit ?
Réunir les circonstances
On le sait, extrêmement nombreux sont les critères qui influencent de telles possibilités, et peuvent faire basculer une course ordinaire en un moment de gloire. Il suffit parfois d’un peu de pluie, d’un peu de malchance mécanique pour les uns permettant de faire le bonheur des autres, d’une erreur par-ci ou par-là, d’un aléa sportif… Mais il faut toujours du talent pour que la mayonnaise puisse prendre.
Alors, pour les souvenirs les plus récents, comment ne pas se remémorer la manière dont un jeune homme, qui n’avait alors même pas 18 ans, s’est fait remarquer l’an dernier en remontant une partie du peloton et en dépassant sur le circuit où, paraît-il, il est impossible de le faire. Bianchi y était parvenu en 2014 pour aller signer son exploit. Max Verstappen aussi - comme d’autres - mais sans aller au bout de sa performance, stoppée par une erreur et un accrochage.
Mais on parle ici du vainqueur du dernier Grand Prix de F1 en date. La boucle est bouclée, jusqu’au prochain exploit de l’un des acteurs du plateau… À Monaco ou ailleurs.
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