Les monoplaces autonomes de l'A2RL se font remarquer à Suzuka
L'Abu Dhabi Autonomous Racing League (A2RL) était en démonstration en marge de la dernière manche de la saison de Super Formula, à Suzuka.
Photo de: Masahide Kamio
L'Abu Dhabi Autonomous Racing League (A2RL) a franchi une nouvelle étape importante ce week-end à Suzuka, où ont eu lieu deux démonstrations en marge de la dernière manche de la saison de Super Formula. Comme le championnat japonais, l'A2RL utilise un châssis Dallara SF23, ce qui a rendu particulièrement appropriée cette expérience, alors que se prépare le prochain rendez-vous à Abu Dhabi, en avril 2025.
À Suzuka, deux voitures IA (intelligence artificielle) se sont affrontées samedi matin. Puis, dimanche, une des deux, baptisée Yalla, s'est confrontée à un humain, en l'occurrence l'ancien pilote de Formule 1 Daniil Kvyat, qui participe au développement du projet.
Malheureusement, Yalla a bloqué ses roues avant de partie en tête-à-queue dans le tour de formation, qui s'est terminé dans le mur et a mis prématurément fin à la confrontation. Avec très peu de temps de piste alloué à A2RL dans le planning du week-end, il n'a pas été possible de retenter l'expérience avec la seconde monoplace, répondant au nom de Nova.
Pour autant, l'A2RL n'a pas fait le voyage pour rien, loin de là. Avant les démonstrations, l'A2RL a passé une vingtaine de jours à Suzuka pour effectuer des essais avec les deux monoplaces fournies par TII Racing, et une troisième pilotée par Daniil Kvyat. Entraîner l'IA à apprendre le tracé n'était pas simple, d'autant que les données GPS fournies par le circuit de Suzuka se sont avérées moins précises qu'espéré.
VIDÉO - A2RL : L'homme contre la machine à Suzuka
Contrairement à Abu Dhabi, où le dénivelé est quasiment inexistant et les zones de dégagements nombreuses, en plus de compter plusieurs virages lents, Suzuka est un tracé à l'ancienne avec des courbes rapides bien plus complexes à appréhender pour une IA. Il est difficile d'évaluer avec précision les niveaux d'adhérence de la trajectoire idéale, et l'IA peut avoir du mal à utiliser correctement les vibreurs.
Ainsi, lors de leur démonstration du samedi, les IA ont réalisé leur meilleur tour en 2'34, soit pratiquement une minute de plus que les humains au volant de machines presque similaires lors des qualifications de Super Formula le même jour.
Directeur technique de l'équipe TII, le Dr Giovanni Pau a expliqué que les IA étaient à 80% de leurs capacités théoriques à Suzuka, en grande partie dans le souci de réduire les risques d'accident, mais aussi pour garantir la sécurité de Daniil Kvyat. "On peut atteindre 90 à 95%, mais pas quand il y a un humain sur la piste", a-t-il justifié. "Nous devons donner la priorité à la sécurité."
Le tête-à-queue de Yalla, à la sortie de l'épingle alors que le véritable duel avec Daniil Kvyat allait commencer, a été provoqué par une perte de pression des pneus arrière, "probablement à cause d'une défaillance de valve ou de débris sur la piste", selon l'A2RL. "Cette situation, combinée à des températures pneumatiques plus froides que prévu en raison d'un arrêt prolongé sur la grille de départ, a provoqué un tête-à-queue et l'arrêt de la monoplace dans l'épingle."
La démonstration A2RL à Suzuka.
Photo de: Motorsport.com Japan
Bien qu'il s'agisse d'une issue malheureuse pour ces démonstrations, cet incident est venu rappeler les obstacles qu'il faut encore surmonter avec une technologie que Giovanni Pau décrit comme étant "encore à ses balbutiements, comme un enfant qui vient de se lever et apprend à marcher". "Réaliser une estimation correcte du grip sur la trajectoire idéale lorsque la voiture roule est l'un des programmes de recherche les plus durs", ajoute-t-il.
L'A2RL fait face à un autre problème : le logiciel d'intelligence artificielle n'est pas encore capable de manœuvrer la voiture pour lui permettre de chauffer les pneus comme le ferait un pilote humain. "On peut chauffer les pneus et les freins avec de l'accélération et du freinage, et nous travaillons sur un système qui peut reproduire la chauffe latérale", assure Giovanni Pau.
La SF23 utilisée par l'A2RL utilise les mêmes freins carbone Brembo et les mêmes pneus Yokohama qu'en Super Formula. En revanche, le moteur Honda de 506 ch est moins puissant que ceux de compétition qui développent 100 à 150 ch supplémentaires.
Giovanni Pau tient à souligner que l'A2RL a fait d'énormes progrès en l'espace de deux ans, date à laquelle le projet a été lancé. Lorsque la voiture a roulé pour la toute première fois à Abu Dhabi, elle tournait en 3'30. Aujourd'hui, elle est capable de faire un tour du circuit de Yas Marina en 1'54, et de nouveaux progrès sont attendus au printemps prochain.
Les problèmes de croissance sont inévitables, et la démonstration de Suzuka n'a pas fait exception à la règle. Mais voir les machines de l'A2RL partager le même paddock que les pilotes de Super Formula donne le sentiment que la revanche de Yalla ne saurait tarder !
La démonstration A2RL à Suzuka.
Photo de: Masahide Kamio
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